LA JEUNE GENERATION ET LES ARMES BLANCHES

 

 

J-Y. HAYEZ [1]

 

 

Le jeudi premier mars, la tragédie de Nivelles, qui s’est jouée au couteau, a fait passer quasi inaperçu un autre événement préoccupant : dans une école, on a dû maîtriser et désarmer un gamin de 10 ans qui voulait régler son compte au couteau à un condisciple, suite à un différend banal. Trop, c’est trop ! La répétition d’agressions connues à l’arme blanche, émanant de mineurs d’âge, en Belgique ou dans les pays voisins, devient telle qu’il faut s’en alarmer. D’autant que ce qui est connu n’est probablement que le sommet de l’iceberg : régulièrement, en consultation, des jeunes nous parlent de menaces et extorsions subies sous la menace d’un cutter, d’une lame de rasoir, d’un poinçon…

 

Pour un certain nombre, même  très jeunes, posséder une arme blanche est devenu une mode.  Elle participe à la définition de leur identité, comme les vêtements, l’équipement électronique et le marquage du corps. Le jeune se sent au niveau des autres s’il s’est débrouillé pour acquérir ce qui constitue à la fois un symbole de force, un moyen de se défendre et de se faire respecter, et parfois d’agresser sauvagement. Sans doute les garçons, qui y voient un symbole viril, sont-ils plus concernés que la filles, mais celle-ci ne sont pas totalement épargnées par la mode.

 

Ce comportement devrait nous interpeller, au-delà de la seule contagion qui le fait s’amplifier. N’est-ce pas notre génération qui multiplie la violence et l’insécurité dans le monde et fait largement régner l’idée de la loi du plus fort ? Nos petits décrets démocratiques ont si souvent l’air dérisoire face à la toute-puissance, pas d’abord des maffias russes, mais bien plus de gangs de requins en col blanc qui devraient être des Pères sociaux,  soi-disant mandataires sociaux et autres fleurons du monde économique ou politique.

 

Il nous revient donc d’abord et avant tout de balayer devant notre porte et de changer de mentalité !

 

Cela dit, nous ne pouvons plus rester simplement passifs, ou en quête de sensations troubles face à cette mode occupée à grandir  chez les jeunes, car elle amène trop d’accidents dramatiques, souvent liés à  des impulsions qui les envahissent et le dépassent !

 

Que pouvons-nous faire ?

 

-          D’abord, nommer le problème ; en parler clairement dans toute la communauté, comme on parle des méfaits du tabac et de l’alcool ; en discuter spécifiquement avec les jeunes ; écouter leur point de vue sans tout de suite le critiquer : quelles sont leurs motivations à détenir une arme blanche ?  Rencontrer certains de leurs arguments (sur l’insécurité), mais tenir bon sur l’essentiel : en avoir une sur soi, c’est bien trop risqué.

S’il le faut, des ateliers dans les écoles ou les mouvements de jeunesse, des articles dans des revues de jeunes, des émissions sur leurs stations de radio ou de TV préférées, pourraient contribuer à ces moments de dialogue.

 

-          Accepter la mise en question de nous, autour de l’insécurité publique qu’ils nous jetteraient à la figure, ainsi que leur probable interpellation sur les failles de notre moralité sociale, et leur montrer que nous sommes capables de nous améliorer.

Entre autres, accroître efficacement leur sécurité (à l’école, dans les couloirs du métro,etc…)

 

-          Chercher avec eux des moyens moins risqués de contribuer à leur self-protection (on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. P.ex., la possession d’aérosols type irritant pour les yeux doit-elle être proscrite ?)

 

-          Interdire nettement la possession de tout ce qui ressemble à une arme blanche. Procéder à des contrôles efficaces (sans pour autant envoyer la police dans les écoles, je me suis déjà exprimé à ce sujet).

Sanctionner significativement la désobéissance (posséder et à fortiori utiliser une arme blanche, ne fût-ce que pour menacer).

 

 

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[1]   Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de médecine de l’ Université Catholique de Louvain, past chef du service de psychiatrie infanto-juvénile aux Cliniques universitaires Saint-Luc

Courriel : jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be Site web : http://www.jeanyveshayez.net/

 

 

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