Bébés médicaments, embryons modifiés
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1er juillet 2005 par Jean-Yves HAYEZ
Les bébés qu’on appelle médicaments, ce sont des
bébés conçus au terme d’opérations techniques compliquées, de manière à
sélectionner la composition cellulaire de leurs tissus, dans l’espoir que des
prélèvements faits sur eux puissent être greffés à un grand frère ou à une
grande sœur très malade et peut-être sauver la vie de celui (celle)-ci.
Pour ma part, je pense qu’en règle générale, il vaut
mieux renoncer à de tels projets, apparemment très nobles, et ceci quelle que
soit mon empathie et ma solidarité avec les parents d’un enfant très malade. Ce
que je trouve très risqué, entre autres, c’est la légalisation et donc la
possible banalisation de ces pratiques .
D’abord, j’ai des réticences éthiques
générales par rapport à l’emballement des technologies médicales. Pris par leur
désir de haute performance à peu près à n’importe quel prix, certains médecins
pourraient réduire les humains qu’ils manipulent à des sources de cellules ou à
des masses tissulaires et oublier cette réalité mystérieuse de la transcendance
de la vie humaine sur la matière. Ils pourraient oublier aussi de bien évaluer
la qualité globale de la vie qu’ils créent ou maintiennent biologiquement et
enfin, oublier d’inclure leurs actes dans un projet de santé publique
mondiale : les prouesses mises au service d’enfants et de familles de pays
industrialisés ont régulièrement des coûts exorbitants, alors que l’on ne
trouve pas l’argent pour répondre aux besoins de santé élémentaires des enfants
de la majorité de la planète. Ne faut-il pas dire « Non », tôt ou
tard, à ce vertige coûteux de la toute-puissance technologique ?
J’en arrive de la sorte à une de mes
préoccupations éthiques majeures : un enfant qu’on met au monde, c’est une
personne ; c’est, radicalement, un autre humain que nous. Je suis
convaincu que nous devrions lui laisser le champ libre pour qu’il vive et aime
sa vie, comme un livre dont il doit lui-même écrire les pages. Sa vie
biologique vient des parents ; mais sa vie humaine, sa vie spirituelle,
c’est son trésor à lui. On ne devrait pas l’envahir en décidant pour lui, à sa
place, de ce que seront les missions-clé de sa vie.
Ce que j’affirme là quant à son droit à
déterminer son projet de vie, est pour moi fondamental. Cela n’empêche en rien
l’éducation, mais l’éducation ne doit pas chercher à déterminer, venant de
l’extérieur, l’essentiel du projet de vie.
Bien sûr, je sais que mon affirmation est
idéale : aucun enfant ne grandit vierge d’attentes parentales. Elles sont
même, présentes jusqu’à un certain degré d’intensité, un des signes de leur
amour pour lui. Mais justement, tout montre que lorsque ces attentes sont trop
pressantes, le résultat, ce sont de catastrophiques vies brisées ou révoltées.
Et, dans le cas précis de l’enfant médicament, too much is too much : pour
l’essentiel, le risque est grand qu’il ne soit plus pensé ni conçu pour
lui-même !
Et voici donc, partiellement superposée à
la précédente, mon autre objection éthique majeure : non seulement
l’enfant n’est pas attendu pour lui-même, mais on décide à sa place et à son
insu d’un geste capital qui engage son corps. Une pratique comparable, c’est
celle qui consiste à prélever un peu de leur moelle osseuse à des enfants très
jeunes, à des âges où ils ne peuvent donner aucun consentement éclairé. Et
d’étape en étape, ne risque-t-on pas de déraper vers des pratiques de plus en
plus douteuses, voire criminelles, où l’enfant est vendu par sa famille ou
enlevé pour ses organes ? Le corps de l’enfant n’appartient ni à sa
famille, ni à la science, fût-ce au nom des meilleures intentions du monde.
Face à tous ces risques, ma position est celle d’un non de principe : sauf
pour le soigner ou le protéger, nous n’avons pas à disposer du corps d’un enfant,
même pas d’une parcelle de celui-ci, avant qu’il ne soit en âge de dire un
« Oui » clair et personnel à ce que les adultes sollicitent de lui .
Ces quelques considérations ici résumées
sont reprises et amplifiées dans
l’article.
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