" La vraie
trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le
justifier." [Jean Guéhenno]
Le projet d'adoption
d'enfants par un couple homosexuel (2)
concerne :
- De façon
minoritaire, des enfants défavorisés dont les parents biologiques ne peuvent
plus s'occuper et qu'ils ont proposé pour l'adoption : elle est donc de type
classique et déjà possible dans le chef d'une personne homosexuelle seule.
- De façon
majoritaire, des enfants conçus volontairement à l'intention spécifique du
couple qui désire les adopter par après : enfants portés par une mère
lesbienne, le plus souvent après insémination (3) ;
enfants portés par une mère porteuse (4)
à l'intention d'un couple gay; enfants issus d'un contrat de co- parentalité
passé entre un couple gay un couple de lesbiennes, etc.
CHAPITRE 1 :
ARGUMENTS ANTHROPOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES.
Introduction.
A. Le projet ici
concerné ne procède pas de la perspective de soulager l'enfant (5) d'une détresse morale que l'on aurait
repérée chez lui ; il ne s'agit pas d'une sollicitude de la génération actuelle
vis-à-vis des générations futures, en veillant à leur fournir le cadre de vie
sociale le plus simple et le plus serein qui soit. Il s'agit bel et bien de
donner une suite rapide au désir d'une petite minorité d'adultes.
B. Le projet
fait éclater une réalité et une conception universelles et très stables de la
filiation, et redéfinit aussi ce qu'est la famille.
On objectera
sans doute que cette réalité n'est pas si monolithique et est occupée à se
fissurer, au XXIe siècle plus que jamais ! Certes, mais ces fissures sont
provoquées par des accidents de la vie, des accidents du lien.
Ici, par contre,
une des caractéristiques du projet réside dans son intentionnalité : on
voudrait créer officiellement une institution alternative, qu'on prétend
d'égale valeur à la dynamique de la filiation existante. Au cœur de cette institution,
et dans la majorité des cas d'adoption ici concernés, on dissocierait donc
volontairement les trois niveaux biologique, légal et affectif de la filiation;
on réduirait également volontairement à sa seule composante biologique un des
principes, soit le masculin, soit le féminin, fondateurs de la vie sociale
humaine.
C. Revenons à la
question de la non-intentionnalité : dans beaucoup de familles contemporaines,
la dissociation évoquée précédemment existe, mais elle est accidentelle (6). Personne ne revendique d'ériger ces
familles hors norme en systèmes officiels.
Et d'ailleurs,
après les séparations des couples parentaux d'origine, pour que les enfants
aillent bien, il est essentiel qu'ils puissent continuer à se référer à leur
père et à leur mère ; et puis, nombre de familles d'abord éclatées se
recomposent : homme et femme s'y retrouvent, les nouveaux arrivants participent
quelque peu à la fonction parentale, bref c'est dans ces conditions où les
effets de la dissociation sont réduits progressivement et où la double
sexuation continue à opérer que les enfants ont les meilleures chances de se
reconstruire. Par contre quand, après séparation, il existe une interdiction de
se référer soit au père soit à la mère, les conditions sont réunies pour que les
enfants aillent plutôt mal (7). Il en
va de même quand la monoparentalité de la mère était un choix dès le début ou
quand, après séparation, cette monoparentalité s'instaure à l'instar d'un choix
: la probabilité que l'enfant aille mal est plus forte ... On ne peut donc pas
s'appuyer sur les formes très diversifiées, de facto, des familles
contemporaines pour revendiquer d'instituer officiellement une néo-famille, la
famille homosexuelle, encore radicalement différente de par ce qui serait son
homoparentalité (8).
§1.
Créer volontairement un bouleversement anthropologique superflu.
A. Bouleversement
anthropologique?
Le terme n'est
pas trop fort : on touche ici à des choses fondamentales. On voudrait à la fois
une définition et un contenu supplémentaires à la filiation, en référence à des
parents du même sexe ; et de la famille : après le mariage homosexuel, voici la
famille officielle avec parents homosexuels ; on veut aussi redonner à
l'adoption plénière de toutes autres caractéristiques que celles avec
lesquelles elle se conçoit dans nos pays industrialisés depuis fort longtemps.
Sans nécessité
pour l'enfant, rappelons-le !
1. Examinons
d'abord ce qu'il en est à propos de la filiation. Dans le monde entier et tout
au long de l'histoire, on peut considérer la filiation à la fois comme une
réalité naturelle et comme une construction sociale très solide et très stable.
L'activation de chaque filiation marque deux différences anthropologiques
fondamentales de la communauté humaine : la généalogie (différence des
générations) et la sexuation. Par la filiation, l'enfant reçoit sa place de
sujet humain spécifique (« Pierre, fils de ... et de ... »), inscrit
symboliquement et officiellement ( état-civil ) dans une société.
Voici rapidement
énumérés les constituants ordinaires de toute filiation (9)
:
- L'enfant
est procréé par un homme et une femme, et désiré par eux ; en cas d'incapacité
physique, on a éventuellement recours à la procréation médicalement assistée.
- Tout au
long de la vie, il y a une reconnaissance mutuelle de l'enfant par ses parents
et de ses parents par l'enfant ; il se crée ainsi une réalité d'appartenance,
qui ne doit pas être possession mutuelle.
- La société
consacre cette situation de fait, en donnant à l'enfant le nom d'un ou de ses
deux géniteurs et en l'inscrivant à l'état civil : il devient donc aussi
l'enfant d'une communauté.
- Il y a
une prise de responsabilité particulière des parents à l'égard de l'enfant :
ils l'éduquent, le protègent, lui donnent le meilleur d'eux- mêmes en héritage
spirituel, et un jour en passation de patrimoine.
- Et la
sexuation différente et complémentaire des parents n'est pas une petite affaire
dans ce processus. L'exercice de la parentalité est marqué par la façon
singulière dont chaque parent vit son identité d'homme ou de femme ; il est
marqué par les richesses et manques humains sexués et spécifiques qui en
découlent. Une identité sexuée ne se construit que par référence à l'autre, à
la différence, à ce qu'elle n'est pas.
Et l'enfant a
bien besoin de ce père et de cette mère en qui il se ressource.
Il gagne à
constater qu'un homme et une femme lui attachent beaucoup d'importance, qu'il
fait l'objet de toute leur sollicitude.
Il reçoit le
témoignage spontané de cette sexuation, qui l'ouvre au fait que le monde humain
est composé à parts égales des deux genres. En négociant la vie entre eux,
régulièrement en fonction de leur sensibilité d'homme et de femme, les parents
apprennent à l'enfant à mener ses propres négociations et communications, avec
ses pairs et avec l'ensemble des gens des deux sexes.
Dans toute sa
vie, ça va l'aider à accorder la même valeur et la même dignité aux deux genres
constitutifs de l'humanité.
S'imprégner de
la vie commune d'un père et d'une mère confronte l'enfant à la présence et à la
diversification importante des nuances et des ressources du masculin et
féminin. Certes, il ne faut pas lier strictement masculin à l'homme biologique,
et autant pour le féminin.
Néanmoins le
raisonnement inverse n'est pas vrai non plus. On peut donc continuer à penser
que, sur un mode simple, qui ne complique pas trop la constitution des repères,
il y a davantage de présence et de nuances masculin et féminin dans un couple
hétéro que dans un couple homosexuel. Porteur de ses nuances spécifiques chacun
doit donc communiquer, négocier, apprendre à vivre avec l'autre différent tout
en sauvegardant son identité sexuée propre, et l'enfant a tout à gagner à
s'imprégner de cette manière d'être.
Pour éduquer
l'enfant, il est très important qu'existent une fonction paternelle et une
fonction maternelle, et qu'elles s'exercent de façon complémentaire et
harmonieuse. Certes, nous savons que la fonction paternelle ne se distribue pas
exclusivement et massivement sur la personne du père de chair, et autant pour
la fonction maternelle. Cependant, ici non plus, le raisonnement exactement
inverse n'est pas exact. De facto, dans beaucoup de familles hétéro, ce sont
bien les pères de chair qui exercent la majeure partie de la fonction
paternelle, et les mères, la majorité de la fonction maternelle. Cette
répartition simple, sans dissociation biologie/affectivité peut être importante
à enregistrer, surtout pour les enfants qui ont déjà été traumatisés par la vie
comme par exemple les enfants adoptés au sens habituel du terme.
J'en arrive
maintenant à un autre point essentiel : l'enfant a besoin de la présence
active, non pas de fonctions, mais de la personne incarnée du père et de la
mère pour structurer le développement de sa personnalité. Je me limiterai à
étayer cette affirmation avec l'une l'autre illustration centrée sur ce moment
délicat du développement qu'est le stade œdipien. Ces illustrations ne sont
certes pas univoques : « l'effet » de la présence du père et de la mère à la
maison ne joue pas dans la même sens pour tous les enfants et toutes les
familles, mais il joue, ça c'est certain !
La petite fille gagne à ce que son père la reconnaisse positivement comme un
être de valeur spécifiquement sexué ; en montrant l'importance affectueuse et
chaste qu'il accorde à sa nature féminine, le père renforce sa confiance en
elle pour la suite de sa vie lorsqu'il s'agira de construire ses liens
sentimentaux. En procédant ainsi, il l'aide à se détacher de la mère, son
premier objet d'amour, tout en ouvrant la porte à des éléments d'identification
à celle-ci. Complémentairement, si la fille est trop amoureuse de son père, la
mère doit la remettre gentiment à sa place d'enfant, entre autres en vivant une
relation amoureuse spécifique avec son homme, et en montrant de la sorte que la
place est déjà prise.
Le petit garçon,
bien amoureux de sa mère qui le reconnaît comme « petit homme », gagne lui
aussi à trouver sur son chemin un père qui lui montre que la place de l'amant
est déjà prise et qui, par sa proximité affective, lui ouvre quand même la voie
à des identifications sexuées.
Pour le garçon,
il se passe encore souvent quelque chose de plus spécifique : la présence
vivante du père à la maison lui indique qu'il existe une limite à la
toute-puissance des femmes ... lui qui est sorti du ventre de sa mère et qui
vient de vivre une petite enfance où elle l'a beaucoup materné, peut faire
cette expérience d'indépendance à travers le témoignage, par son père, de la
différence vivante des hommes. Une illustration à contrario de ce « besoin d'un
homme à la maison » chez le garçon réside dans le comportement perturbé qu'il
peut avoir après séparation du couple parental : il peut la vivre comme une
toute-puissance de la mère, capable d'éliminer du foyer tout ce qui est principe
masculin, et se sentir menacé à son tour.
Ces quelques illustrations indiquent à suffisance qu'il ne s'agit pas de rôle
mais de personnes en chair et en os, père et mère, dont la présence positive
contribue à la maturation de la personnalité, de l'identité, de la sécurité et
de la confiance en soi sexuées de l'enfant. ( Sentiment de valeur
sexuée ).
2. A propos de
la famille, on pourrait raisonner comme à propos de la filiation : en ce qui la
concerne aussi, le projet amène la création d'une institution officielle
supplémentaire, unique en son genre. Or et probablement depuis le début de
l'humanité, la famille a été organisée par les sociétés successives pour
remplir ses buts spécifiques, en y prévoyant la présence d'hommes et de femmes
; certes, les statuts et les rapports hiérarchiques de ceux-ci ont été très
diversifiés, de même que de nombreuses conceptions, étroites ou élargies, de la
famille ont vu le jour ; néanmoins, la complémentarité sexuée - hommes et
femmes - de ses personnages les plus importants est une réalité qui n'a été que
très rarement et très éphémèrement mise en cause dans le monde.
3. Quant à
l'adoption plénière, dans nos sociétés occidentales, elle est essentiellement
conçue comme un service rendu à un enfant en grande difficulté : on lui redonne
une famille pour qu'il retrouve toutes ses chances d'un bon développement
psychique. A l'origine, on doit avoir constaté l'incapacité des parents
biologiques qui confient leur enfant à la société. Viennent alors des candidats
reconnus aptes à adopter (10), qui
vont essayer de redonner vie psychique à cet enfant, notamment en lui ouvrant
leur famille.
Plus
officiellement et symboliquement encore, ils vont l'inscrire plénièrement dans
une filiation ordinaire, celle de leur généalogie à eux. Cette inscription est
un acte central de toute adoption plénière (11).
Les parents
candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant - ils sont
déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils n'ont le droit de
choisir l'enfant qui va venir habiter chez eux.
Dans le projet
d'adoption en couple homosexuel, par contre, on met à l'avant-plan la
frustration et le désir d'enfant du couple, ainsi qu'un droit à l'enfant : le
processus est donc complètement inversé.
Lorsqu'il s'agit
d'une adoption au sens traditionnel du terme, la structure familiale proposée à
l'enfant par le couple homosexuel n'est pas vraiment de nature à réparer ses
souffrances originaires et les questions qu'il se pose sur sa valeur : la femme
mère y est à nouveau absente, à l'instar de la première mère qui l'a abandonné
... ou alors c'est le père qui n'est pas là : aurait-il pris la fuite comme l'a
probablement fait, dans son imaginaire, son père biologique ? (12)
Plus encore,
dans la majorité concrète de ces adoptions, l'enfant n'est pas très loin d'être
choisi ; en tout cas, il est fabriqué pour la circonstance particulière du
couple adoptant. Au-delà du fait de lui imposer cette filiation purement
homosexuée que nous venons de contester, on voit que bien d'autres paramètres
différencient ce type d'adoption de l'adoption traditionnelle.
B. Pourquoi
vaut-il mieux ne pas procéder à de tels bouleversements ?
1. A tout le
moins parce qu'ils sont porteurs de risques et qu'on en mesure mal les effets
potentiels, alors qu'ils ne se sont rendus nécessaires par aucune situation de
détresse particulière des enfants.
Bien sûr, des
risques ne sont jamais que des risques ; tel couple homosexuel riche en
ressources humaines est à même d'y pallier ou à tout le moins de les réduire.
Néanmoins, ils nous paraissent avoir une probabilité statistique d'occurrence
suffisamment grande pour qu'il vaille mieux renoncer au projet en tant qu'il
serait consacré par la société.
2. Résumons
rapidement les principaux risques :
- Carences dans
l'apport sexué spécifique de l'homme et de la femme, du père et de la mère à
l'enfant ;
- Risque
de diverses confusions et erreurs intrapsychiques importantes à propos des
constituants, des statuts de l'organisation sociale. Risque de perte d'un sens de
l'ordre humain qui n'est pas arbitraire et aléatoire mais qui a son fondement
et sa raison d'être dans la nature de ce que nous sommes.
Ici, les parents
laisseraient leurs enfants à l'extérieur de cet ordre biologique et spirituel.
Essentiellement, référence n'est plus faite à la fonction fondatrice dans
l'aventure humaine de la différence des sexes (13).
Autre exemple, la confusion des nominations (14) :
la même nomination pour les deux adultes en fonction de parents, le même statut
qu'on doit leur attribuer ... alors qu'un seul père et une seule mère sont
prévue pour maintenir la limpidité de la filiation, et alors que sur le plan
affectif, ils fonctionnent probablement avec de rôles bien différents, etc.
- Risque aussi
de davantage d'insécurité existentielle par rapport à davantage de volatilité
des repères : Que se passe-t-il si un des papas décide du jour au lendemain
d'être appelé maman ? Qui peut le lui interdire si d'aventure il le désire ?
Que peut-il en résulter pour l'enfant ?
- Risque
d'une imprégnation par une certaine toute-puissance des adultes-parents sur la
vie ; ils ont eu pratiquement la possibilité de gommer l'importance de l'autre
sexe dans l'installation de l'enfant. Quels sont les effets d'imprégnation de
cette puissance sur celui-ci ? Certains enfants se sentiront-ils menacés?
D'autres, par contre, autorisés à jouer eux aussi avec les limites, comme leurs
parents ? Mais quelles limites ? Nous y reviendrons tout de suite ...
- Dilution
de l'idée d'une égalité fondamentale et complémentaire accordée à chaque sexe,
pour l'organisation de la vie sociale et pour la fonction parentale.
- Etc.
§2.
Des risques d'accéder à tout désir.
A. Depuis
quelques décennies, nous vivons dans des sociétés où tout désir doit être
satisfait, pourvu qu'il ne contrevienne pas aux lois naturelles dans leur
acceptation la plus stricte (15) . Il
est interdit d'interdire.
La demande
d'adoption par un couple homosexuel, dont on nous dit qu'elle procède d'un
désir d'enfant naturel, légitime n'est jamais qu'une application d'un tel
mouvement. Nous ne voulons donc pas la diaboliser : elle n'est ni meilleure, ni
pire que nombre d'autres. Nous voulons plutôt y réfléchir en tant que SYMPTOME
SOCIAL typique de notre époque.
Epoque où la
société tend à devenir un self-service normatif où chacun souhaite et reçoit un
décret ou une loi pour légaliser son désir et en rendre possible la réalisation
( P. Kinoo ).
On ne veut donc
plus assumer que chaque choix, chaque état de fait connote ses caractéristiques
propres qui sont ce que l'on pourrait appeler des caractéristiques limitantes.
Si tout n'est pas possible dans un cadre donné, alors peu importe, on cherche à
faire éclater le cadre !
On assiste du
même coup à une volonté folle d'éradiquer de l'humanité toutes les souffrances
morales et notamment les souffrances liées aux pertes et aux manques; ces
souffrances sont pourtant inhérentes à notre condition humaine ; les accepter
apporte régulièrement plus de paix intérieure, plus de légitimation du sens de
l'existence, que de vouloir les combattre et les colmater à n'importe quel
prix, parfois en niant l'évidence.
B. C'est
pourtant en assumant les différences qui nous distinguent les uns des autres,
en les nommant et en communiquant à leur sujet qu'on entre dans le vrai monde
de l'égalité entre humains. Nul ne peut être proclamé inférieur aux autres à
cause de ses différences, serait-ce d'être en couple homosexuel sans enfants.
Ce sentiment
d'égalité vécue par la reconnaissance des différences, ce n'est pourtant pas l'égalitarisme,
à l'arrière-plan des pensées de ceux qui veulent que tous leurs désirs soient
satisfaits. Reconnaître et parler nos différences ne les supprime pas, ne
supprime pas tout de suite le poids pénible du manque dans le quotidien, mais
c'est quand même cette reconnaissance qui lui donne les meilleures chances de
cicatriser petit à petit. Elle conduit aussi au sentiment de partager une
humanité pleine avec les autres.
C. Inversement,
à vouloir réaliser rapidement tous nos désirs, nous sommes occupés à faire
imploser la planète, tant dans sa matérialité que dans son organisation
sociale.
1. Au nom de
quoi et, plus concrètement, comment empêcher nos fils et nos filles de
s'identifier à notre toute-puissance ? En référence à quelle valeur sociale
stable les dissuader d'en vouloir plus et plus ? Puisque mon père ou ma mère
l'a fait, pourquoi pas moi ? Et encore mieux et plus loin que lui, comme il se
doit dans la dynamique des rivalités intergénérationnelles.
2. Et donc si la
médecine continue à faire ses « progrès » technologiques, toujours présentés
comme des avancées sociales et des bienfaits pour l'humanité, pourquoi
refuserait-on un jour l'idée d'un enfant qui serait procréé à partir de deux
ovules, voire de deux spermatozoïdes, sans qu'il n'y ait plus la moindre
interférence avec les semences de l'autre sexe ? Et au fond, s'il arrive,
pourquoi refuser l'enfant cloné, s'il est désiré - « Au moins on est sûr de ce
qu'on achète ! » - et si l'on promet qu'on va l'aimer et l'éduquer de façon
plus précieuse que ne le font la moyenne des gens pour leur enfant ?
Pourquoi
refuserait-on la généralisation des mères porteuses ? Pourquoi pas l'adoption
par un trio au lieu d'un couple ? Et même par une communauté religieuse ?
Et dans les
couples homosexuels qui adoptent, pourquoi ne pas laisser choisir, au cas par
cas, chaque partenaire d'être nommé père ou mère, indépendamment de son sexe
biologique, en référence à ce qu'il sent de plus profond en lui comme
dimensions du masculin ou du féminin ? S'il le désire, pourquoi pas ? Si on a
fait sauter un repère, où sont les arguments pour ne pas faire sauter les
suivants ?
Pourquoi ne
permettrait-on pas à un grand-père de devenir père adoptif de son petit-fils si
son propre fils meurt dans un accident ? Etc., etc.
3. De façon plus
générale, au-delà de l'application qui concerne l'adoption en milieu
homosexuel, faire éclater les limites les unes après les autres comme nous le
faisons, conduit déjà la société humaine à une large perte de repères.
Arrive le règne
des enfants et des adolescents rois (16)
; parents et éducateurs ne se donnent plus le droit d'interdire et passent leur
temps à négocier si pas à mendier un peu d'adhésion de leurs enfants à leurs
attentes. On ne peut plus se référer à des règles qui fassent un consensus
social stable. C'est le règne de la contestation permanente ; c'est le
cafouillage perpétuel des règlements volatils et contradictoires, qui essaient
de donner un peu raison et des miettes de satisfaction à un peu tout le monde
et dont on ne sait plus extraire des directions de conduite bien tracées vers
un avenir cohérent ...
CHAPITRE 2 :
DE CONTESTABLES ARGUMENTS « POUR »
§1. De bien
hypothétiques discriminations.
A. Il ne s'agit
pas de discriminer négativement les couples homosexuels, en vertu de je ne sais
quelle homophobie latente. Tout état de fait – ici, se constituer en couple
homo – entraîne des caractéristiques qui font que certaines conséquences sont
possibles, et d'autres pas. Même si l'homosexualité n'est pas vraiment un «
choix de vie », mais plutôt « un destin » ou même « l'affirmation d'une nature
», la différenciation qu'elle entraîne amène un paysage de vie spécifique. Il
n'est pas très logique de se réclamer de cette différence fondamentale –
l'homosexualité – et puis de demander que tout soit indifférencié : le mariage
comme tous les autres, une famille comme tous les autres, des enfants comme
tous les autres ... avec, quand même, une sorte de gymnastique mentale qui «
tord » ce qu'est la réalité commune : des enfants, oui, mais ils (n') auront
(que) deux pères ou deux mères.
B. Il ne s'agit
pas non plus de discriminer les enfants déjà là et de nuire à leur bien-être.
Diverses dispositions légales doivent permettre de veiller à ce qu'ils aient
les mêmes droits que les autres. Il n'est pas question cependant qu'ils en
aient plus, et, de surcroît, de drôles de droit (par exemple avoir une mère
biologique et une adoptive !).
On ne peut pas
légiférer en référence à un « fait accompli » hors normes qui, entraînant une
loi dans son sillage, va par après multiplier une pratique en soi contestable.
Ce qu'il faut interroger, c'est la pratique qui le permet : par exemple, l'acte
médical qui insémine des mères lesbiennes et qui, de ce fait, sort clairement
du dialogue « médecin - malade ( ici quel malade ?? ) » pour devenir un acte de
société !
§2. Les arguments
défaitistes.
A. « On ne
saurait pas arrêter un mouvement irréversible. L'homosexualité est là et bien
la, donc il faut en assumer socialement toutes les implications » D'abord,
cette implication n'est même pas voulue par tous les homosexuels. C'est d'abord
et avant tout la revendication d'associations militantes.
Ensuite, dans
les années à venir, nous avons des combats immenses à mener et à gagner si nous
ne voulons pas que la planète, les nations et les organisations sociales
implosent. C'est vrai au niveau matériel ( combats écologiques ),
c'est vrai au niveau de la justice sociale mondiale ( rapports Nord-Sud ;
alter – mondialisation ) ; mais c'est vrai aussi au niveau de l'organisation de
la vie sociale ( maintien des repères et des limites fondamentales, pour éviter
la confusion, l'anarchie, la toute-puissance des désirs des plus forts ). Sans
être « mauvais » en soi, le désir des homosexuels qui veulent l'adoption en
couple bouscule trop les repères anthropologiques fondamentaux : c'est donc une
excellente occasion - à notre sens, une nécessité - pour réaffirmer la limite.
B. Autre types
d'arguments défaitistes : « Vous avez bien accepté l'adoption monoparentale,
alors ceci n'est certainement pas pire ». Nous considérons en effet que
l'ouverture à l'adoption monoparentale a été une lourde erreur. Néanmoins,
commettre une seconde erreur parce que la première existe, c'est aberrant.
Supprimons plutôt la première !
§3. Les arguments
de type positif.
A. « Les
homosexuels qui veulent adopter un enfant le désirent intensément et seront
d'excellent éducateurs, probablement supérieurs à ce qui se passe dans nombres
de familles hétérosexuelles ».
La comparaison
introduit un autre genre de discrimination - envers les hétéros cette fois ! -
et n'est probablement pas fondée ( Elle met en regard des toutes petites
quantités d'éducateurs bien sélectionnées et un énorme tout venant !).
Plus fondamentalement, ce n'est pas en référence à quelques individualités,
tout excellentes soient-elles, que l'on légifère, mais en fonction d'une sorte
d'abstraction généralisable « le couple homosexuel standard » dont il n'y a
aucune raison de penser qu'il serait de meilleure qualité que le couple hétéro
standard !
B. « Si nous
sommes gays, nous ouvrons néanmoins notre foyer à de nombreuses femmes »
( et vice-versa pour les lesbiennes ). C'est une réponse fréquente des
couples homosexuels candidats à l'adoption pour expliquer qu'ils vont pallier
l'absence d'un modèle sexué de l'autre sexe dans leur foyer. Donc, si ce sont
deux hommes, leur enfant aura des contacts positifs avec leur mère, leur sœur
et belle-sœur, leur institutrice, etc. Certes, c'est déjà plus satisfaisant que
la fermeture plus au moins haineuse ou dégoûtée à l'autre sexe. Néanmoins, dans
un tel fonctionnement, l'enfant ne saurait pas s'imprégner d'un témoignage sur
l'égalité des deux sexes ni sur l'intérêt de leur complémentarité. Dans
l'exemple donné, c'est pour l'enfant que les femmes sont conviées ; elles
n'intéressent pas à part entière les deux hommes qui exercent la fonction
parentale à son égard. Or, c'est du témoignage de vie de ces deux hommes qu'il
va s'imprégner le plus.
§4. Les études
scientifiques.
Les associations
homo affirment souvent : « De nombreuses études scientifiques montrent le
bien-être d'enfants élevés en couple homosexuel ; ils se développent à l'égal
des autres enfants ». Qu'en est-il ?
A. Beaucoup de
ces études ont une méthodologie contestable et portent sur des paramètres
superficiels, évalués par exemple par questionnaires (17). Il pourrait être judicieux que
l'Etat mette en place une commission de scientifiques experts de l'enfance et
des méthodes de recherche en sciences humaines pour faire le tri parmi ces
études et ne retenir que les plus valides.
A noter, entre
autres, qu'on n'a vraisemblablement pas d'études et certainement pas à long
terme portant sur les effets non pas de l'adoption comme telle par un parent
homosexuel, mais de l'adoption en couple avec le bouleversement anthropologique
qu'il inclut (18).
B. Nous ne
doutons néanmoins pas qu'une minorité de ces études puisse être validée et
avoir des résultats à première vue positifs. Ces résultats sont cependant
limités et concernent des composantes du comportement, plus ou moins sociable,
ou une autoévaluation du sentiment de bien-être assez immédiat. Or : « ... Il
n'est pas besoin de faire des études savantes pour savoir que ce n'est pas la
même chose pour un enfant d'avoir un couple parental de sexe différent ou de
même sexe. La seule démarche pertinente et véritablement scientifique est de
s'efforcer d'identifier en quoi ce n'est pas la même chose, et dans quelle
mesure ce « pas la même chose » pose ou non un problème du point de vue du
développement de l'enfant. Pour parvenir à différencier le sirop de menthe et
de grenadine, il vaut mieux s'intéresser à leur goût qu'à leur teneur en sucre
ou en conservateurs ... » ( Jean-Paul Matot, CB Le Soir 14/06/05 ).
Pour prendre une
autre métaphore, si l'on compare l'être humain à un bel arbre, les résultats de
ces études méthodologiquement valides portent sur la composition de quelques
éléments du feuillage. Ce feuillage peut avoir l'air de bonne qualité pour le
moment ; néanmoins les bouleversements anthropologiques introduits ainsi que la
concession faite à tous les nouveaux désirs humains sont occupés à miner les
racines de l'arbre.
Difficile
d'imaginer des études portant sur des petits groupes bien ciblés et qui
rendraient compte de réalités aussi subtiles que : une certaine confusion
opérant dans les repères sociaux ; de la confusion identitaire ; une difficulté
à gérer également les liens profonds avec le masculin et le féminin ; la
position de toute- puissance ou de renoncement par rapport à la réalisation des
désirs, etc.
C'est en faisant
parler les gens longuement par exemple lors de psychothérapies, que de telles
réalités intérieures se disent et que les personnes en évaluent vraiment leurs
effets, mesurent leurs effets. Par ailleurs, ces études ne peuvent rien nous
dire des effets sur la structure sociale de ces changements des modèles de
parentalité.
C. Lorsqu'il
s'agit de statuer sur le bien–fondé de grands changements anthropologiques, la
communauté humaine tout entière devient « expert ». Ses intuitions cernent
justement ce qui est bon pour son équilibre global.
Il serait donc
souhaitable de faire de grands sondages avec populations bien contrôlées autour
de ces questions. On y verrait très probablement que l'acceptation de la
différence homosexuelle a bien progressé, mais que la majorité des gens est
contre l'indifférenciation des mots ( par exemple le mot mariage pour désigner
l'union homosexuelle ), et qu'une majorité des gens encore plus grande est
contre l'adoption en couple.
On ne peut pas
ne pas se laisser impressionner par ce point de vue de la communauté. Nous
sommes même convaincus qu'un large sondage de la communauté homosexuelle de
base pourrait donner des résultats surprenants, différents en tout cas de ce
que revendiquent et proclament les associations militantes homosexuelles.
Celles-ci me paraissent parfois poursuivre davantage un but de
non-discrimination ultime, que de partir du point de vue de l'enfant pas encore
là et de penser simplement à son intérêt.
Personne d'un
peu sensé ne dit plus que les homosexuels sont incapables d'aimer et d'élever.
C'est le bouleversement anthropologique non-nécessaire qu'ils veulent imposer
qui est difficile à accepter, non seulement pour l'enfant, mais pour toute la
société.
Jean-Yves Hayez.
Pour télécharger le texte
en word 2000
- Notes. –
(1).
Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur ordinaire à l'Université catholique de Louvain ( Belgique ) et
responsable de l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques universitaire Saint-
Luc ( Bruxelles ).
Courriel
: jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be.
Site
: http://www.jeanyveshayez.net/
(2).
En Belgique francophone, peu de psychiatres d'enfants et d'adolescents se sont
exprimés ou/et ont procédé à une discussion détaillée sur le problème, à
l'inverse des pédopsychiatres français, dont la grande majorité à une position
très proche de la nôtre. Pour cette raison, nous tenons à signaler la large
communauté de vue que nous partageons avec les Drs Ann d'Alcantara (UCL),
Philippe Kinoo (UCL), Marie-Françoise Lorent et Jean-Pol Matot (ULB).
(3).
Dans le couple, elle est la mère biologique et souhaite que sa compagne soit
déclarée mère adoptive.
(4).
Eventuellement inséminée avec le sperme d'un des partenaires du couple. La
pratique des mères porteuses est extrêmement discutable dans la mesure où elle
instrumentalise d'abord le corps de femmes le plus souvent défavorisées,
favorise ensuite un marché d'enfants et comporte enfin des risques
considérables de conflits juridiques et psychologiques traumatisants et coûteux
( M.-T. Meulders, 2005 in LLB, 16/06/05 )
(5).
S'il s'agit de légiférer, on ne peut évidemment raisonner qu'en référence aux
enfants à venir. Bien sûr, on doit penser aux enfants déjà présents dans le
cadre de la parentalité en milieu homosexuel, mais il existe sans doute des
moyens de veiller à leur intérêt sans passer par une redéfinition de l'adoption
qui engage l'avenir de la société humaine. Nous y reviendrons par la suite.
(6).
Accidentelle, pas dans le sens d'un événement rare, mais dans le sens d'un «
accident du lien », non voulu comme tel par les protagonistes les premiers
temps de leur rencontre.
(7).
Quand, après une séparation hétérosexuelle, un des parents se met en couple
homosexuel, la circulation de l'enfant entre ce couple et l'autre parent ne
cause souvent aucun inconvénient psychologique à l'enfant, sauf cas
particuliers d'incompétence éducative. Mais ici, précisément, la référence aux
deux parents de sexe complémentaire n'est pas remise en question.
(8).
La suite de mon raisonnement montrera d'ailleurs que le terme Homoparentalité
devrait disparaître ; il y a des personnes homosexuelles qui remplissent
occasionnellement une fonction parentale, et peuvent être d'excellents
éducateurs, aimant bien leurs enfants et veillant à leur épanouissement, mais
ce n'est pas pour autant de l'homoparentalité.
(9).
Ordinaire veut dire ici : dans l'ordre normal des choses, dans de bonnes
conditions. On peut dire que ces conditions normales sont aussi optimales,
aussi bien pour l'individu que pour le groupe. Encore une fois, nous sommes
conscients que beaucoup d'accidents peuvent se produire et que la réalité de
telle ou telle filiation particulière est loin des composantes que j'énumère
dans le texte. Par exemple, un certain nombre d'enfants n'est pas désiré, un
certain nombre ne connaît pas son père géniteur ou n'est pas reconnu par lui.
Mais précisément, ce sont là des accidents, toujours à risque de compromettre
quelque peu l'épanouissement de l'enfant.
(10).
Je déplore vivement qu'existe l'adoption monoparentale. Dans l'intérêt des
enfants, j'en exclurais la possibilité, en m'appuyant sur la plupart des
arguments que je viens de développer ... Filiation ordinaire veut donc dire
filiation proposée par un homme et femme en position de parents.
(11).
J'ai déjà lu dans un texte ou l'autre que la filiation redonnée était
subsidiaire dans l'adoption. A parler ainsi, il me semble que l'on n'est plus
dans la science, mais dans le discours propagandiste : évidemment, si c'était
vrai que la filiation n'est pas très importante, ce serait plus facile à avaler,
l'idée des deux papas ou des deux mamans, avec en prime, la réalisation d'un
nouveau désir : le choix du nom de famille de l'enfant laissé à l'appréciation
du duo parental.
(12).
Jean-Paul Matot dit à ce propos ( CB, Le Soir, 14/06/05 : « ... Pour l'enfant,
le statut d'adopté, et la réalité d'avoir auparavant été abandonné, sont
souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à admettre, d'être
différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas « avoir des
parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la société
complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la situation
d'avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents d'adoption ?
L'enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :
-
à l'accomplissement personnel de l'adulte dans ses désirs de parentalité ;
-
à la reconnaissance sociale d'une égalité de valeur et de statut supposée
annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.
Il
n'est pas question ici de la défense des droits de l'enfant, mais bien des
besoins des adultes dont l'enfant est l'enjeu ... » ).
(13).
Fondation pas seulement par le mélange de ses semences biologiques, mais au
moins autant par la complémentarité du désir et du projet du père et de la
mère.
(14).
Il s'agit bien ici d'incriminer la nomination officielle, symbolique ; sur le
terrain de la vie de tous les jours, lorsque se déroule la dynamique de la
filiation dans son niveau affectif, l'enfant aura probablement trouvé des noms
différents pour désigner les deux partenaires du couple.
(15).
Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien au-delà des limites de cet article.
On est passé d'un paradigme social de l'autorité, de l'interdit vers des
paradigmes de l'efficacité, de l'autosuffisance, de la réussite à tout prix.
C'est évidemment en corrélation avec les avancées technologiques qui veulent
aller toujours plus loin vers la nouveauté dans l'immédiateté.
(16).
Jean-Paul Matot, ibid., écrit : « ... Les manifestations de cette primauté
donnée à la satisfaction des désirs sur l'intériorisation de valeurs partagées,
apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent leurs parents
et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces décrochages
scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la multiplication de ce que
les psychiatres identifient comme « pathologies de l'agir » : toxicomanies,
anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites délinquantes ... »
(17).
Un exemple parmi tant d'autres, La thèse de psychiatrie du Dr Nadaud, souvent
citée comme l'exemple même du travail scientifique montrant qu'il n'y a aucun
problème concernant la garde d'un enfant par un couple homosexuel, repose sur
l'utilisation d'un questionnaire rempli par les adultes gardiens de l'enfant,
sans que l'auteur de la thèse ait eu un contact direct avec les enfants
concernés. Il s'agit donc d'une évaluation très subjective.
(18).
En 2005, très peu de pays en effet ont voté une loi qui permet ce type
d'adoption et presque aucune une loi qui le permet sans restriction : ainsi, le
droit à l'adoption internationale est quasi toujours fermé. Au Québec, qui a
voté la loi sans restriction, la pratique de terrain semble assez scandaleuse :
on propose en adoption aux couples homosexuels les enfants les plus handicapés,
qu'on ne peut pas adopter ailleurs. Si elle se passe réellement, nous trouvons
cette pratique non éthique: on ne reprend pas sournoisement de la main gauche
ce que l'on a donné de la main droite.
Pour téléchargher le texte en word 2000
(1)
Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de Louvain (
Belgique ) et responsable de l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques
universitaire Saint- Luc ( Bruxelles ).
Courriel
: jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be.
Site
: http://www.jeanyveshayez.net/
(2)
En Belgique francophone, peu de psychiatres d'enfants et
d'adolescents se sont exprimés ou/et ont procédé à une discussion détaillée sur
le problème, à l'inverse des pédopsychiatres français, dont la grande majorité
à une position très proche de la nôtre. Pour cette raison, nous tenons à
signaler la large communauté de vue que nous partageons avec les Drs Ann
d'Alcantara (UCL), Philippe Kinoo (UCL), Marie-Françoise Lorent et Jean-Pol
Matot (ULB).
(3)
Dans le couple, elle est la mère biologique et souhaite que sa
compagne soit déclarée mère adoptive.
(4)
Eventuellement inséminée avec le sperme d'un des partenaires du
couple. La pratique des mères porteuses est extrêmement discutable dans la
mesure où elle instrumentalise d'abord le corps de femmes le plus souvent
défavorisées, favorise ensuite un marché d'enfants et comporte enfin des
risques considérables de conflits juridiques et psychologiques traumatisants et
coûteux ( M.-T. Meulders, 2005 in LLB, 16/06/05 )
(5)
S'il s'agit de légiférer, on ne peut évidemment raisonner qu'en
référence aux enfants à venir. Bien sûr, on doit penser aux enfants déjà
présents dans le cadre de la parentalité en milieu homosexuel, mais il existe
sans doute des moyens de veiller à leur intérêt sans passer par une
redéfinition de l'adoption qui engage l'avenir de la société humaine. Nous y
reviendrons par la suite.
(6)
Accidentelle, pas dans le sens d'un événement rare, mais dans le
sens d'un « accident du lien », non voulu comme tel par les protagonistes les
premiers temps de leur rencontre.
(7)
Quand, après une séparation hétérosexuelle, un des parents se met
en couple homosexuel, la circulation de l'enfant entre ce couple et l'autre
parent ne cause souvent aucun inconvénient psychologique à l'enfant, sauf cas
particuliers d'incompétence éducative. Mais ici, précisément, la référence aux
deux parents de sexe complémentaire n'est pas remise en question.
(8)
La suite de mon raisonnement montrera d'ailleurs que le terme
Homoparentalité devrait disparaître ; il y a des personnes homosexuelles qui
remplissent occasionnellement une fonction parentale, et peuvent être
d'excellents éducateurs, aimant bien leurs enfants et veillant à leur
épanouissement, mais ce n'est pas pour autant de l'homoparentalité.
(9)
Ordinaire veut dire ici : dans l'ordre normal des choses, dans de
bonnes conditions. On peut dire que ces conditions normales sont aussi optimales,
aussi bien pour l'individu que pour le groupe. Encore une fois, nous sommes
conscients que beaucoup d'accidents peuvent se produire et que la réalité de
telle ou telle filiation particulière est loin des composantes que j'énumère
dans le texte. Par exemple, un certain nombre d'enfants n'est pas désiré, un
certain nombre ne connaît pas son père géniteur ou n'est pas reconnu par lui.
Mais précisément, ce sont là des accidents, toujours à risque de compromettre
quelque peu l'épanouissement de l'enfant.
(10)
Je déplore vivement qu'existe l'adoption monoparentale. Dans
l'intérêt des enfants, j'en exclurais la possibilité, en m'appuyant sur la
plupart des arguments que je viens de développer ... Filiation ordinaire veut
donc dire filiation proposée par un homme et femme en position de parents.
(11)
J'ai déjà lu dans un texte ou l'autre que la filiation redonnée
était subsidiaire dans l'adoption. A parler ainsi, il me semble que l'on n'est
plus dans la science, mais dans le discours propagandiste : évidemment, si
c'était vrai que la filiation n'est pas très importante, ce serait plus facile
à avaler, l'idée des deux papas ou des deux mamans, avec en prime, la
réalisation d'un nouveau désir : le choix du nom de famille de l'enfant laissé
à l'appréciation du duo parental.
(12)
Jean-Paul Matot dit à ce propos ( CB, Le Soir, 14/06/05 : « ...
Pour l'enfant, le statut d'adopté, et la réalité d'avoir auparavant été
abandonné, sont souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à
admettre, d'être différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas «
avoir des parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la
société complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la
situation d'avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents
d'adoption ?
L'enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :
-
à l'accomplissement personnel de l'adulte dans ses désirs de parentalité ;
-
à la reconnaissance sociale d'une égalité de valeur et de statut supposée
annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.
Il
n'est pas question ici de la défense des droits de l'enfant, mais bien des
besoins des adultes dont l'enfant est l'enjeu ... » ).
(13)
Fondation pas seulement par le mélange de ses semences biologiques,
mais au moins autant par la complémentarité du désir et du projet du père et de
la mère.
(14)
Il s'agit bien ici d'incriminer la nomination officielle,
symbolique ; sur le terrain de la vie de tous les jours, lorsque se déroule la
dynamique de la filiation dans son niveau affectif, l'enfant aura probablement
trouvé des noms différents pour désigner les deux partenaires du couple.
(15)
Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien au-delà des limites de
cet article. On est passé d'un paradigme social de l'autorité, de l'interdit
vers des paradigmes de l'efficacité, de l'autosuffisance, de la réussite à tout
prix. C'est évidemment en corrélation avec les avancées technologiques qui
veulent aller toujours plus loin vers la nouveauté dans l'immédiateté.
(16)
Jean-Paul Matot, ibid., écrit : « ... Les manifestations de cette
primauté donnée à la satisfaction des désirs sur l'intériorisation de valeurs
partagées, apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent
leurs parents et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces
décrochages scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la
multiplication de ce que les psychiatres identifient comme « pathologies de
l'agir » : toxicomanies, anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites
délinquantes ... »
(17)
Un exemple parmi tant d'autres, La thèse de psychiatrie du Dr
Nadaud, souvent citée comme l'exemple même du travail scientifique montrant
qu'il n'y a aucun problème concernant la garde d'un enfant par un couple homosexuel,
repose sur l'utilisation d'un questionnaire rempli par les adultes gardiens de
l'enfant, sans que l'auteur de la thèse ait eu un contact direct avec les
enfants concernés. Il s'agit donc d'une évaluation très subjective.
(18)
En 2005, très peu de pays en effet ont voté une loi qui permet ce
type d'adoption et presque aucune une loi qui le permet sans restriction :
ainsi, le droit à l'adoption internationale est quasi toujours fermé. Au
Québec, qui a voté la loi sans restriction, la pratique de terrain semble assez
scandaleuse : on propose en adoption aux couples homosexuels les enfants les
plus handicapés, qu'on ne peut pas adopter ailleurs. Si elle se passe
réellement, nous trouvons cette pratique non éthique: on ne reprend pas
sournoisement de la main gauche ce que l'on a donné de la main droite.