Conséquences
des maltraitances sexuelles. Les reconnaître, les soigner, les prévenir
§ I - PRÉSENTATION DES FACTEURS DE RISQUE OU DE
PROTECTION ET DE LEUR IMPACT
I - Les facteurs de risque ( ou de gravité ) et ceux de protection ( ou de bénignité ) portant sur un ou deux des champs que voici :
A. La probabilité
d'occurrence de l'abus, ici significativement plus ou moins élevée que la
moyenne.
B. La
vulnérabilité ou la résistance psychique de l'enfant , très variables pour le
même type et le même contexte d'abus.
Il faut se
souvenir qu'environ un tiers des enfants abusés ne présenteront jamais de
symptômes et qu'il n'existe aucun syndrome spécifique et univoque consécutif à
l'abus [1].
Lorsqu'elles
existent, les modifications intrapsychiques et comportementales qui trouvent
leur origine dans l'abus et la dynamique qu'il induit, prennent deux directions
très différentes :
1. Pour
beaucoup d'enfants, il s'agit d'une traumatisation intra psychique , dans une
acceptation large du terme : mise en place d'un syndrome de stress
post-traumatique, altération négative de l'image de soi, culpabilité ou honte
irrationnelles, etc. ... Le comportement sexuel s'en ressent souvent
( fond de dégoût, de désintérêt, d'inhibition ... avec quelques
compulsions possibles à exercer une sexualité brutale ou ostensiblement vérificatrice ).
Mais cette
traumatisation est d'intensité et de durée très variable, entre quelques
préoccupations occasionnelles et un peu d'angoisse au moment de faire l'amour
" pour du vrai " plus tard dans la vie, et une brisure de
soi totale et de longue durée, avec anorexie, tentatives de suicide, refuge
vaille que vaille dans l'homosexualité, etc. .
2. Pour une
minorité d'enfants, l'atteinte consiste en un allumage ( ou une
amplification ) prématuré(e) de leur vie sexuelle :
- La minorité
de cette minorité se limite à vivre pleinement sa relation avec l'abuseur qui a
su se présenter comme une " réponse positive " aux besoins
de l'enfant à ce moment-là de sa vie .
- Pour une
majorité, hélas, l'allumage précoce par l'adulte induit un fonctionnement sexuel
sans retenue, trop abondant et aux formes trop rapidement adultes [2]. Au
pire, l'enfant épouse même les déviances ou perversions de l'abuseur qui l'y a
initié.
Si
celui-ci est vraiment vicieux, il cherche même à aller au-delà de l'allumage
sexuel : rendre l'enfant ou le jeune ado aussi anarchiste que lui, inhiber sa
volonté ou créer des dépendances ( à la drogue, aux vêtements ou à
d'autres biens de consommation ) : et c'est ainsi qu'à treize ans on
peut se trouver " poulain de luxe " d'une
" écurie " de petit(e)s prostitué(e)s.
- Dans la
description des facteurs qui va suivre, j'emploierai las abréviations R ou P
selon que le facteur amène un Risque négatif ou une Protection significatifs
pour l'enfant.
- RO :
risque négatif d'être plus confronté à l'Occurrence de l'abus que la moyenne
des enfants ; PO : Protection particulière par rapport à l'Occurrence.
J'ajouterai
parfois ROI ; ROV ; POI ; POV selon que c'est Involontairement ou via des
comportements Volontaires que l'enfant s'approche ou s'éloigne trop de l'abus.
- RG ou PB
: risque d'une Gravité supérieure à la moyenne ; protection qui garantit une
Bénignité de l'atteinte.
Quand ce sera
possible, j'indiquerai même RGT (PBT) : c'est dans le champ de la
Traumatisation que le risque ( la protection ) existe
particulièrement ; RGA (PBA) : c'est dans celui de l'Allumage précoce.
II - L'abus sexuel, maillon d'un ensemble
expérientiel
Il s'agit
d'éviter la croyance linéaire : " Tel abus est susceptible de
produire tel effet négatif, avec quelques facteurs contextuels d'aggravation ou
de protection qui modulent cette linéarité ".
La réalité
est infiniment plus complexe : qu'il soit isolé ou répétitif, l'abus, comme
fait, est pris dans un ensemble d'événements, de relations et de vécus chez
l'enfant, l'auteur et bien d'autres.
S'il est
souvent possible de décrire le noyau dur de cet ensemble, ses frontières
distales, elles, sont de l'ordre de la nébuleuse : ceci justifie que l'on opère
des restrictions de champ pour comprendre, mais sans cependant attribuer au
seul moment-abus tous les maux de la terre.
§ II - DESCRIPTION DES PRINCIPAUX FACTEURS
Je décrirai
les principaux facteurs R et P en référence à la durée :
- Un premier
lot existe préalablement à l'abus et fait de l'enfant une proie facile
( easy target ) ou un adversaire à éviter ou le prédispose à une
vulnérabilité ou à une résistance spéciale.
- La
seconde catégorie est constituée par des caractéristiques propres à l'abuseur
et au fait d'abus.
- La
troisième catégorie, ce sont les réactions consécutives à l'abus, à court ou à
long terme, particulières ou générales qui aggravent un cercle vicieux
d'atteintes psychiques ou facilitent la libération intérieure de l'enfant.
A. L'âge de l'enfant
En 1994,
on estimait aux États-Unis que l'âge moyen de l'abus était de 9.9 ans pour les
garçons et 9.6 ans pour les filles [3].
1) Les
enfants d'âge préscolaire sont suggestibles, peu informés et imaginatifs ; ils
aiment les contacts physiques et les caresses, voire, à partir de 4 ans, les
contacts génitaux : beaucoup cèdent donc facilement aux avances d'un abuseur
habile, souriant et soft ( ... quand ils ne le provoquent pas )
( Entre ROI et ROV ). Dans une atmosphère " gentille ",
eux à qui tout paraît naturel, peuvent ne pas être traumatisés psychiquement
par ce qu'on leur fait, si l'on est doux et qu'on " leur explique
bien " (PBT) [4]. Avec un abuseur qui est un habile initiateur, ils
se trouvent même plutôt allumés précocement, sur le mode d'une sexualité sans
retenue - toute proportions gardées - : heureusement, leur comportement
désinhibé servira plutôt d'indicateur à l'entourage et se remettra assez
facilement en ordre par la suite, après cessation des faits et réinstallation
dans un système éducatif structurant. C'est seulement s'ils restent livrés à
eux-mêmes que cet allumage pourrait poursuivre ses effets ( alors,
RGA ).
Les mêmes
enfants peuvent néanmoins être très traumatisés psychiquement après coup, en
constatant le bouleversement émotionnel de leur entourage, en vivant les
contrecoups de la précipitation de celui-ci et en entendant des commentaires
négatifs qu'ils ne comprennent qu'à moitié (" Quel monstre ...
il a détruit notre enfant ! ") ; alors, suggestibles comme ils sont,
ils se mettent à imaginer qu'ils ont fait quelque chose de très mal, qu'on ne
va plus les aimer ou qu'on a démoli leur corps (RGT).
Enfin si
l'abuseur a été brutal, effrayant ou qu'il n'a rien expliqué du tout
( même fallacieusement ), la traumatisation intra psychique du petit
peut être intense et durable, comme après toute agression génératrice du
syndrome de stresse post-traumatique. Entre autres parce que son imagination
est floride et que son intelligence n'opère encore que très imparfaitement sur
les catégories du réel (RGT++).
2) Plus
l'enfant en bonne santé mentale basale grandit, plus il devient lucide et
capable de se protéger et de dire les " Oui " et les
" Non " qu'il souhaite (POV). Cette constatation a
cependant ses limites car il reste des abuseurs effrayants ou particulièrement
convaincants à même de soumettre ou de tromper les enfants et même les
adolescents jeunes.
3) A la pré
adolescence et au début de l'adolescence, pulsions et désirs sexuels
s'amplifient ; la curiosité sexuelle s'exacerbe à nouveau et se centre sur les
techniques de l'amour physique et de l'obtention du plaisir : elle pousse le
jeune à faire des expériences nouvelles ; le désir de faire comme les grands et
celui de défier les règles sont bien opérants, en proportion inverse des
scrupules moraux et de la contention sociale qui eux s'effritent : tous les
ingrédients sont donc réunis pour que ces onze-quatorze ans se laissent parfois
séduire par des grands adolescents ou des adultes, voire pour qu'ils les
séduisent activement (ROV).
Si l'autre en
face est habile, il peut s'en suivre une expérience sexuelle qui, quoi
qu'abusive, est bien vécue par chacun. Néanmoins,
une partie de ces jeunes peut se mettre à avoir peur et honte et à ne pas avoir
le courage de se dégager de ce qui a été commencé, à l'instar d'enfants plus
jeunes (RGT). D'autres, un peu plus nombreux, sont à risque d'allumage tous
azimuts (RGA).
B. Le sexe
1) Selon
les études, les filles sont recensées comme 2 à 5 fois plus fréquemment abusées
que les garçons [5, 6].
2) Les
comportements de défi et d'exploration active de l'interdit sont plus nombreux
chez les garçons que chez les filles. Je parlerai néanmoins de ROI et non de
ROV car ce n'est pas vraiment le coeur de l'expérience abusive que ces garçons
veulent, mais plutôt la vérification de leur force, voire de leur
invulnérabilité.
3) Les
préadolescents et les jeunes adolescents garçons qui ont été trompés ou se sont
laissés faire par leur abuseur, notamment s'il y a eu sodomisation, sont
parfois particulièrement mortifiés, honteux et en colère contre eux-mêmes
d'avoir manqué de lucidité ou de force virile pour dire
" Non ". Vu que leur abuseur est souvent masculin et qu'ils
ont connu, souvent aussi, de l'excitation sexuelle lors de l'expérience, ils
peuvent redouter une possible homosexualité, en germe chez eux (RGT) [7].
En soi ces
angoisses et ces doutes narcissiques sont déjà préoccupants ; en outre, ils
enferment ces jeunes dans le cercle vicieux du silence (RGT). La probabilité
d'un moment de vengeance pendant leur adolescence même, où ils reproduisent sur
un enfant plus jeune ce qui leur est arrivé, est plus élevée que pour la
moyenne des autres enfants abusés.
Les expériences de vie et le style de relations familiales
et sociales amènent certains enfants à devenir forts, lucides, débrouillards et
confiants en soi : ils seront donc attentifs et habiles à ne pas se laisser
faire contre leur gré ou à travailler mentalement de façon réaliste sur ce qui
leur est arrivé. D'autres sont devenus au fil du temps des " oiseaux
pour le chat ", tristes et soumis, et incapables de faire face aux
idées et aux émotions négatives qui les habitent.
En
intégrant ces données de l'histoire de vie, d'autres issues du tempérament et
de l'organisation intra psychique actuelle de l'enfant, on peut faire un
tableau non exhaustif qui décrit risques et protections en référence à des
caractéristiques individuelles de l'enfant [8, p. 160] (voir tableau I, p. 19).
D - L'orientation sexuelle du préadolescent ou du jeune
adolescent
Les jeunes
qui se vivent précocement homosexuel(le)s ou bisexuels sont plus facilement
trompés par des aînés ou des adultes que la moyenne, parce qu'ils sont plus
isolés socialement et qu'ils s'offrent davantage à des explorations sexuelles
homo (entre ROI et ROV) [12, 13].
1) Chez les enfants handicapés, tous handicaps confondus, la POI de l'abus est
estimée de 1,7 à 2 fois plus grande que pour la moyenne des enfants ( diminution
des capacités à se protéger, à s'expliquer à des tiers, voire à comprendre les
enjeux de la situation ) [6].
2) Chez
les personnes présentant un retard mental, le taux d'abus sexuel est environ 4
fois plus élevé que dans la population générale, surtout si elles n'ont reçu
aucune éducation sexuelle [14, p. 148 et sq. ].
En ce qui
concerne les conséquences, les enfants présentant un retard mental léger, voire
moyen, peuvent être assimilés aux enfants d'intelligence normale et d'âge
préscolaire que nous avons déjà décrits.
3)
Paradoxalement, les enfants psychotiques ou pas loin de l'être, ainsi que les
autistes, sont protégés de facto de l'approche de beaucoup d'abuseurs par leur
méfiance de l'étranger, leur dimension farouche et la bruyance potentielle de
leurs réactions agressives d'autoprotection (POI).
Si un
abuseur - par exemple un familier habile - passe néanmoins ces barrières, il
est probable que leur handicap cognitif ou les aberrations chaotiques de leur
imagination les désorganisera davantage que les autres enfants (RGT).
4) Les
enfants carencés affectifs peuvent se mettre activement en chasse d'un
maternage sexualisé ou céder rapidement aux avances de celui qui a l'air de le
leur proposer, quel que soit son âge [6, 15, 16].
" L'aventure "
peut parfois tourner à la satisfaction réciproque des partenaires concernés, ce
qui pose éventuellement de très délicats problèmes éthiques. Plus souvent
cependant, la relation sera tumultueuse, avec des ruptures douloureuses non
voulues ( autre type de RGT ). Ailleurs, cet enfant qui mendie un peu
de présence de l'autre via le sexe, est destiné à passer d'un partenaire à
l'autre, avec des itinéraires de vie chaotiques, dans un contexte de
prostitution ou de demi-prostitution (RGA ou RGT particuliers ? ) [17].
5)
Certains troubles à forte composante neurologique amènent parfois des dés
inhibitions ou de fortes obsessions-compulsions sexuelles qui attirent
l'attention sur ces enfants d'abuseurs en maraude ( exemple, certains cas
de maladie de Gille de la Tourette ) (ROI) [6].
F. Du côté de la famille et de l'entourage
1) En
règle générale, l'enfant a davantage de peine de dire non à un membre de la
famille, surtout proche, qu'à un étranger (ROI). C'est encore plus difficile
s'il n'a pas d'allié sur qui compter dans la famille . Malheureusement aussi,
c'est dans ces cas d'abus intra-familiaux que la durée est la plus longue et le
recours à des menaces le plus fréquent (RGT ++).
2) On peut
raisonner comme on l'a fait à propos des caractéristiques individuelles de
l'enfant et se limiter à présenter un tableau schématique qui expose comment
certains types de fonctionnement familial exposent particulièrement au risque
ou favorisent la protection de l'enfant. Ce qui est signalé à propos de la
famille concerne aussi jusqu'à un certain point l'environnement humain plus
large. Le tableau n'a pas une volonté exhaustive ( voir tableau II, p.
20 ).
3)
D'autres facteurs sociologiques et matériels ont déjà été abondamment décrits
avec parfois même une malheureuse tendance à se réduire à eux comme facteurs
explicatifs. Évoquons notamment :
a) Les
conditions de vie à la Zola qui facilitent certains types d'inceste impulsif
(ROI).
b) Les
parents porteurs eux-mêmes d'une histoire de vie très traumatique, avec
violences physiques et abus (RGT) [19].
c) La
surabondance de problèmes de vie et de facteurs de stress dans la famille, qui
fragilise l'enfant et diminue la disponibilité des adultes.
e) La vie
en foyer monoparental, surtout à partir de la pré adolescence et de la jeune
adolescence ( inceste hétéro - ou homosexuel, sans tiers régulateur )
( entre ROI et ROV ) [20 , 21].
f) La vie
en institution résidentielle - qui attire toujours quelques
" professionnels " pédophiles habiles - et même celle en
famille d'accueil ( l'auteur est un adolescent de la famille ou le
" père d'accueil ", dont une pédophilie latente s'est
éveillée ou qui a été troublé par le charme d'un(e) (jeune) adolescent(e) pas
de son sang ).
1. Son statut et son âge
a. Les
critères liés aux statuts et à l'âge
Le ROI et le
RG sont d'autant plus élevés que s'additionnent les critères que voici :
1°) L'enfant
identifie son abuseur comme adulte, tout simplement.
Pourquoi
cette simple attribution constitue-t-elle, en soi, un RO et un RG supérieur à
la moyenne ? D'abord parce que, ipso facto, les autres critères qui vont être
énumérés sont statistiquement plus présents lorsque l'enfant a à faire à un
adulte. Ensuite, à partir d'un certain âge (6, 7 ans) si les parents ont énoncé
et respecté correctement les interdits fondamentaux, l'enfant vit de
l'intérieur la valeur du tabou de l'inceste et même, plus largement, celle de
toute sexualité transgénérationnelle : donc, l'adulte qui procède à l'inverse
est vécu comme incarnant un Mal radical.
Néanmoins,
il faut se souvenir que l'enfant attribue le statut d'adulte à une personne en
fonction de critères qui lui sont spécifiques comme la taille, la force, le
sérieux et d'autres éléments de réactivité, etc. ... Le résultat diffère donc
au moins partiellement de celui des découpes administratives et sociales
officielles :
- Pour le
petit en âge préscolaire, l'autre est très vite perçu comme adulte, dès 14-15
ans, mais l'intégration des barrières sexuelles intergénérationnelles est
encore très lacunaire, donc ça n'a pas d'importance fondamentale.
- Après et au
fur et à mesure que l'enfant grandit, le résultat de son analyse
s'inverse : l'autre n'est adulte - et donc interdit de sexe - qu'après 22,
23 ans. Entre 15, 16 ans et 22, 23 ans, l'autre, c'est un
" grand " ( plus ou moins un adolescent ), pas
vraiment interdit par les tabous intergénérationnels. En dessous de 15, 16 ans,
l'autre est vécu comme de la même nature psychique que l'enfant lui-même, juste
un peu différent par la taille ou la force.
2°) Un lien
de sang unit l'enfant et l'abuseur et est investi par l'enfant ( il y a
donc aussi un lien affectif ) : celui-ci ne prend donc guère le risque de
casser ce lien vital ou à tendance à se laisser faire par celui qu'il aime
(ROI) ; il a aussi tendance à se laisser influencer ( RG : confusion des
idées et RGA ) ; après coup, il peut ne plus identifier qui sont ses vrais
protecteurs et de qui il peut attendre de l'aide ( RG : aliénation ;
insécurité radicale ) [15, p. 82].
3°) Un
lien affectif bien investi entre un adulte étranger à la famille et un enfant
constitue lui aussi un RO ou un RG assez fort, mais avec des vécus existentiels
un peu moins intenses que ceux véhiculés sous la rubrique précédente.
4°)
L'enfant attribue une autorité morale à l'adulte qui le sollicite, donc le
pouvoir d'exiger de lui l'obéissance. L'enfant l'attribue habituellement aux
adultes de sa famille nucléaire et élargie, ainsi qu'aux figures d'autorité de
la société (professeurs, policiers, médecins, chefs de son mouvement de
jeunesse, etc. ). Plus il est petit, plus il a tendance à en investir n'importe
quel adulte, voire n'importe quel grand.
5°)
L'enfant reconnaît à celui qui le sollicite un savoir sur la vie et la
sexualité et ce sur ce qui est permis et défendu ou Bien et Mal. Volontairement
ou non, l'abuseur exerce donc une emprise intellectuelle anormale sur l'enfant
: mêmes applications que pour la rubrique précédente.
6°)
L'enfant attribue à son abuseur le pouvoir de la force c'est-à-dire celui de
lui faire du mal s'il résiste : mêmes applications que pour les deux rubriques
précédentes ; on peut même ajouter que l'enfant est susceptible d'avoir peur
quiconque est plus grand et plus costaud que lui (le "grand" de 9 ans
pour le petit de 5 ans).
b. En
faisant l'intégration de ces différents facteurs, voici approximativement
comment répertorier les abuseurs potentiels, en allant des plus au moins
nuisibles (RO ou/et RG).
- Les adultes
- familiers ( lien de sang ou d'adoption ), affectivement proches de
l'enfant et éducateurs habituels.
Remplissent souvent ces conditions : père, mère,
grands-parents, oncles, tantes, (demi)frères ou soeurs âgé(e)s (cfr. supra :
plus de 22, 23 ans) ;
- familiers violents, effrayants ;
- familiers matériellement lointains, sans lien affectif ni éducatif fort et
pas spécialement effrayants. Par exemple : mêmes personnes que ci-dessus, mais
que l'enfant ne rencontrerait que très peu ;
- étrangers à la famille avec qui existe un lien affectif fort ou/et une
attribution d'autorité morale ou de savoir. Par exemple : compagnon de la mère
ou beau-père , instituteur, psychothérapeute, parrain ou marraine choisis en
dehors de la famille, etc. ;
- étrangers à la famille, violents, effrayants. Par exemple : violeur inconnu ;
- étrangers à la famille, sans aucune des attributions précédentes. Par exemple
: pédophile inconnu soft.
- Les
" grands " ( vécus comme adolescents )
Ici, le critère " familier ou étranger " n'a pas d'impact
sur la gravité. Peut-être influence-t-il davantage le ROI :
" l'enfant résiste moins à un familier avec qui, en outre, il
s'entend bien ".
Le ROI (voire le ROV) est encore influencé par la qualité du lien affectif
basal, l'autorité morale, le prestige de l'abuseur. Le RG est également lié à
son pouvoir d'emprise intellectuelle et à son pouvoir d'effrayer.
- Les
mineurs que l'enfant vit comme ayant le même statut que lui. Le RG est, ici
aussi, lié à leur pouvoir d'emprise intellectuelle ou à celui d'effrayer.
2. Les motivations de l'abuseur
Les voici
énumérées par ordre croissant de potentiel nuisible .
a) Les
abuseurs les moins nocifs sont ceux qui, de leur point de vue, offrent un amour
sincère à l'enfant ; le sexe qui arrive en surcroît est vécu soit comme un
signe-clé de cet amour, soit comme un " parasite " lié à la
nature sexuelle et aux besoins de plaisir de l'être humain et dont il faut
presque s'excuser.
b) Viennent
ensuite les abuseurs qui proposent à l'enfant, surtout à partir de la pré
adolescence de celui-ci, une pure partie " d'éclate
sexuelle " de façon soft, c'est-à-dire sans passer outre au
consentement de leur petit partenaire.
c) Les
vraiment nuisibles relèvent de trois motivations qui peuvent exister séparément
ou en combinaison :
- l'enfant
n'est qu'une chose sexuelle : ce qui compte, ici, ce n'est pas sa personne,
mais la jouissance éprouvée lorsque, par ruse ou par force, on réalise sur lui
telle activité sexuelle précise ; il n'est plus qu'un objet partiel, celui de
la perversion de l'autre ;
- l'enfant
doit souffrir moralement ou physiquement ;
- toute la
vie de l'enfant doit appartenir à l'abuseur : sa sexualité, bien sûr, mais
aussi ses idées, les vêtements qu'il doit mettre pour aller à l'école, les
endroits et les moments du jour où il peut aller uriner, etc. .
3. Le sexe de l'abuseur
On a beaucoup écrit que l'inceste perpétré par la mère ne pouvait être que
" psychotisant ". Je suis persuadé qu'il ne
s'agit que d'une projection émanant d'auteurs peu habitués aux réalités de
l'abus ; ils ont traduit leur vécu subjectif " C'est fou de réaliser
le fantasme incestueux par excellence ! " en " C'est
psychotisant pour le mineur ".
Ce n'est
pas ce qu'indiquent les témoignages de terrain. Il s'en dégage l'impression que
ce n'est pas le sexe de l'abuseur en soi qui exerce un effet destructeur, mais
d'autres critères qui lui sont souvent corrélés et qui viennent d'être énumérés
à propos de son statut. Par exemple, une mère seule qui, par manque d'homme et
par besoin sexuel, passe par une phase de relations sexuelles complètes avec
son fils de 14 ans est probablement moins nocive qu'une mère trouble,
incestuelle plus qu'incestueuse, qui " s'amuse " à se
montrer nue à l'occasion à son fils (ou sa fille) de 9 ans et à vouloir
posséder le psychisme de celui-ci.
4. Le nombre d'abuseurs ; l'existence d'une complicité
passive
a) Le
risque de gravité s'accroît si l'abus entraîne d'autres personnes que l'abuseur
principal et l'enfant ou si ce dernier est pris dans un réseau dans lequel il
change souvent de partenaires, alors de tous âges : ici, on est dans un
contexte de " partouzes ", de (semi)prostitution ou de
terreur plus ou moins avouée où l'enfant se résigne à être la chose sexuelle de
pervers ; son désespoir secret à sortir de leurs filets peut être très grand
(RGT++ et plus rarement RGA : pervertissement).
b) Cette
rage secrète et ce désespoir existent souvent aussi dans tous ces cas, assez
nombreux, où un parent ( ou un autre adulte )
" sait " clairement ou sans le reconnaître et accepte
malgré tout les turpitudes de l'abuseur par peur, pour être quitte de sa propre
vie sexuelle avec lui et parfois même pour le profit lié au
" prêt " de l'enfant . Ici c'est bien le statut adulte du
témoin qui est toxique. Par contre, dans nombre de cas ce sont d'autres enfants
qui savent - par exemple, les frères et sœurs - ça n'a pas d'incidence
importante sur la gravité de la traumatisation.
B. Caractéristiques de l'abus et de la séquence
temporelle dans laquelle il s'inscrit.
Nous
présenterons cette question en un seul tableau schématique avec ses
commentaires ( voir tableau III, p. 21 et 22 ).
III
- Les réactions consécutives à l'abus
A.
Premières réactions informelles de l'enfant et de son entourage et leurs
rétroactions
Surtout au
début, les expériences d'abus toutes fraîches entraînent chez l'enfant et dans
son entourage des bouleversements idéo-émotionnels et des nouveaux
comportements susceptibles de rétroagir négativement ou positivement sur leur
équilibre psychique. Citons notamment :
1) Chez
beaucoup d'enfants et notamment tous ceux qui sont traumatisés, il existe une
montée brutale de vécus d'impuissance, de honte, d'angoisse et de culpabilité ;
ils rongent l'enfant, le rendent dysfonctionnel et le poussent à dissimuler, à
ne pas demander d'aide et à continuer à se laisser faire : il s'installe
progressivement un vécu de soumission, mélange de dépression et de masochisme à
bas bruit (RGT) [22, p. 139].
2)
Lorsqu'ils ne sont pas perçus par l'entourage sain, les coups de sonde
balbutiants de l'enfant ont un effet désespérant sur celui-ci : il en déduit
qu'il n'y a de protection à attendre de personne (RGT).
3) Lorsque
les faits sont révélés par l'enfant, il s'ensuit souvent une première réaction
d'incrédulité ou de colère dirigée contre lui (" Qu'allais-tu faire
là ? C'est toi qui l'as provoqué ... Pourquoi ne l'as-tu pas dit plus vite
? "). Il y a même parfois un mouvement de protection du supposé abuseur.
Si l'adulte d'abord bouleversé ne se reprend pas rapidement et s'il persiste à
accuser ou à stigmatiser l'enfant, le sentiment d'injustice, la confusion des
idées et le désespoir de celui-ci s'aggravent (RGT++). La rétractation de ses
révélations est une stratégie d'adaptation parmi d'autres [24].
B. La traumatisation ( psychique ) secondaire
issue des processus d'intervention officielle
S'il est
inévitable qu'une légère traumatisation intra-psychique constitue un effet
indésirable opérant à certains moments d'un processus d'aide souvent lourd et
complexe, elle ne devrait néanmoins jamais en constituer une composante
importante. Le cost benefit global pour l'enfant devrait être largement
positif.
Or, c'est
souvent loin et parfois très loin d'être le cas : de trop nombreuses situations
entraînent une traumatisation lourde liée à la conception et à l'application de
ce que l'on appelle officiellement " justice et aide ".
J'en
énumérerai d'abord quelques sources, puis je procéderai à une discussion plus
spécifique en référence à la question de la gravité de l'abus qui nous occupe
ici.
1.
Une énumération pêle-mêle
Distinguons schématiquement deux fonctions centrales qui tentent de venir en
aide à l'enfant victime et à sa famille : une psy ( diagnostique et
psychothérapeutique ) et une autre, de protection.
Ajoutons-y
une troisième, la fonction judiciaire pénale, souvent présente dans le
processus d'intervention global ; celle-ci n'a néanmoins pas une intention
d'aide directe à la victime, mais bien celle de faire respecter la loi. En
examinant le déploiement de ces fonctions sur le terrain, on peut observer que
:
1. De
façon générale, le manque de formation spécifique reste criant chez beaucoup
d'intervenants et il en résulte un certain degré d'incompétence : on se réfère
inadéquatement à des connaissances basales générales alors qu'il s'agit d'un
domaine très particulier et délicat ou alors, certains développent des méthodes
farfelues et dangereuses [24, 25].
2.
Beaucoup de services psy et sociaux fonctionnent paradoxalement dans la
précipitation ( pour signaler ) puis, trop souvent, dans une ambiance
bureaucratique ( passage de la " patate chaude " au
suivant ; rendez-vous trop espacés ; inertie ; lent ballet des rapports
écrits ...).
3. La
poursuite orgueilleuse et clivée de sa logique propre par chaque institution
spécifique amène de dramatiques incoordinations et rivalités entre services
psy, sociaux et judiciaires ; c'est la victime qui en fait les frais.
4. Dans
beaucoup de cas, le service judiciaire pénal se met en route lentement ; les
interrogatoires et autres examens physiques s'y multiplient, de façon assez
confuse, dans une ambiance pas toujours bienveillante [25], les plus
traumatisants d'entre eux ( les confrontations ) sont d'ailleurs
souvent non-contributifs ou anti-contributifs à la vérité.
5. Le système
pénal ne prend pas souvent de dispositions pour activer en parallèle le
Tribunal pour mineurs, pourtant chargé de la protection de l'enfant, ni pour
mettre à distance enfant et suspect pendant la durée de l'instruction
judiciaire.
6. Sur le
fond, quand le suspect continue à nier - ce qui est l'occurrence majoritaire -
et que le seul élément de preuve est la parole de l'enfant, même les fois où
celle-ci est validée scientifiquement , trop rares sont les Tribunaux qui
prennent la responsabilité de déclarer les faits établis : c'est dire que, dans
nombre de ces cas, le recours à la présomption d'innocence semble abusif car il
a lieu alors qu'il y a de forts indices de probabilité de l'abus. Cette
pratique traditionnelle frileuse mériterait un vaste débat de société ! Le
résultat en est que l'enfant est remis aux mains de son abuseur, qui s'est
refait une virginité sociale, triomphe et est intouchable pour une très longue
période. Bref, alors, le remède a été bien pire que le mal.
Pour
étayer ces constatations, je joins en Annexe I quelques parties du rapport de
M. Juan Miguel Petit, Rapporteur à la commission des Droits de l'homme de
l'ONU, après sa visite en France à l'automne 2002.
2. Discussion
Les
composantes contemporaines de la traumatisation secondaire sont telles qu'elles
amènent à des constatations paradoxales, choquantes ... mais réalistes :
1. Dès
1993, le grand spécialiste T. Furniss signalait que les interventions
incoordonnées pourraient conduire à davantage de traumatisation chez l'enfant
abusé et sa famille que l'abus lui-même et que le premier but des intervenants
devrait toujours être d'éviter le dommage secondaire, avant de procéder à des
soins directs. Primum non nocere disaient les médecins antiques : sage
recommandation, mais ô combien négligée aujourd'hui [28, p. 17] !
2. Quand
on signale le cas d'un enfant abusé au système judiciaire pénal et qu'on ne
dispose que de sa parole comme preuve, on effectue une opération à risque.
Celui-ci est d'autant plus élevé que l'enfant est jeune, timide ou/et peu
assertif ou peu soutenu socialement et que le suspect, de son côté, est
intelligent, puissant et dispose de bons avocats.
3. Le
risque est encore pire pour les petits enfants suspectés d'être abusés dans le
contexte de la séparation parentale ; ici, les éléments de preuve sont -
inconstamment - des signes fugaces d'irritation de la zone ano-génitale du
corps et une parole du petit enfant plus volatile et suggestible que jamais.
Dans ces contextes, malgré que la possibilité d'authenticité soit loin d'être
nulle, ce sont souvent les plaignants qui expérimentent lourdement la suspicion
des soi-disant aidants et le non-lieu judiciaire est fréquent (RGT+++). En
outre, il est de plus en plus à la mode d'entamer des poursuites de tous types
contre les professionnels qui ont signalé leurs inquiétudes à la Justice
pénale.
4. Le fait
d'appartenir à une famille socio-économiquement défavorisée, surtout lorsque
son fonctionnement apparaît immature et chaotique, avec une autre culture
d'éducation que la culture majoritaire bourgeoise, entraîne un premier risque :
celui de la multiplication anarchique d'agences sociales censées soutenir mais
qui sont souvent en rivalité mutuelle ou à tout le moins incoordonnées et qui
ont le soupçon et le passage à l'acte faciles. Alors, on recourt souvent au
placement de l'enfant, voire de sa fratrie, avec des indications d'entrée et de
sortie bien floues (RGT). Un éclatement sauvage de la famille peut également
avoir lieu, ce qui culpabilise le plus souvent l'enfant (RGT) [15, p. 83].
5. Le fait
pour l'enfant d'appartenir à une famille puissante ou porteuse d'enjeux
importants de respectabilité sociale entraîne le risque inverse : les
intervenants psychosociaux et même judiciaires n'y entrent pas facilement ou
s'en font éjecter vite fait ; il est très difficile de toucher à l'image de
respectabilité et donc bien des abus et autres maltraitances peuvent se
perpétrer dans le silence épais des donjons familiaux (RGT).
C. Les facteurs de gravité ou de protection à long terme
Outre les
facteurs liés à l'activation des professionnels que nous venons de décrire,
signalons que :
1. Il
existe de véritables cercles vicieux liés à certains comportements inadaptés de
l'enfant victime : l'enfant " allumé " provoque le retour
d'expériences sexuelles variées, parfois traumatisantes (RGT), parfois
amplificatrices de son principe du plaisir ou de dimensions perverses en voie
d'installation (RGA+).
Certains
enfants traumatisés provoquent punitions et rejets à partir de leur culpabilité
et de leur masochisme ... ou alors, ils " aspirent "
vers eux de nouveaux abuseurs, par leur passivité ou leur besoin d'autopunition
. Parfois ce sont leurs activités sexuelles de vérification ou d'identification
à l'agresseur qui leur attirent une désapprobation disproportionnée, sans qu'on
cherche à les comprendre.
2. Le fait
que l'abuseur persiste efficacement à nier les faits même lorsqu'il n'a plus de
contacts avec l'enfant, est en soi angoissant et désespérant pour celui-ci
(RGT+).
3. En cas
de révélation très différée (par exemple après quelques années, à la fin de
l'adolescence) , la manière dont celle-ci sera gérée est de nature soit à faire
poursuivre la cicatrisation, soit à faire flamber à nouveau la traumatisation
( mauvaise image de soi ; vécu d'injustice ; colère et désespoir ).
Constituent
des RGT+++: les fins de non-recevoir, les reproches inattendus ou les ruptures
de liens provoquées par le poids de la révélation.
Constituent
des RGT : la seule écoute passive et démissionnaire et son inverse la
précipitation et l'activisme.
Constitue
une PB : la reconnaissance engagée du vécu de la victime ; une réflexion
réaliste menée avec elle sur ce qu'il convient d'entreprendre ( de la
lettre à l'auteur à l'action judiciaire ).
4. Mettre
fin sans ménagement à un lien incestueux ou pédophilie de longue durée et bien
vécu par l'enfant ( souvent devenu adolescent ) peut amener chez
celui-ci une grande souffrance morale et des passages à l'acte graves
( suicide, anorexie, etc. ) (RGT+). D'où la nécessité d'un accompagnement
de haute qualité si l'on décide quand même d'y procéder, ce qui n'est
inéluctable que pour le lien incestueux.
5. L'on
peut enfin s'interroger radicalement sur le rapport à la vérité du discours
scientifique et social contemporain à propos de l'abus sexuel. On s'ingénie à
diaboliser celui-ci et ses conséquences : " L'enfant est toujours
très traumatisé ... On n'est plus qu'un survivor marqué à vie ... Un
ex-abuseur devient un abuseur ".
Est-ce
systématiquement si certain ? Ne prêche-t-on pas parfois de la sorte au nom de
l'idéologie ou des affaires commerciales à faire ? En organisant la chasse aux
sorcières pédophiles, ne s'aveugle-t-on pas sur d'autres maux plus innommables
de nos économies capitalistes ?
Et s'il en
est ainsi, un fameux facteur de risque n'est-il pas constitué, pour les
victimes, par ces slogans sociaux déprimants et confusionnants qui leur font
une nouvelle fois violence ? (RGT+++).
§
III - RECOMMANDATIONS
I - Prendre
en compte qu'il existe DEUX chemins de gravité : la traumatisation intra
psychique ou l'allumage sexuel prématuré. Mieux
repérer et traiter les formes les plus préoccupantes de ce dernier
( sexualité sans retenue ou sexualité pervertie, avec identification à
l'agresseur ).
II - Prendre
en compte qu'il existe des abus sexuels aux conséquences graves, et d'autres
qui sont bien supportés ( les épines sexuelles ) ; mieux étudier les
formes et les critères des épines sexuelles ; étant donné la surcharge des
appareils institutionnels spécialisés ( psys et judiciaires ) ainsi
que les risques élevés de traumatisation secondaire, mettre au point des
manières plus légères de gérer les cas simples, en faisant davantage appel au
tissu social informel et en entraînant préventivement l'enfant à mieux se définir
et se protéger personnellement.
III - Pour
évaluer la nature et l'intensité de l'atteinte, ne pas se réduire à l'analyse
de la séquence " Abus + comportements immédiats de gestion de l'abus
( exemple, comment est imposé le silence ) Ð
" Impact ".
Il faut
tenir compte de préalables qui ont freiné ou précipité l'occurrence de l'abus
et modelé la personnalité de l'enfant et de son entourage. Il faut tenir compte
aussi de ce qui s'en suit, et notamment le contenu et l'organisation de
l'intervention.
IV - Assumer
que les effets de l'intervention se répartissent sur un gradient
" Efficacité/délicatesse/espérance restituée -
Inefficacité/dimensions traumatiques/ désespérance de l'enfant ".
En effet, il
faut se pencher rapidement sur ce problème de la traumatisation secondaire,
notamment en :
- procédant à
des études scientifiques qui tracent systématiquement le devenir des cas après
la révélation ;
- adhérant
dès maintenant aux recommandations du rapporteur de l'ONU, M. Juan Miguel
Petit, dont les principales figurent en annexe I du présent document ;
- formant
tous les psy qui s'occupent d'abus à la grille d'évaluation statement
validation analysis (SVA) et en y sensibilisant les autres intervenants
( travailleurs sociaux, policiers et magistrats ) ;
- ouvrant un
débat de société sur les critères de la présomption d'innocence.
V - Enfin, il
faut " ré humaniser " le fait d'avoir été victime d'abus
sexuel. C'est somme toute une expérience que beaucoup font
dans ses formes mineures, que j'appelle épines sexuelles. Et même les victimes
d'abus graves ne sont pas si rares. On devrait les aider à en parler plus
informellement et plus simplement, en commençant par ne plus faire courir
d'images sociales effrayantes comme celles des survivors traumatisés à vie.
Tableau I : Facteurs de risque ou de protection et caractéristiques
individuelles de l'enfant

Commentaires :
(a) Il s'agit
d'une non-information sur les réalités sexuelles, mais aussi sur les droits des
enfants, notamment celui de dire " Non " ou de désobéir
dans certaines circonstances [6].
(b)
Solitaires : ayant peu d'amis [10] ; vivant avec des parents indisponibles ou
sans parent naturel à la maison [11].
(c) La
bruyance des réactions anxieuses lorsqu'un inconnu s'approche d'eux pourrait
protéger de certains types d'abus certains types d'enfants très perturbés,
jusqu'aux psychotiques et aux autistes.
Tableau II : Facteurs de risque ou de protection et type de
fonctionnement familial

Commentaires :
(a) L'enfant
n'y est entraîné ni à la lucidité ni à la self-défense
(b) Le parent
abuseur y exerce son " droit de cuissage " sans discussion
possible, sous la terreur morale
(c) La
" fusion " momentanée adulte-enfant constitue un moment
d'affectivité positive.
Tableau III :
Facteurs de risque ou de protection et caractéristiques de l'abus

Commentaires
:
(a)
L'imprévisibilité est vraiment un facteur toxique, source de fluctuations
d'angoisse et de difficulté à s'adapter.
(b) Par
exemple, c'est lui qui va frapper à la porte de son pédophile ; c'est lui qui
" drague " un adulte mal dans sa peau ; l'adulte l'écoute
facilement les fois où il dit " Non ", etc. .
(c) La
dimension violente n'est pas liée qu'à la force physique et aux cris. Elle
peut être provoquée par la personnalité imposante de l'abuseur, par la toute-puissance
de son argumentation, par l'ambiance de mystère et d'inconnu qu'il introduit
dans le scénario. Il faut se souvenir aussi qu'elle est vécue subjectivement en
référence au tempérament plus ou moins anxieux de l'enfant. Certains enfants
sont plus traumatisés par la violence que par l'abus lui-même [22, p. 146 ;
28].
(d) La
présence d'un lien affectif fonctionne donc, selon les cas, comme la meilleure
et la pire des choses :
- En parlant
des statuts, j'ai évoqué le fait que l'enfant puisse avoir sa lucidité et sa
capacité de résistance comme " engluées " par quelqu'un
qu'il aime.
- Mais
l'inverse peut exister aussi : certaines dimensions de son être peuvent être
davantage respectées par quelqu'un qu'il aime, si du moins l'enfant cède sur la
question du sexe ...
(e) L'effet
peut aller dans deux directions opposées :
- Certains
enfants continuent à assumer leur motivation positive et parfois, ce peut
devenir un RGA.
- D'autres
enfants se culpabilisent plus ou moins fortement par la suite d'avoir voulu ou
aimé ça (RGT) [ 21, p. 146].
BIBLIOGRAPHIE
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16. Hayez J.-Y., (sous presse) Les 6-13 ans, leur vie sexuelle et leurs
parents, Paris, Odile Jacob, (fin 2003-début 2004).
17. Kipman S.D., Rapoport D., La sexualité " oubliée " des
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18. Conte J.R., Schuerman J., Factors
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19. Coulborn Faller K., Why sexual abuse? An exploration of the
intergenerational hypothesis, Child abuse § Neglect, 1989, 13, 543-548.
20. http://www.websexo.net/
- page Elysa.
21. Bertrand C., http://www.canoe.qc.ca/artdevivresociété/
- page d'avril 03.
22. Born M., Delville J., Mercier M., Sand E.A., Beeckmans M., Les abus sexuels
d'enfants, Liège, Mardaga, 1996, 184 p.
23. Detaglia L., Les abus sexuels envers les enfants. Étude de 90 sujets
auteurs ou victimes ayant fait l'objet d'une expertise psychologique, Cahiers
du Centre de Recherche interdisciplinaires de Vaucresson, 1990, 8, 153-179.
24. Haesevoets Y.-H., L'enfant en questions, Oxalis, Bruxelles, De Boeck, 2000,
435 p.
25. Pregno G., Rapport de la Fondation luxembourgeoise Kannerschlass, 2000, www.kannerschlass.lu/pregno1.htm
(*)
26. Yuille J.C., Traduit et révisé par Van Gyseghem H., L'analyse de la
validité de la déclaration, Université de Montréal, inédit, 1993.
27. Yuille J.C., L'entrevue de l'enfant dans un contexte d'investigation et
l'évaluation systématique de sa déclaration - traduit et révisé par Van
Gyseghem H., Revue canadienne de psychologie, 1988, 1-20.
28. Furniss T., The
multiprofessional handbook of child sexual abuse, London and New York,
Routledge, 355 p.
29. Cyr M., Wright J., Theriault C., Oxman-Martinez J., Perron
A. et Lebeau T., Portrait des victimes d'abus sexuel et de leurs mères, 2003, http:/primase.qc.ca/rechercheasp?text=51
(**)
30. Rind B., Bauserman R., Tromovitch P. (... si ce ne sont pas des pseudonymes
! ), Études des conséquences de l'abus sexuel sur enfants, à partir de cas non
cliniques, 1998, http://www.pedagora.com/article001.html
ANNEXE I
EXTRAITS
DU RAPPORT DU COMMISSAIRE DE L'ONU
COMMISSION
DES DROITS DE L'HOMME
Cinquante-neuvième session
Point 13 de l'ordre du jour provisoire
DROITS DE
L'ENFANT
Note
présentée par M. Juan Miguel Petit, Rapporteur spécial sur la vente d'enfants,
la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants,
conformément à la résolution 2002/92 de la Commission des droits de l'homme.
Additif
Note
préliminaire sur la mission en France (25-29 novembre 2002)
13. Le
Rapporteur spécial ne considère pas que les sévices sexuels contre des enfants
constituent un phénomène plus courant en France que dans d'autres pays
européens. On constate toutefois que de nombreuses personnes
ayant une responsabilité dans la protection des droits de l'enfant, en
particulier dans le système judiciaire, continuent de nier l'existence et
l'ampleur de ce phénomène.
14. Les
personnes qui soupçonnent et signalent des cas de sévices à enfant peuvent se
voir accuser de mentir ou de manipuler les enfants concernés et risquent des poursuites
ou des sanctions administratives pour diffamation si leurs allégations
n'aboutissent pas à des poursuites suivies de la condamnation de l'auteur
présumé des sévices. En particulier, les professionnels de la santé encourent
des risques dans ce domaine et rien n'indique que les médecins bénéficient de
l'aide et du soutien du Conseil de l'ordre des médecins français.
15. Dans
un nombre croissant de cas, un parent séparé, habituellement la mère, choisit
d'amener l'enfant ou les enfants à l'étranger plutôt que de se conformer aux
décisions d'un tribunal accordant des droits de visite ou attribuant la garde à
l'auteur présumé des sévices, ce qui, à son tour, pourrait exposer l'enfant à
de nouveaux sévices sexuels. Il est même arrivé que des juges et des avocats au
courant des faiblesses du système judiciaire conseillent, officieusement, à
certains parents d'agir de la sorte. Ces parents se trouvent donc sous la
menace de poursuites criminelles pour leurs actes aussi bien en France que dans
le pays où ils se rendent.
16. Le
manque de ressources, de formation et de spécialisation dont souffrent les
juges et les avocats s'occupant d'affaires de sévices sexuels contre des
enfants fait que les droits de l'enfant impliqué dans des poursuites
judiciaires ne sont parfois pas suffisamment protégés. Il s'ensuit que les
enfants concernés risquent souvent de continuer à subir des sévices.
17. Il est
certes possible que de fausses allégations de sévices sexuels contre des
enfants aient été faites dans le cadre de procédures visant à attribuer la
garde de l'enfant. Toutefois, le Rapporteur spécial, après avoir examiné les
preuves concernant les affaires portées à son attention, a pu conclure que ces
allégations étaient sérieuses et fondées et que la suite qui leur avait été
donnée ne correspondait pas à l'intérêt supérieur de l'enfant.
18. Dans
les affaires civiles visant à attribuer la garde de l'enfant, celui-ci ne
bénéficie pas d'un droit automatique d'être entendu. Bien que les tribunaux
civils puissent entendre l'enfant à la discrétion du président du tribunal,
l'enfant n'est quasiment jamais entendu.
19.
Lorsque des poursuites pénales sont engagées contre les auteurs présumés de
sévices, les tribunaux civils ne sont pas supposés prendre de décisions quant à
la garde ou aux droits de visite jusqu'à ce que la procédure pénale soit menée
à son terme. Dans la pratique, toutefois, cette disposition n'est pas
respectée, ce qui donne lieu à une situation où l'enfant est obligé de rester,
souvent sans surveillance, avec une personne faisant l'objet d'une enquête
pénale pour des sévices infligés à ce même enfant.
Recommandations
21. Il
convient de respecter l'article 12 de la Convention relative aux droits de
l'enfant, qui consacre le droit de l'enfant d'exprimer ses souhaits et son
opinion et, notamment, "la possibilité d'être entendu dans toute procédure
judiciaire ou administrative l'intéressant". Le Rapporteur spécial
comprend certes qu'il importe d'éviter une situation où un enfant est obligé de
répéter plusieurs fois des allégations, mais il est encore plus important de
prendre au sérieux et de croire un enfant qui parle de sévices.
24. Étant
donné le nombre de cas laissant apparaître un grave déni de justice pour les
enfants victimes de sévices sexuels et les personnes qui tentent de les
protéger, il serait bon qu'un organe indépendant, de préférence la Commission
nationale consultative des droits de l'homme, mène de toute urgence une enquête
sur la situation actuelle.
26. Le
système judiciaire devrait se voir allouer des ressources suffisantes pour être
en mesure de dispenser une formation en matière de droits de l'enfant et de
suivre convenablement les affaires s'y rapportant.
27.
Lorsque des poursuites pénales sont engagées contre les auteurs présumés de
sévices, les tribunaux civils ne doivent pas statuer sur la garde ou les droits
de visite tant que la procédure pénale n'a pas été menée à son terme. Dans
l'intervalle, l'auteur présumé des sévices ne devrait avoir accès à l'enfant
que sous une supervision constante.
28. Le
Conseil de l'ordre des médecins français doit de toute urgence revoir ses
procédures, de façon à soutenir, au lieu de les condamner, les médecins qui
font part de leurs soupçons de sévices à enfant.
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