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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
Jean-Yves Hayez |
Demande d'asile,
audition du mineur,
tolérance zéro et
intérêt de l'enfant ...
* biographie, recueil de publications scientifiques et articles
de presse du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Demande d'asile, audition du mineur, tolérance
zéro et intérêt de l'enfant... chronique d'un
mensonge annoncé.
|
Par Fabienne Druant (*)
et Jean-Yves Hayez
(**)
" Tout va pour le mieux dans le meilleur des
mondes " pour les mineurs d'âge demandeurs
d'asile. L'office des étrangers et le
commissariat général aux réfugiés et apatrides
dispose en effet de personnel spécialisé dans
l'audition des mineurs.
Cette information est clamée par les
représentants de ces deux institutions lors de
chacune des plates-formes " mineurs en exil ",
organisées par les services droit des jeunes.
Au vu de nos dernières expériences, nous nous
posons la question de savoir si cette formation
spécialisée est réellement mise en oeuvre, et
comment, ou s'il s'agit simplement de tenter
d'apaiser les critiques et de crier haut et
fort que l'institution fait de son mieux et
qu'elle n'a plus rien à se reprocher.
En effet, l'exemple suivant nous autorise à
nous poser de sérieuses questions concernant
les décisions prises par le C.G.R.A. au sujet
de mineurs. Elle concerne deux enfants rwandais
mineurs non accompagnés ( 12 et 14 ans ) ayant
été déclarés " recevables " il y a deux ans.
Afin de recadrer cette situation dans son
contexte. nous vous proposons les quelques
éléments de faits qui ont amenés ces deux
jeunes enfants à demander l'asile en Belgique,
fin 1999.
Etienne et Audrey avaient 4 et
6 ans (1)
en 1994, lorsque leurs parents ont été assassinés
au Rwanda, lors du changement de régime. Notez
bien pour la suite : ils avaient 4 et 6 ans.
Ils ont ensuite fui avec une tante vers le
Congo. Quelques mois après, la situation
semblait, selon les informations officielles,
être redevenue plus calme au Rwanda. La tante
et les enfants y sont dès lors retournés.
Quelques jours plus tard, cette tante était
également assassinée, par les militaires du
nouveau régime ( actuellement toujours au
pouvoir ).
Les enfants se retrouvaient alors livrés à eux-
mêmes et un ami congolais de leur défunt père
les a à nouveau amené au Congo.
Ils y sont restés plusieurs mois et y ont été
scolarisés.
Cependant des querelles ont éclaté entre
rwandais et congolais et les enfants ont dû
rester cachés. Ils ont entendu les nouvelles à
la radio et ont vu des militaires au dehors,
munis de fusils, ainsi que des barrières, ont
entendu des coups de feu. Ils étaient
terrorisés.
Ils ont également été choqués de voir que leurs
camarades de classe disparaissaient,
probablement en vue d'un enrôlement dans
l'armée. Etienne risquait le même sort, ce
qu'il voulait éviter. Il avait très peur. Sa
soeur avait également très peur pour lui.
L'ami du père a alors pris la décision de les
envoyer en Belgique chez l'une de leurs tantes,
réfugiée reconnue.
Ils y sont arrivés fin 1999. Ils avaient 9 et
11 ans, et étaient, faut-il le préciser,
fortement choqués par tout ce qu'ils avaient
vécu jusque là.
La tante les a déposés à l'office des étrangers
pour qu'ils y introduisent une demande d'asile.
Comme l'immense majorité des demandeurs d'asile
lors de la première audition par l'office des
étrangers, ils ont obtenu une décision
négative... avec ordre de reconduire notifié à
la tante, elle-même réfugiée reconnue!
Suite à une audition par le CGRA dans le cadre
du recours urgent, les deux enfants ont obtenu,
en mars 2000, une attestation de recevabilité
de la demande.
La tante a pu être entendue quant à l'ordre de
reconduire qui lui avait été notifié.
En effet, la légalité d'une telle injonction
est contestable dans la mesure où une tante n'a
en rien le pouvoir légal d'exécuter un ordre de
reconduite. Elle n'a en effet aucune autorité
parentale sur les enfants. Seuls les père et
mère auraient ce pouvoir.
De plus, sur un plan moral, cette tante qui a
elle-même fui le pays et a obtenu le statut de
réfugiée, avec son époux, ses enfants, et
quelques unes de ses soeurs dans les mêmes
circonstances, ne pourrait raisonnablement pas
exécuter cet ordre.
Comment en effet imposer à ses petits neveux un
destin et une persécution qu'elle a elle-même
fui, dans un pays qui l'effraie pour elle-même,
pour ses enfants, pour sa famille, et où ses
petits neveux n'ont plus aucune attache et
craignent pour eux-mêmes?
Depuis mars 2000, la famille n'a plus de
nouvelle, du C.G.R.A. malgré les nombreux coups
de téléphone visant à savoir où en était le
dossier. Les enfants reprenaient tout doucement
goût à l'existence et tentaient de vivre le
plus normalement possible. en parlant très peu
de ce qu'ils avaient vu et vécu au Rwanda comme
au Congo.
Une convocation est néanmoins arrivée au tout
début des vacances d'été, en juillet dernier,
soit en 2002. Il s'agissait d'une convocation
quant à l'audition au fond ... qui avait lieu
deux jours plus tard. Les enfants étaient
fortement stressés et angoissés par cette
nouvelle interview, qui pour eux signifiait
répéter et donc revivre une nouvelle fois tout
ce qu'ils auraient voulu oublier.
Etant donné le délai très court entre la
réception de cette convocation et l'audition
elle-même, les enfants n'ont pu faire appel à
un avocat ou à un service social en qui ils
avaient confiance en vue de les accompagner à
cet interview au fond.
Ils savaient pourtant qu'ils devaient
impérativement s'y rendre, faute de quoi leur
demande d'asile serait purement et simplement
rejetée.
Ils y sont donc allés, et ont été entendus
seuls. La question qui les préoccupait
vraiment, à savoir que leurs parents avaient
été assassinés, qu'ils ont dû fuir, revenir,
fuir encore pour finalement aboutir en
Belgique, traumatisés et effrayés, n'a semblé
faire l'objet que de peu d'attention.
L'interview semblait surtout se focaliser sur
des points qui leurs paraissaient très
accessoires par rapport à leur souffrance,
comme la couleur de la voiture qui les a amenés
du Rwanda vers le Congo, les détails de leur
scolarité, le moment exact et tous les détails
de lieu et de déroulement des événements suite
à l'assassinat des parents, etc.
Ces questions étaient relatives à de nombreux
détails d'il y a 8 ans, qui datent donc de
l'époque où les enfants avaient 4 et 6 ans ...
Par la suite, une décision de refus de
reconnaissance de la qualité de réfugiés leur
est parvenue. La motivation de cette décision
fait l'objet du présent commentaire.
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Décision de fond du CGRA leur refusant l'asile.
|
Loin de remettre en question le fait que les
parents des deux enfants ont bien été
assassinés (2)
, le CGRA se focalise sur des
points qui paraissent relever du détail aux
yeux des deux enfants.
Le Commissariat général aux réfugiés et
apatrides se base ici sur trois éléments tirés
de l'analyse des dépositions
successives (3)
et qui ont permis de mettre en lumière ce qu'il
qualifie d'importantes contradictions.
Le premier point porte sur la question de
savoir à quel moment exactement ils ont vu les
corps de leurs parents, le second point porte
sur la durée exacte de la scolarité, le
troisième point porte sur des contacts
téléphoniques qu'ils viennent d'avoir avec des
soeurs rentrées au Rwanda depuis peu et le fait
que l'intérêt supérieur de ces enfants commande
qu'ils vivent au Rwanda avec eux!!
Cette décision qui semble être l'illustration
d'une forte régression eu égard à la formation
spécialisée dont se prévalent l'office des
étrangers et le CGRA, nous paraît éminemment
critiquable sur plusieurs points,. et ce quant
aux aspects criminologiques, psychologiques et
juridiques.
Rappelons qu'Etienne est mineur d'âge. Il a
aujourd'hui 15 ans. Au moment des événements
qu'il relate, en 1994, il avait 6 ans. Sa soeur
en avait 4.
Ils sont arrivés en Belgique, en décembre 1999,
alors qu'ils avaient 12 et 10 ans.
L'interview à l'office des étrangers a eu lieu,
puis le recours urgent au CGRA ( en mars 2000 )
et ils ont été entendus en mai 2000, soit il y
a plus de deux ans.
Lors de son arrivée en Belgique, le jeune homme
ne parlait pas un mot de français. A présent,
deux ans plus tard, il peut se débrouiller mais
ses résultats scolaires montrent de grosses
difficultés.
De même, son entourage ( scolaire, familial,
...) ont maintes fois exprimé leur inquiétude
par rapport à son tempérament très renfermé et
ses difficultés à s'exprimer. " Avec tout ce
qu'il a vécu, l'on ressent chez cet enfant une
souffrance et un problème de développement ",
explique sa tante chez qui il vit. Il lui
faudra du temps pour retrouver un certain
équilibre.
On demande également à sa jeune soeur, qui
avait, rappelons-le, 4 ans au moment des faits,
de donner tous les détails de la situation.
Après ces remarques préalables, il convient de
passer à l'analyse critique de la décision de
refus de reconnaissance de la qualité de
réfugiés pour ces deux enfants.
Le CGRA se base sur trois éléments présentant
une contradiction pour déclarer qu'il ne
convient pas d'accorder une quelconque
crédibilité au récit de ces enfants, et donc
leur refuser l'asile.
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1er argument : après l'assassinat des parents.
|
La décision du CGRA stipule que " vous avez
soutenu au cours de votre audition au fond que
lors de l'assassinat de vos parents, vous étiez
absents et que lors de votre retour à la
maison, vous avez trouvé vos frères et soeurs,
votre tante et un ami zaïrois. Et que vous avez
ensuite vu les corps de vos parents sur la
route ( audition au fond ).
Tandis qu'au cours de votre audition en recours
urgent, vous avez relaté que vous étiez en
vacances chez le zaïrois avec votre soeur et
que c'est lui qui vous aurait emmené voir le
corps de vos parents. ( audition en recours
urgent ).
Votre soeur a pour sa part précisé au cours de
son audition au fond, qu'elle avait été se
cacher chez sa tante lors de l'arrivée des
militaires et qu'en revenant à la maison, les
corps des parents s'y trouvaient ( audition au
fond ). Puis elle serait partie avec vous et le
zaïrois.
Or, elle avait confirmé en recours urgent que
vous étiez tous les deux en vacances chez le
zaïrois et que c'est lui qui vous avait appris
la nouvelle ( note d'audition au recours
urgent, soeur ).
Souvenez vous, Etienne avait 6 ans, et sa
soeur, 4 ans au moment des faits.
Rappelons aussi que le temps écoulé entre
l'audition en recours urgent et l'audition au
fond est de plus de deux ans; que les enfants
ont été très perturbés et qu'ils essayent avec
leur entourage depuis deux ans, de mener une
existence plus sereine, en essayant de vivre
sans faire référence à ces faits.
Une interview constitue pour eux un retour en
arrière important tant au niveau chronologique
que psychologique. L'interview, au delà de la
frayeur qu'elle crée de par son déroulement,
les faits qu'il faut y relater et des
conséquences possibles, constitue un
traumatisme en soi.
Un jeune enfant ne peut pas être précis par
rapport à des dates ou le déroulement de
certains événements. La seule certitude est
qu'ils ont été traumatisés en voyant ou en
sachant que leur parents ont été assassinés. Le
reste, autour, est plus confus. Ils ne se
souviennent pas de tout ou confondent certains
éléments du passé.
Il ne s'agit pas de mensonges mais de
confusion. Ceci est fréquent chez les enfants,
et d'autant plus problématique chez des enfants
qui ont vécu des traumatismes importants.
Ce dont ils se souviennent, et qui reste
cohérent d'un interrogatoire à l'autre, c'est
qu' " on " a tué leurs parents, au Rwanda ainsi
que leur tante lors de leur retour après la "
pacification " et qu'ils sont effrayés pour eux-
mêmes. Cet élément, qui paraît cependant
central et fondamental dans le cadre d'une
demande d'asile d'un mineur d'âge, n'est pas
contesté par le CGRA. C'est pourtant sur cette
base qu'est fondée la demande d'asile.
Le reste, c'est-à-dire le cadre spatio-
temporel. les " compléments circonstanciels "'
évidemment, s'embrouillent. Ils ont
l'air (4)
de " cafouiller " quand ils doivent rendre
compte de détails du cadre. Comment pourrait-il
en être autrement? Comment imaginer un instant
que la mémoire d'évocation d'un jeune de 12 ou
14 ans peut être fidèle à propos de détails
spatio-temporels ou de contextes relatifs à des
faits survenus avant l'âge de l'école primaire
? Seul l'essentiel de l'action, le coeur du
traumatisme est susceptible de rester gravé en
mémoire, sans erreur cette fois, et ce de façon
définitive.
Pour en convaincre le lecteur, nous lui
proposons de tenter une expérience en famille,
que ce soit avec un neveu, une nièce, un enfant
... de 13-14 ans, qui a vécu au moins un
événement exceptionnel entre 4 et 6 ans.
Demandons-lui de le raconter dans les détails.
Remercions-le et reposons-lui la même question
6 mois plus tard. Nous pourrons remarquer que
le coeur de l'événement sera toujours redit,
tandis que de nombreux détails auront été
changés ... et ce de toute bonne foi.
Pourtant, dans l'expérience que nous proposons
ici, les enjeux de l'interview n'ont rien
d'angoissant. Il est pourtant de notoriété
publique que l'individu sera d'autant plus
déstabilisé qu'il se trouvera dans une
situation génératrice de stress.
En effet, la crainte que constituent les
différentes interviews auprès de l'office des
étrangers et du commissariat général aux
réfugiés et apatrides peut entrer en ligne de
compte en déstabilisant un individu, à plus
forte raison lorsqu'il s'agit d'un mineur
d'âge.
De plus, il convient de noter que les enfants
n'ont aucunement " préparé " leurs interviews.
Ils n'ont donc pas préparé ce qu'ils allaient
dire. Ils ont raconté leur histoire avec
l'élément principal qui les touche : la peur
pour eux-mêmes suite à la mort de leurs
parents.
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Argument n°2 : fréquentation scolaire au Congo.
|
Etienne se serait contredit dans la mesure où
il aurait dit, à l'audition au fond, avoir
fréquenté les cours au Congo quelques semaines
alors qu'il avait dit avoir fréquenté les cours
de la deuxième à la sixième primaire lors de
l'audition en recours urgent, ce que sa soeur
confirme lors des deux interviews ...
Ceci semble bien montrer une fois de plus que
l'enfant a perdu ses moyens lors de
l'interview, qui a constitué un événement très
traumatisant pour lui.
Pourquoi aurait-il menti sur ce point, qui
paraît tellement futile eu égard à ses
arguments pour demander l'asile, à savoir la
peur suite à la mort de ses parents ?!
Notons en outre qu'Etienne a répondu en
français à ces questions langue qu'il ne
maîtrise pas encore très bien, et a dès lors pu
confondre les mots, ou mal comprendre les
questions.
De plus, le corps enseignant de l'école qu'il
fréquente et ses proches témoignent de ce que
l'enfant a un retard intellectuel important dû
au traumatisme qu'il a subi. Cet élément ne
semble aucunement avoir été pris en compte.
Quoi qu'il en soit, il nous paraît très
étonnant de constater que le CGRA ne semble
aucunement tenir compte de l'âge du jeune au
moment des faits par rapport au moment de
l'interview, voire des interviews ( entre
lesquelles s'est écoulé un délai de deux ans ),
ni des éléments de développements
psychologiques de l'enfant en général, et du
mineur non accompagné demandeur d'asile en
particulier, alors qu'il affirme que son
personnel est spécialement formé à l'audition
des mineurs (5).
Lors de son arrivée en Belgique, Etienne a été
scolarisé en 6e primaire, ce qui montre qu'il a
suivi les cours plus longtemps que " quelques
semaines ". Faut-il se focaliser sur des choses
aussi légères qu'une erreur d'expression
lorsqu'il s'agit d'un mineur d'âge, pour en
conclure qu'il ne convient pas d'accorder une
quelconque crédibilité à son récit et au
fondement de sa demande d'asile?
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Argument n°3 : les frères et soeurs au Rwanda
... et l'intérêt supérieur de l'enfant.
|
Etienne et sa soeur ont été en contact
téléphonique avec l'une de leurs soeurs au
Rwanda.
Ceci est un élément de fait. Le CGRA semble en
conclure que les enfants pourraient donc très
bien retourner au Rwanda.
A cet égard, le CGRA invoque l'article 3 de la
Convention internationale des droits de
l'enfant du 20/11/89 qui stipule que l'intérêt
supérieur de l'enfant doit être une
considération primordiale dans toutes les
décisions qui concernent les enfants.
Le CGRA indique dans sa décision qu' " en
l'espèce, cet intérêt commanderait que vous
viviez auprès de vos frères et soeurs au Rwanda
".
Cette allégation appelle plusieurs remarques :
Tout d'abord, ces enfants ont demandé l'asile
en Belgique. Ils basent leur demande sur la
Convention de Genève du 28 juillet 1951 et du
Protocole additionnel du 31/01/67 relatif au
statut des réfugiés.
Ils n'ont pas demandé le regroupement familial
au sens de l'article 10 et 9.3 de la loi du
15/12/1980.
Ils ont en effet des arguments pour dire qu'ils
se sentent persécutés à titre personnel dans
leur pays d'origine, qu'ils ne peuvent pas
davantage retourner dans les pays par lesquels
ils n'ont fait que transiter et où ils se
sentent également en insécurité.
Ils demandent l'asile en Belgique, car c'est le
seul pays où ils se sentent en sécurité et où
ils souhaitent mener une existence plus
harmonieuse que celle qu'ils ont connu entre
1994 et 1999.
Il convient dès lors de bien distinguer les
choses.
De même, le CGRA n'a pas la compétence que pour
statuer sur les demandes de regroupement
familial, puisque celle-ci appartient à
l'office des étrangers, et ce uniquement quant
aux demandes formulées sur cette
base (6).
Les enfants ne demandent pas à rejoindre leurs
soeurs au Rwanda ( pays qu'ils ont fui, faut-il
le rappeler ) mais à obtenir l'asile en
Belgique.
L'argument du CGRA à cet égard n'a dès lors
aucun sens.
Deuxièmement, le CGRA invoque l'article 3 de la
Convention internationale des droits de
l'enfant, en en dénaturant manifestement
l'esprit. Cette convention et cet article
visent en effet à protéger l'enfant et à lui
permettre de s'exprimer et d'être entendu.
Cette notion d'intérêt supérieur de l'enfant
est utilisé ici comme argument du CGRA pour
refuser l'asile, ce qui est en contradiction
totale avec ce que les enfants considèrent
comme étant leur intérêt supérieur.
Nous ne pouvons que le déplorer.
Le concept d'" intérêt supérieur " de l'enfant
est lui-même extrêmement flou et donne lieu à
des interprétations multiples et divergentes.
Tout peut se justifier par " intérêt de
l'enfant ".
L'adulto-centrisme (7)
qui est toujours de mise
dans nos sociétés dites modernes, fait qu'il
est " normal " que ce soient les adultes qui
décident de ce qui relève de l'intérêt
supérieur de l'enfant, sans parfois lui donner
le droit à la parole.
Pourtant dans le cas qui nous occupe, le
principal intéressé, c'est-à-dire l'enfant,
devrait être le premier à donner son avis sur
ce qu'il croit être son propre intérêt ... et
c'est ce que ces deux jeunes ont fait : ils ont
demandé l'asile en Belgique. Et au vu de ce
qu'ils ont vécu au Rwanda, et de l'absence
d'attaches au Congo, qui n'était pour eux qu'un
transit, qui oserait les accuser
d'irrationalité?
En outre, comme le note Sylvie Saroléa, dans le
cas d'un mineur, il importe de tenir compte non
pas tant des éléments objectifs qui constituent
des persécutions à titre personnel, que de la
crainte subjective que le retour au pays
suscite (8).
Des études scientifiques montrent à suffisance
qu'après un fort traumatisme psychique, il peut
persister une peur intense et définitive de
s'approcher matériellement de l'endroit où a eu
lieu le traumatisme. Il n'est pas rare, dans de
tels contextes, que l'on conseille aux parents
de déménager s'ils en ont les moyens
financiers. Ici l'on pourrait éviter à ces
enfants une réexposition au lieu matériel du
traumatisme, là où flotte encore pour eux la
vision de leur famille assassinée, et la
possibilité d'une nouvelle agression. Ils
demandent qu'on leur évite cette réexposition.
Y a-t-il un motif psychologique ou éthique pour
ne pas les suivre dans leur demande?
La motivation de la décision querellée ne
semble pas tenir compte de ces critères.
Le fait de contraindre ces enfants à retourner
dans un pays qu'ils ont fui et où de surcroît
ils courent un danger personnel, serait
contraire à la convention de Genève, à la
Convention européenne des droits de l'homme, et
la Convention internationale des droits de
l'enfant.
Dans ses dernières décisions ( notamment CPRR,
déc. n°01-06681F1356/cd, 08/03/02, in RDE n°
117, pp. 120 et svt. ), la Commission
Permanente de Recours aux Réfugiés considère
les femmes de certains pays ou ethnies comme
appartenant à un groupe social à part, qui
nécessite une vigilance particulière. Ne
conviendrait-il pas d'en faire de même pour les
enfants?
Il nous semble que les arguments ou même la
logique d'action qui a sous-tendu l'interview
de ces enfants et la décision qui a été prise
par le CGRA pourraient être utilisés pour
rejeter toute demande d'asile introduite,
instaurant ainsi une espèce de " tolérance zéro
", intolérable en matière de politique
d'immigration et a fortiori de demande d'asile.
Et si tout restait à faire?
(*) Criminologue au Service droit des jeunes
(**) psychiatre d'enfants et d'adolescents.
Professeur à la faculté de médecine de l'UCL,
Directeur de l'unité pédopsychiatrique des
cliniques universitaires Saint-Luc et
coordinateur des équipes SOS-enfants.
(1) Il s'agit bien entendu de prénoms
d'emprunt.
(2) Pour évoquer ces événements, le CGRA
n'utilise pas le conditionnel comme c'est
souvent le cas, mais bien l'indicatif : " les
parents ont été assassinés ", ce qui montre
bien que cet élément n'est pas remis en
question.
(3) Successives ... à deux ans et demi
d'intervalle!
(4) Ils ont l'air ... mais peut-on être aussi
affirmatif? En 2000, ils comprenaient bien ce
qu'était l'essentiel de ce qu'ils avaient à
dire ... et ils l'ont dit, mais il est probable
qu'ils n'aient pas compris un certain nombre de
questions, de détails, et que par angoisse ou
par conformisme, il y ont répondu n'importe
quoi. Il semble peu soutenable éthiquement,
alors, de leur reprocher des erreurs que
l'interview a elle-même provoquées!
(5) cfr les différentes plates-formes " Mineurs
en exil " organisées notamment à l'initiative
du Service droit des jeunes.
(6) De plus, un " regroupement familial " avec
des frères et soeurs n'a pas plus de poids
qu'un regroupement familial avec des tantes et
oncles.
(7) CAPPELAERE, G., VERHELLEN, E., " Vers un
code pénal de la jeunesse? La responsabilité de
l'enfant comme point de départ ", in MARY, Ph.
(sld),
Travail d'intérêt général et médiation
pénale - socialisation du pénal ou pénalisation
du social?, Bruxelles, Bruylant, coll. de
l'école des sciences criminologiques Léon
Cornil, 1997, p.248.
(8) SAROLEA, S., " Les demandeurs d'asile
mineurs non accompagnés, itinéraires d'enfants
",
in Formation Jeunesse et Droit, Mineurs
étrangers non accompagnés, 1999-2000, p. 91 à
102.
Création le 23 août 2003.
Dernière mise à jour
le dimanche 24 février 2008.
Issu d'un document en traitement de texte prêté par le
professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
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Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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Demande d'asile, audition du mineur, tolérance
zéro et intérêt de l'enfant... chronique d'un
mensonge annoncé.
Rétroactes.
Décision de fond du CGRA leur refusant l'asile.
1er argument : après l'assassinat des parents.
Argument n°2 : fréquentation scolaire au Congo.
Argument n°3 : les frères et soeurs au Rwanda
... et l'intérêt supérieur de l'enfant.
Notes.
- Notes automatiques. -
.
.
Note *.
(*) Criminologue au Service droit des jeunes
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note **.
(**) psychiatre d'enfants et d'adolescents.
Professeur à la faculté de médecine de l'UCL,
Directeur de l'unité pédopsychiatrique des
cliniques universitaires Saint-Luc et
coordinateur des équipes SOS-enfants.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 1.
(1) Il s'agit bien entendu de prénoms
d'emprunt.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 2.
(2). Pour évoquer ces événements, le CGRA
n'utilise pas le conditionnel comme c'est
souvent le cas, mais bien l'indicatif : " les
parents ont été assassinés ", ce qui montre
bien que cet élément n'est pas remis en
question.
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Note 3.
(3) Successives ... à deux ans et demi
d'intervalle!
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Note 4.
(4) Ils ont l'air ... mais peut-on être aussi
affirmatif? En 2000, ils comprenaient bien ce
qu'était l'essentiel de ce qu'ils avaient à
dire ... et ils l'ont dit, mais il est probable
qu'ils n'aient pas compris un certain nombre de
questions, de détails, et que par angoisse ou
par conformisme, il y ont répondu n'importe
quoi. Il semble peu soutenable éthiquement,
alors, de leur reprocher des erreurs que
l'interview a elle-même provoquées!
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Note 5.
(5). cfr les différentes plates-formes " Mineurs
en exil " organisées notamment à l'initiative
du Service droit des jeunes.
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Note 6.
(6). De plus, un " regroupement familial " avec
des frères et soeurs n'a pas plus de poids
qu'un regroupement familial avec des tantes et
oncles.
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Note 7.
(7). CAPPELAERE, G., VERHELLEN, E., " Vers un
code pénal de la jeunesse? La responsabilité de
l'enfant comme point de départ ", in MARY, Ph.
(sld), Travail d'intérêt général et médiation
pénale - socialisation du pénal ou pénalisation
du social?, Bruxelles, Bruylant, coll. de
l'école des sciences criminologiques Léon
Cornil, 1997, p.248.
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Note 8.
(8). SAROLEA, S., " Les demandeurs d'asile
mineurs non accompagnés, itinéraires d'enfants
", in Formation Jeunesse et Droit, Mineurs
étrangers non accompagnés, 1999-2000, p. 91 à
102.
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Demande d'asile, audition du mineur, tolérance
zéro et intérêt de l'enfant... chronique d'un
mensonge annoncé.
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