Outreau
risque de nuire sérieusement à la cause des enfants victimes, surtout de
milieux défavorisés. A-t-on sacralisé leur parole ? Je crois plutôt que le
système psycho-socio-judiciaire concerné les a traités avec beaucoup d’irrespect
et d’incompétence. En leur nom, il faut donc réaffirmer avec vigueur que, dès
l’âge d’école primaire, l’enfant qui, en dehors de toute pression, prend la
responsabilité grave de mettre en cause un puissant - parfois un
parent - par la révélation d’un abus, a beaucoup de chances de dire vrai
pour l’essentiel. Mensonges, fabulations ou erreurs de bonne foi restent rares
et sont alors surtout le fait de tout petits ou d’enfants sous pression
( jusqu’à la pression involontaire des pairs dans les accusations
collectives ) : d’où l’intérêt d’une analyse soigneuse et détaillée du
contexte et de leur discours … car même alors, l’abus reste
possible …
Quelque
inacceptable que soit l’emprisonnement d’adultes suspects sur des bases non
fondées - sinon parfois par la seule volonté de puissance de l’institution
judiciaire - il ne faut pas oublier que l’inverse se produit bien plus souvent
: des enfants vraiment victimes ne sont pas pris au sérieux, les investigations
s’enlisent et débouchent sur des non-lieux basés sur une appréciation beaucoup
trop frileuse de la présomption d’innocence. En 2004, la société des adultes
s’est ressaisie et a appris à beaucoup moins se laisser déstabiliser qu’il y a
dix ans par les enfants, même crédibles, et par leurs défenseurs.
Le dispositif
de prise en charge de ces enfants doit donc demeurer généreux, coordonné et
compétent. Qualités qui seraient mieux atteintes si tous, et notamment les
experts, se référaient, non à leurs connaissances et expériences générales,
mais à des grilles d’analyse du contexte et du discours de l’enfant qui font un
large consensus international, comme la SVA québécoise ( statement
validation analysis ). En outre, qu’ils continuent à exprimer clairement
et courageusement leur intime conviction sur la crédibilité des dires de
l’enfant, qui inclut régulièrement la désignation d’un agresseur précis, sans
pour autant se transformer en enquêteurs.
Pr Jean-Yves Hayez
Professeur de pédopsychiatrie à
l’Université catholique de Louvain
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