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Publications du professeur Jean-Yves Hayez : L'enfant
adopté, la famille adoptive et leurs vécus.
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L'enfant adopté,
la famille adoptive
et leurs vécus.
* biographie, recueil de publications scientifiques et articles
de presse du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Paru dans
Guérir les souffrances familiales
, ( sous la direction de ) Angel P. et Mazet P., PUF.
( pages 311 à 320 )
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L'enfant adopté, la famille adoptive et leurs vécus.
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Jean-Yves HAYEZ.
Dans ce texte, « enfant », sans autres indications, est un
terme générique équivalent à
« mineur d'âge ». Lorsque ce
sera nécessaire, nous donnerons des précisions relatives à son
âge. Nous nous limiterons par ailleurs aux adoptions réalisées
par des couples hétérosexuels, souvent mariés, ayant ou non
une capacité procréative normale.
Introduction
Le terme « adoption » résume au plus simple une aventure
humaine systémique; son début et sa fin se perdent dans la
nébuleuse du temps généalogique de ses protagonistes;
l'arrivée de l'enfant dans sa nouvelle famille, l'acte officiel
qui consacre la démarche, et la vie quotidienne avec lui n'en
sont que des étapes fortes.
Aventure à la croisée d'au moins trois systèmes humains :
celui des parents naturels et du milieu originaire de l'enfant,
souvent marqué par les privations matérielles et/ou la
souffrance morale; celui des parents adoptifs et
éventuellement de leurs autres enfants; celui de la famille
élargie et de la société, avec ses stimuli informels et ses
messages intentionnels pour ou contre l'adoption. Le premier
de ces systèmes disparaît le plus souvent matériellement avec
le passage de l'enfant adopté vers sa nouvelle famille, mais
qu'en est-il au niveau des interactions fantasmatiques? Quant
au troisième, il constitue une référence permanente, concrète
et/ou fantasmatique, vécue par la famille adoptive comme
soutenante, indifférente ou hostile et ce avec un poids parfois
écrasant !
Le sentiment et la réalité - d'échec ou de réussite de
l'adoption se distribuent sur une courbe de Gauss plutôt
aplatie; il n'est pas positionné au même endroit, ni à chaque
étape du temps, ni pour chacun des protagonistes des témoins
de l'aventure : à un extrême, il y a le sentiment d'une vie
dynamisée positivement par l'adoption et très réussie; à
l'autre, le constat d'un grand malheur : non-greffe ou rupture
d'un lien précaire, troubles psychopathologiques graves
individuels ou familiaux, et mis en relation avec l'adoption
... entre les deux, plus ou moins de conviction d'avoir réalisé
un projet précieux, avec plus ou moins de grains de sable;
c'est souvent mieux, en tout cas, que ce que prédit une
pseudo-littérature scientifique dramatisante, peu bienveillante
envers ces familles qui ont osé sortir du politically correct du
groupe. Mais après tout, les résultats sont-ils si différents de
ce qui se passe dans le contexte de la filiation naturelle? De
surcroît, un certain nombre de difficultés que l'on remarque
dans ces familles sont-elles ipso facto attribuables à cette
dimension spécifique constituée par l'adoption?
Quelques facteurs spécifiques de risque.
Nous ne sombrerons pas dans le travers inverse de
l'angélisme. Il existe des sources de risque dans ces systèmes
humains qui gravitent autour de l'adoption; certaines sont
repérables précocement et même avant l'arrivée de l'enfant,
sans que l'on fasse néanmoins tout ce qu'il faut pour y
remédier! L'énumération qui suit n'a donc rien d'un
académisme désincarné; elle devrait amener à prendre des
dispositions propres à diminuer le mal-être des personnes
concernées, voire parfois à convaincre des parents candidats
de renoncer à leur projet.
« Motivations à l'adoption ».
Il est prévisible que certaines « motivations à l'adoption »
des parents candidats vont compliquer voire interdire un
investissement serein de l'enfant adopté. Pensons
par exemple à ces motivations immatures,
impulsives, où il ne s'agit que d'imiter un proche et d'être
admiré, comme on perçoit qu'il l'est. Et à ces autres,
rageuses, douloureuses, où la stérilité n'est pas du tout
acceptée et où la solution rapide de l'adoption devrait venir
colmater des sentiments de frustration et d'infériorité encore
très vifs. Et il y a aussi ces cas, plus délicats, où la motivation
d'un conjoint est de faire plaisir à l'autre, lui-même porteur
d'un désir intense d'adopter qui fait sens dans l'histoire de sa vie :
pas négatif en soi, ce désir de faire plaisir, mais ennuyeux
quand même s'il émane du parent qui passera le plus de
temps quotidien avec l'enfant! C'est encore plus préoccupant
lorsque c'est la peur de perdre le conjoint qui est à
l'arrière-plan et l'envie de le ligoter à la maison
via l'enfant à venir!
On sait aussi que certaines stérilités résultent d'une «
interdiction interne de la vie sexuelle adulte et/ou à la
parentalité » : position névrotique qui inhibe le corps et a
souvent des corrélations avec les attitudes actuelles, toujours
castratrices, de la génération des grands-parents; certains
adultes, qui vivent une ambivalence intense entre les voix de
cette interdiction et leur désir de se transmettre, contournent
l'obstacle en posant leur candidature à l'adoption. Si elle est
acceptée, ce qui s'en suit n'est pas nécessairement de l'ordre
du désastre.
Nous déplorons simplement que l'on ne parle pas facilement
de ces vécus problématiques et que l'on n'aide pas assez les
candidats à l'adoption à prendre leurs décisions en en
intégrant l'existence et en s'en représentant les conséquences
qu'ils auront peut-être sur le futur.
Côté enfant.
Côté enfant, on prend parfois également des
risques inconsidérés à l'extraire de son milieu naturel, comme
s'il allait être désirable, quelles que soient ses
caractéristiques, ou comme s'il allait toujours désirer, lui, se
greffer sur sa nouvelle famille, passé un petit prologue
d'insécurité. On pourrait pourtant approfondir les examens
préalables de son corps, de sa santé affective, de sa capacité à
nouer des liens ... Plus il est âgé, plus on devrait chercher à
comprendre ce qu'il désire de façon profonde et stable : plus
d'un grand enfant n'a jamais pu se greffer sur son nouveau
milieu parce qu'il n'a jamais pardonné qu'on l'ait arraché à
sa communauté d'origine, et/ou qu'on le lui ait imposé sans
ménagements !
L'existence de ces risques n'entraîne pas qu'il faille se
montrer excessivement frileux, par exemple en obéissant sans
plus aux impulsions de l'enfant juste avant son départ.
Inversement, ils appellent vigilance et prudence! Ainsi, au
moins pour des enfants ( grands ) identifiés à risques, l'on
pourrait commencer le séjour par une période d'accueil : tout
en leur donnant beaucoup d'affection on éviterait le piège de
se sentir tout de suite prisonniers les uns des autres! Dans le
même ordre d'idées, lorsqu'un enfant est placé en famille
d'accueil par une instance sociale, transformer ce placement
en adoption ne devrait jamais avoir lieu qu'avec énormément
de prudence, par exemple au début de la seconde adolescence ...
On ne se soucie pas non plus toujours assez de
l'intégrabilité de l'enfant par sa fratrie, si
elle existe : certes, dans
les bonnes familles, on a fait dire à l'avance aux frères et
soeurs qu'ils étaient d'accord et enchantés, et l'on s'en
targue! Mais ils ne savent pas vraiment à quoi ils s'engagent;
et si d'aventure ressentent insécurité et agressivité, il leur
faudrait un courage héroïque pour démarquer de l'attente des
parents! Si la politique de l'autruche persiste, d'importants
problèmes peuvent séparer l'enfant adopté
de sa fratrie ( c'est plus souvent le cas lorsque
celle-ci provient de la
filiation naturelle des parents adoptifs ).
Celle-ci peut se sentir radicalement menacée par ce nouveau
choix des parents qui ne laisse rien au hasard de la
procréation : « Est-ce donc que nous étions, nous, si
insatisfaisants? » Elle peut aussi se sentir frustrée face à ce
qu'elle ressent comme un excès d'admiration et de sollicitude
pour ce nouveau petit hamster : « Et dire qu'à nous, on ne
passe rien côté notes d'école!»
Idéalement, on devrait parler de ces vécus, écouter les enfants
frustrés, leur offrir davantage d'attention et de compensations
... mais dans certaines familles, justement, il est tabou
d'insinuer que l'adoption pourrait engendrer l'un ou l'autre
problème ...
Certains parents adoptifs sont fondamentalement peu sûrs
de leur valeur d'être aimable. Tant au titre d'un désir qu'à
celui d'un mécanisme de défense-réparation, ils avaient
intensément besoin d'adopter un enfant de rêve : dans leur
vécu marqué par la carence d'investissement et/ou de
reconnaissance d'eux-mêmes, une voix, souvent inconsciente,
prédisait cet enfant comme celui qui allait réparer toutes leurs
blessures! Par la suite, ils se sentiront des plus coupables face aux
parents naturels : leur geste leur apparaîtra alors comme un
vol cruel; ils ne sauront pas parler de l'adoption à leur enfant
en termes simples et vrais, comme si leur désir d'être aimé
par lui ne pouvait pas être reconnu comme tel! Dans leur peur
que l'enfant ne s'attache pas à eux, ils ne s'affronteront guère
à lui et mendieront même parfois pour que ne se réalise pas
leur fantasme de la porte claquée : face à cela, l'enfant abuse
de leur tolérance anxieuse ou les provoque, mais en vain,
pour être remis dans l'ordre de la Loi. A l'extrême, certains
de ces parents font même une « alliance perverse » où ils
fusionnent envers et contre tout avec l'enfant adopté, au
détriment de leur conjoint dont ils ne se sentaient déjà plus
guère aimés, et/ou de la fratrie, toujours sacrifiée à la
soi-disant fragilité de l'adopté.
Dans un état d'esprit proche, une petite minorité de parents
adoptifs attend fondamentalement l'amour et la
reconnaissance de la société - c'est-à-dire des images
parentales qu'elle véhicule - en réponse au geste noble
qu'elle pose. Toujours insatisfaite et habitée par une
compulsion à la répétition, on verra alors cette catégorie de
parents multiplier accueils et adoptions dans sa famille, en
sacrifiant les besoins d'attention individuelle de son conjoint
et chaque enfant, sans que personne n'ait le courage et/ou la
subtilité de s'y opposer efficacement.
D'autres parents doutent plus de leurs compétences
que de leur valeur d'être. Nous avons
déjà fait allusion à ce doute,
qui s'inscrit souvent dans une conflictualité névrotique et est
tout aussi souvent entretenu par les attitudes dévalorisantes
des grands-parents ( dans ce contexte, il n'est
pas rare que les grands-parents
contestent la décision d'adopter et/ou que celle-ci soit prise
dans une partie de bras de fer plus ou moins subtile entre eux
et les parents. L'enfant adopté est surveillé de près, tout
comme le système éducatif des parents, auxquels on prédit
l'échec ...) et, parfois même, de toute la famille
élargie. Bien que révoltés contre ces disqualifications, au
moins dans leur vécu inconscient, les parents sont cependant
« entamés » par elles : ils ne peuvent donc pas s'empêcher
d'élaborer des idées négatives à l'impact dangereux ( par
exemple ils redoutent quelque tare chez l'enfant ).
Corollairement, ils ont du mal à accepter l'existence de quelques
limites spécifiques, pourtant fréquentes ( quelques
limites inhérentes à l'équipement ou aux
imprégnations expérientielles précoces sont significativement
présentes chez bien des enfants adoptés, surtout lorsque le
contexte matériel et affectif de la grossesse ), tant ils ont besoin
de montrer qu'ils sont capables de réussir : ils exigent donc
des résultats excessifs, par exemple en matière scolaire. Il en
résulte pour l'enfant dépression et/ou résistance
plus ou moins passive : et les grands-parents pourront alors
clamer qu'ils avaient raison ...
Terminons la liste de ces sources de risque générées par
les parents par trois brèves évocations : des parents
« simplement » rigides et autoritaires éprouvent eux aussi des
difficultés à admettre les paramètres défavorables inhérents à
la situation, et notamment les limites et remous
comportementaux de l'enfant. Il en va de même pour les
parents « simplement » narcissiques, désirant être mis en
vedette via « leur » adopté qui démontre à l'envi leur
originalité et leur générosité, mais qui est prié de n'être ni
trop terne, ni trop encombrant. Autant encore pour ces
parents qui ont voulu faire une bonne action, sincèrement
peut-être, mais sans mesurer le prix à en payer dans la vie de
tous les jours : eux aussi en veulent à l'enfant s'il traîne la
patte ou dérange trop.
Décrivons maintenant les deux sources de risque
principales issues de l'enfant;
leur survenue fréquente est
indépendante des attitudes parentales, mais par leur
évolution : la quasi-totalité des enfants adoptés
prennent
progressivement conscience de leur statut et de leur histoire
spécifiques; ils s'interrogent et laissent courir leur
imagination à ce propos, différemment des explications
souvent angéliques fournies par les parents. Chez beaucoup,
c'est vers la fin de la première enfance ( cinq-six ans ) que se
construit un premier ensemble de représentations mentales
spécifiques ... puis à l'âge de l'école primaire, elles ont l'air
de passer au second plan et de s'intégrer à un projet de vie
plus vaste ... arrive ensuite l'adolescence, avec sa flambée
d'introspection, de questions existentielles, de moments de
doute narcissique et de prise de distance des parents :
l'interrogation sur les tenants et les aboutissants de l'adoption
s'y réactualise donc fréquemment.
Le noyau central de ces représentations mentales infantiles
déploie l'un ou l'autre thème bien noir, à tous les âges de la
vie : « Mes parents ont été dégueu ... Je suis moi-même
une merde dont on s'est débarrassé ... Mes parents adoptifs
sont des voleurs ... Ce qui est arrivé une fois peut
recommencer. » Partant de là l'enfant échafaude alors des «
romans familiaux » plus ou moins torturés. Tout
ce cheminement mental, mi-inconscient, mi-conscient,
perturbe le comportement quotidien : les parents adoptifs - et
plus souvent les mères - sont les réceptacles des masses
d'agressivité et d'insécurité qu'il connote. Si eux-mêmes
n'ont pas les nerfs solides, par exemple s'ils relèvent d'une
des vignettes défavorables déjà évoquées,
désespoir, agressivité et bras de fer mutuels peuvent
s'exacerber et s'éterniser.
Chaque être humain se construit une identité personnelle
en s'appuyant sur les données de son équipement, sur sa
réflexion personnelle quant au sens de son existence et de celle
du monde, et sur les identifications spontanées issues des
relations positives de son quotidien. Il est rarissime que cette
identité se construise sur commande, c'est-à-dire que l'être
humain se laisse phagocyter par les désirs et rêves que l'on a
pour lui.
Cela est valable pour tous les enfants. Si, de surcroît, ils sont
adoptés, se référer à ce qu'ils imaginent ou connaissent de
leur milieu d'origine et construire une partie de leur identité
en en intégrant des éléments constitue une tentation
commode et commune. Cette construction est parfois
déclarée comme telle, mais plus souvent opérée secrètement,
voire même inconsciemment. Tant mieux donc lorsque les
parents peuvent faire l'hypothèse - au moins cela! - que telle
manière de se démarquer de leurs attentes, même précieuses,
pourrait signifier l'existence de cette « autre part de l'identité
»! Tant mieux donc s'ils ne veulent pas la réduire tout de
suite ( sauf lorsqu'elle est dangereuse ...) et s'ils se posent la
question du droit de l'enfant à être différent que ce que
veulent leurs rêves!
Réussites humaines liées à l'adoption.
Pensons d'abord aux parents adoptifs
qui étaient d'abord
passés par l'épreuve de la stérilité ( et pour
un certain nombre par l'épreuve de l'échec des
tentatives ultérieures de procréation assistée ), puis l'avaient
surmontée en gardant confiance dans leur valeur, y inclus
dans leur sexualité. C'est notamment chez eux que la
présence de l'enfant adopté est source d'une joie profonde,
autour de cette relation nouvelle et de la possibilité de se
transmettre qu'elle connote. Chez les autres parents aussi,
ceux aptes à procréer, l'adoption de l'enfant comble un désir
et confirme un sens de leur vie. Tous ces parents
se sentent plus heureux, plus congruents à
leur projet de vie, plus fidèles à leurs valeurs : faire part à tous
ces enfants attendus de la joie qu'ils apportent, de la
complétude que l'on trouve à vivre avec eux, fait fondre en
eux le sentiment enrageant et culpabilisant d'une dette à
payer, et leur donne comme un droit intérieur à prendre de la
place.
Cette joie se complète d'un sentiment de réussite familiale
lorsque les membres de la famille en arrivent à accepter ce
que sont les uns et les autres : les parents encouragent les
enfants à donner le meilleur d'eux-mêmes, en développant
leurs projets les plus personnels et en intégrant aussi un
certain nombre d'idées et de rêves chers à eux, les parents;
réciproquement, les enfants « éduquent » aussi leurs parents et
les amènent à changer ce qui est trop inadéquat; dans cette
ambiance d'acceptation et d'encouragement à être soi-même,
une majorité des conflits trouve sa solution ...
Et il y a la joie que le parent éprouve
à avoir fait un geste
généreux, même si c'est un grain de sable dans l'étendue de
la misère du monde et même si ce geste ne se réduit jamais à
cette signification altruiste. On pourrait dire encore que
l'enfant adopté apporte la vie avec lui et retarde le
vieillissement du couple parental, voire de toute la famille,
mais cette constatation n'est plus guère spécifique. Prenons
acte simplement que joie et sentiment de réussir existent, plus
souvent que leur inverse, mais aussi qu'ils se méritent à
travers la mise en place d'attitudes que nous allons décrire en
détail.
Vivre au quotidien avec l'enfant adopté.
Voici une liste non exhaustive de paramètres éducatifs que
nous considérons favorables à l'épanouissement de beaucoup
d'enfants adoptés. Nous nous garderons de généraliser :
l'originalité de certains enfants se trouve mieux avec d'autres
approches! Nous ne la présentons pas non plus comme un
livre de recettes : à chaque parent de réfléchir à son
bien-fondé de principe et à sa compatibilité avec ce qu'il est
aujourd'hui!
Accepter l'enfant tel qu'il est :
- L'accepter avec son équipement, son monde
intrapsychique, ses désirs et projets les plus stables, pour
autant qu'ils ne soient pas destructeurs. Si cette
démarche d'acceptation est de mise pour tous les
enfants, certaines de ses applications sont spécifiques à
l'enfant adopté et demandent, pour être menées à bien,
beaucoup d'espérance intérieure, d'humilité et de solidarité
conjugale. Ainsi, nous avons déjà évoqué
l'existence fréquente de
quelques limites liées aux premières conditions de vie de
l'enfant : ne pas lui demander l'impossible, accepter une
certaine passivité, fréquente chez ceux qui n'ont pas été
stimulés pendant leurs premiers mois de vie ... entendre les
revendications de la fratrie face à ce qu'elle ressent comme
une indulgence injuste ... ( entendre, sans céder,
si l'on considère que la différence
de tolérance est justifiée, mais sans non plus en vouloir à la
fratrie et en lui conservant sa part de sollicitude
personnalisée! ), tout cela s'avère payant à la
longue au prix, et d'un certain renoncement, et de la
reconnaissance maintenue d'une égale qualité d'être chez
tous.
Et l'on peut raisonner de même à propos des douleurs
secrètes de l'enfant adopté lorsqu'il élabore son histoire, et de
leurs manifestations comportementales parfois très dures :
s'entendre dire « Tu n'es pas ma mère » alors qu'on l'investit
au quotidien avec générosité, patienter dans son for intérieur
et réagir adéquatement ( adéquatement? L'adulte
devrait pouvoir reconnaître que
l'enfant a peut-être mal et est fâché que la mère qui l'a mis au
monde ne soit pas à ses côtés au quotidien. Ce pourrait être
l'occasion de lui demander pourquoi, lui, il pense qu'il a été
adopté. Et de lui redire qu'il a le droit de ressentir ce qu'il
ressent et que, comme parents adoptifs, l'on peut prendre une
deuxième place dans sa vie, pour l'aimer et veiller sur lui )
demande, ici aussi, un bon capital
de confiance en soi et d'amour conjugal, par lequel se
relativise le poids de blessures infligées par l'enfant.
Aimer l'enfant adopté comme on aime tout enfant désiré.
- Cette proposition a l'air d'une lapalissade! Rappelons-nous
néanmoins qu'une ( petite ) minorité de parents candidats
savent d'intuition, avant l'arrivée de l'enfant et dans les
quelques mois qui suivent celle-ci, qu'ils ne pourront jamais
faire que semblant de l'aimer et qu'au fond, ils n'en voulaient
pas : au nom du bonheur futur de tous, il nous semble
essentiel de rappeler que ce genre de vécu reste dans l'ordre
de l'humain, et non du monstrueux. Mais l'on peut en tirer des
conséquences positives : quitte à supporter un peu de
réprobation - d'ailleurs injustifiée - et de honte sociale, ces
parents pourraient « arrêter les dégâts » avant les actes
officiels irréversibles, et demander de
déplacer l'enfant! Une décision analogue peut
aussi se prendre par la suite,
lorsqu'il est clair que la greffe affective n'a pas pu avoir lieu,
ou que la vie quotidienne est faite d'incompréhensions et
d'affrontements graves et permanents : alors, on peut se
mettre à distance réciproque, enfant adopté - souvent
adolescent - et parents. Ici aussi, on tarde parfois trop à
procéder à cette séparation, qui n'est d'ailleurs pas spécifique
à l'adoption. Récupérer sa liberté, de part et d'autre, permet
parfois que s'apaisent les insécurités et les rancoeurs les plus
tenaces. A remarquer toutefois qu'à la différence des
séparations dans les couples adultes, il ne s'agit pas de se
renier, mais de prendre distance ...
Rêver d'un beau destin pour l'enfant.
- Mettre de
l'énergie à l'éduquer et à lui faire intégrer un projet de vie
bien accepté de l'intérieur, où il donne le
meilleur de lui-même sans nier ses limites. L'identité
de ce projet est souvent
complexe, fruit de « négociations spontanées et répétées »
entre les désirs et valeurs des parents et ceux de l'enfant.
Parler l'adoption.
- L'évoquer par petites touches, avec
des amis, en sachant que l'enfant écoute peut-être; saisir au
vol ce que celui-ci en dit, ou l'interroger délicatement dans ce
domaine : l'encourager à déployer ce qu'il imagine, ce qu'il
croit savoir et les questions qu'il se pose ; témoigner, parler de la
façon dont soi, adulte, on a vécu et on vit toujours cette aventure :
partager l'information que l'on a et avouer une part d'ignorance à
l'occasion; partager ce qui est objectif, mais aussi les sentiments
vécus, les désirs, les doutes ... Dialogues informels,
répétés, souvent brefs, où les parents
interagissent verbalement entre eux et avec l'enfant adopté, mais
aussi avec la fratrie, les grands-parents, et
bien d'autres encore ...
Peut-être l'enfant adopté finira-t-il par faire part un jour de ses
théories, dont nous avons dit qu'elles étaient souvent douloureuses;
peut-être fera-t-il allusion à son insécurité, à sa crainte d'être à
nouveau abandonné, lui qui sait se montrer si méchant ... peut-être
aussi plus tard, vers ses 20 ans, dira-t-il un jour un « Merci »,
d'homme libre, sans se sentir porteur d'une dette enrageante! Et les
parents, eux, gagnent à parler des drames et des désirs les plus
importants de leur vie : la stérilité, quand elle a existé, la manière
dont elle les a affectés, et les voies par lesquelles ils ont retrouvé
confiance en eux, y indus dans leur vie sexuelle ... le désir d'enfant,
et même de tel enfant précis et la joie apportée par
l'enfant nouvel arrivant dans ses bagages.
Quant aux étapes de l'adoption concrète, il faut pouvoir en parler
aussi, sans proposer d'images d'Epinal. Et quand on ne sait pas, on
doit le dire, puis construire avec l'enfant un scénario imaginaire
hypothétique : l'enfant a bien plus souvent été « passé » dans le
contexte d'un manque à être, que donné par amour généreux!
D'ailleurs, comment peut-on croire vraiment qu'un enfant puisse
être consolé à l'idée d'avoir été donné! « Si ma première mère
m'aimait comme vous le dites, elle m'aurait gardé près d'elle,
même pour crever de misère, même pour mourir ensemble! »,
nous dit Julien ( dix-neuf ans ), en présence
de ses parents adoptifs. Puis
il éclate en sanglots et avoue penser au suicide, tant il se sent
mauvais : et de se reprocher face à nous des moments occasionnels
de violence et de petite délinquance qui ont émaillé son
adolescence : « C'est pour cela qu'elle s'est débarrassée de moi;
elle avait prédit que je serais une crapule ».
Ne pas faire de toute déviance l'indicateur d'une tare ou
d'une psychopathologie.
- Et inversement, ne pas nier non plus que de profondes souffrances
puissent exister, chez l'enfant, les parents et/ou dans la fratrie, et
s'autoriser à demander de l'aide spécialisée.
Vivre l'espérance et pratiquer la tolérance.
Nous avons déjà fait référence à l'espérance, qui se vit de l'intérieur
et qui se communique autour de soi comme l'annonce d'un avenir
meilleur, où chacun se réalise davantage dans la paix. Il existe des
aménagements qui rendent le quotidien plus viable; on trouve
même parfois de vraies et profondes solutions à toutes les
problématiques plus ou moins graves de l'adoption. La première et
la plus banale est de laisser passer le temps, en acceptant que
l'enfant chahute plus ou moins fort à l'intérieur comme à
l'extérieur : si l'adulte continue à aimer ce qui est caché au plus
profond de ses chahuts, s'il lui propose un échange de paroles
vraies les quelques fois où l'enfant est disponible, et s'il impose
fermement l'une ou l'autre limite garde-fou contre la destruction
importante de soi et des autres ... les crises d'identité finissent par
être dépassées, arrive alors au monde un être plus stable qui a
choisi de redéfinir « son » lien avec ses parents : par sa crise, il a
fait mourir ce qu'il ressentait comme la toute-puissance de ceux-ci,
et il les a réadoptés à son tour et selon ses modalités à lui. Les rares
fois où ce n'est pas possible, l'aide spécialisée et/ou des mises à
distances réciproques, malgré le deuil qu'elles connotent,
permettent à chacun de suivre un chemin de vie moins étouffant.
Création le 12 avril 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 24 février 2008.
Issu d'une photocopie de la revue pp. 311-320 reçue
du professeur Jean-Yves Hayez le 12 avril 2005.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
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Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
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Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Pour télécharger ce site ...
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L'enfant adopté, la famille adoptive et leurs vécus.
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... en format
traitement de texte reçu du professeur
Jean-Yves Hayez, vous avez les choix suivants :
Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 29.07.2005 ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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L'enfant adopté, la famille adoptive et leurs vécus.
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liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.