Disposer de l’enfant quand ses parents se séparent
Au niveau le plus radical, ne
serait-il pas juste de mettre au moins de temps en temps un bémol à
l’affirmation « Quand un couple ne s’entend plus, la dernière chose à
faire, c’est qu’il reste ensemble pour les enfants ». A généraliser
cette recommandation, on en a fait un slogan idéologique, plus qu’une vérité
scientifique qui a certainement sa part de sagesse.
Dans le cadre de certaines
séparations parentales, n’est-il pas parfaitement injuste que l’on dispose des
sentiments et des pensées de l’enfant, en essayant d’empêcher la spontanéité de
ceux-ci, et même en le trompant délibérément sur la personne et les motivations
du parent absent ? Sans pour autant obéir chaque fois strictement à ce que
dictent les préférences et les aversions spontanées de l’enfant, faut-il pour
autant faire semblant de croire que toute démarche lui est accessible et que,
s’il ne la pose pas, c’est parce qu’un vilain adulte aliénant conditionne son
comportement ?
Tel père, par
exemple, peut-il penser sérieusement que sa fille de douze ans ne va pas lui en
vouloir beaucoup, en son nom propre, alors qu’il est parti sans crier gare avec
sa jeune secrétaire – ou son jeune secrétaire, en 2006 – en désertant
un foyer qu’il investissait jusqu’alors raisonnablement bien ?
Et fallait-il vraiment voter
une loi qui entérinait la tyrannie de l’égalitarisme, en faisant de
l’hébergement alterné le choix présenté comme le plus normal ? Tant de
souffrances à son propos s’expriment un peu partout, et ne sont pas entendues
par une société qui y recourt de plus
en plus, même pour des enfants très jeunes.
III. Adoptions et fabrications sur mesure au nom du droit de l’enfant
On
ne rappellera donc jamais assez que l’adoption, c’est donner une famille à un
enfant qui en a besoin et pas donner, ni a fortiori fabriquer, un enfant pour
des adultes qui en ont le désir. Il n'y a pas un droit à I'enfant, mais bien un
devoir de continuer de façon responsable l’aventure de la vie et donc un devoir
de solidarité à l’égard d’enfants en grande souffrance sociale.
Par
l’adoption plénière, leurs parents adoptifs inscrivent officiellement,
symboliquement et entièrement ces enfants dans une filiation ordinaire, celle
de leur généalogie à eux.
Les
parents candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant
- ils sont déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils
n'ont le droit de choisir l’enfant qui va venir habiter chez eux.
Pour
que l’évaluation des candidats soit positive encore faut-il qu’ils présentent
une maturité affective personnelle, une vie de couple suffisamment bonne et
qu’ils offrent à l’enfant un cadre anthropologique optimal (1).
A. En s’appuyant sur ces critères, l’on devrait se
montrer très réticent à confier un enfant à adopter à un parent-candidat
célibataire.
Que ce soit par phobie ou par choix positif, celui-ci ne prend pas la
différence complémentaire des sexes en considération dans son propre itinéraire
de vie. C'est comme si cela n'avait pas d'importance que
l'enfant assiste, au coeur de sa vie, au témoignage de l'amour d'un homme et
d'une femme, et à la manière dont le masculin et le féminin s’expriment et se
négocient.
Ensuite,
la double pratique du célibat et de la parentalité connote implicitement un
vécu de toute-puissance inquiétante dans le chef de l'adulte, même si ce n'est
pas lié à un caractère autoritariste : « Je puis tout comprendre
seul(e ); je puis me débrouiller tout(e) seul(e) ; je n'ai pas vraiment
besoin d'un autre au coeur de ma vie ». Affirmation dangereuse et
illusoire, et témoignage préoccupant pour l'enfant qui pourrait soit s'en
sentir très insécurisé, soit s'en imprégner à son tour !
B.
Pour le premier motif que je viens d’invoquer, je déconseille également
l’adoption dans les couples homosexuels qui s’autosuffisent de leur
homosexualité « primaire ». Je ne vise donc pas ici le séjour
d’enfants dans les couples homo installés sur le tard, après une première phase
de vie hétéro dont sont nés les enfants ; ceux-ci ont donc bien, dans des
lieux différents, un père et une mère à qui se référer. Les couples homo qui me
posent question sont ceux où un enfant pas encore connu est revendiqué en
référence à un désir d’enfant qui devient vite un droit à l’enfant. C’est
rarement un enfant adopté suite à sa misère sociale, mais bien plus souvent un enfant fabriqué pour la
circonstance.
- Outre
ce premier motif, de la non-confrontation à la négociation de la différence des
sexes au quotidien, les enfants passent mieux les différentes étapes de leur
vie affective s’ils peuvent être en relation proche avec un père et une mère
qui les structurent complémentairement.
Pensons
par exemple à la progression du complexe d’Oedipe : combien il est
important pour l’enfant de tomber quelque peu amoureux du parent de l’autre
sexe, puis d’être remis à sa place par la barrière naturelle que constitue
l’amour qui se vit entre ses parents, et enfin de trouver une porte de sortie
en s’identifiant au parent de son sexe.
Pensons,
par exemple au grand garçon, à partir de sept, huit ans, qui vivrait avec deux
mères adoptives lesbiennes. Quelle toute-puissance pour les femmes dans son
quotidien ! Comment comprendre la vraie place du masculin qu’il incarne et
dont elles ont l’air de ne pas avoir voulu pour être heureuses ! Comment
ne pas en ressentir une réelle insécurité quant à sa propre sexuation
masculine ?
- Enfin,
à accéder à leur requête, on introduirait gratuitement, intentionnellement,
probablement pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un bouleversement
anthropologique radical : un être humain pourrait donc être fils ou fille
soit de deux mères, soit de deux pères, c'est-à-dire qu'un des deux principes
fondateurs de la vie tant biologique qu’affective n’aurait plus aucune
importance pour définir la filiation ou la parentalité.
-
Plus accessoirement, dans une partie des projets d’adoption homosexuelle, certaines fantaisies acrobatiques qui font imploser les lois naturelles
de la vie et les derniers repères de l’organisation sociale ne sont pas tristes
et pas faciles à gérer émotionnellement, ni par l’enfant, ni par l'adulte.
Quand deux homosexuels masculins mélangent leur sperme pour inséminer une amie
lesbienne, et récupérer en retour l'enfant attendu par ses deux papas, bien
sûrs d'avoir fait tout ce qu'il faut pour gommer les différences entre eux,
est-ce si sécurisant ?
Autant
si, dans ce contexte, ils ont un projet qu’ils appellent de co-parentalité.
L’enfant est géré par les deux couples, le gay et le lesbien. Il a une mère
naturelle, et puis, qui sont les trois autres ? Quel est leur
statut ? Comment les appeler ? C’est le spermato de qui, finalement
qui a gagné ? Et si de lourdes tensions s’installent un jour dans ce
quatuor, qui reconstitue une hétérosexualité parentale alors qu’il n’en veut
pas dans le couple, que faire ? Et si, au nom de motivations prosélytes,
ils expliquent tous les détails de son origine à l'enfant, est-ce si sûr
que c’est gérable par lui ?
- Il
me semble enfin néfaste pour l’enfant que le désir qu’on a de le fabriquer sur
mesure, donne lieu à des pratiques commerciales (2), telles qu’on le voit déjà tout à fait légalement, par exemple aux
Etats-Unis.
Ici, par exemple, un couple de
parents-candidat fortuné achète très cher l'ovule d'une egggiver puis le
ventre d'une mère porteuse, avant de récolter le produit fini. Des
avocats bétonnent le processus à l’aide de juteux contrats. Je ne sais pas si
l’enfant est jetable au cas où il ne conviendrait pas.
On
n’en est pas encore là en Europe. Pas légalement, non. Mais du sperme ou des
ventres de mère porteuse s’achètent aisément sur Internet.