Dans le beau film qui a peur de Gilbert Grape ? ( L.
Hallström, 1993), Leonardo di Caprio incarne remarquablement un
adolescent autiste
Une PPH ? Je désigne par cette abréviation une
personne porteuse d'un handicap répertorié dans les
listes officielles de Santé Publique (
2)
Vivre avec ? L'intention est suffisamment ample pour englober des
dimensions professionnelles ou informelles de la vie quotidienne, des
perspectives d'éducation (pour les mineurs), de soins,
d'accompagnement relationnel, d'insertion sociale, etc. Face à
toutes ces diversifications, je m'en tiendrai donc à
décrire ce qui me semble le plus basique.
Fondamentalement, il s'agit de vivre avec un sujet humain comme moi,
une personne dont la valeur est égale à la mienne, que
son handicap soit physique ou mental : je suis invité
à l'attention et au respect. Je n'ai le droit, ni de la caser
dans le coin des inutiles, ni d'en disposer - fût-ce au nom
des meilleures intentions du monde -, ni d'exprimer quelque
condescendance, même dans le secret de mon cœur !
Le fait que la PPH soit davantage dépendante
matériellement d'autrui, ou que son intelligence ou son
affectivité fragiles nécessitent davantage
d'étayage spirituel, ne justifient en rien que ma soi-disant
plus grande autonomie me fasse me sentir supérieur.
Il s'agit d'aller vers elle, souvent pour me proposer sans
m'imposer (
3)
, ou/et d'accepter l'idée qu'elle vienne
d'initiative vers moi, sans pour autant que ces démarches ne
fassent ipso facto du demandé l'obligé du demandeur.
N'en va-t-il pas ainsi pour toute relation humaine ? Deux
libertés, toujours constitutives de notre nature humaine, se
rencontrent et négocient au moins intuitivement si un avenir
relationnel commun est possible : c'est vrai - ce devrait
rester vrai ! - même quand on se penche au chevet
d'une PPH, retardée mentale grave et grabataire : il faut
s'enquérir de son accord, signifié ici par un signe
discret positif de son corps.
Si la relation se noue, ce ne peut être que sur base d'un
désir positif réciproque. Si ce n'est pas le cas, mieux
vaudrait chercher à créer un autre lien, avec quelqu'un
d'autre voire dans un autre lieu de vie : on ne peut guère
croître - chaque partenaire de la relation ! -
là où l'on ne se sent pas désiré,
apprécié, investi !
Et puis, si la relation se noue, elle est susceptible de remplir bien
des fonctions, liées aux mandats et aux contextes.
Mais il me semble la plus fondamentale, c'est la reconnaissance
réciproque. Réciproque ? Ca nous aide aussi
à vivre et à nous sentir bien nous, les professionnels,
lorsque les PPH que nous accompagnons, nous reconnaissent pour ce que
nous sommes vraiment.
Sur cette route à deux sens de la reconnaissance, je me
limiterai néanmoins maintenant à décrire celle
qui va du professionnel (ou du familier) vers le PPH.
Reconnaissance de quoi ? On insiste souvent sur l'importance de
la reconnaissance des ressources de la PPH, ressources qui s'expriment
déjà spontanément, ou dont le déploiement
nécessiterait certains aménagements matériels ou
sociaux : s'ajoute alors tout naturellement une réflexion
sur la mise en place de ces dispositifs.
Plus difficile mais tout aussi important est la reconnaissance des
limites irréductibles liées aux handicaps, avec le
deuil (
4)
qui, idéalement devrait l'accompagner.
Deuil - renoncement dans suffisamment de paix intérieure
retrouvée - auquel le professionnel peut contribuer :
Si la PPH n'y accède pas, au moins pouvons-nous rester
présents et ne pas fuir l'expression de son désespoir
ou de sa rage.
Ces deux premières reconnaissances nous confinent
néanmoins au domaine de l'agir, du faire, de la performance
accessible, moyennant dépassements de soi parfois acrobatiques.
C'est dans ce champ que se déploient nombre de
« programmes individualisés » qui
définissent des résultats comportementaux, à
atteindre, en fonction des aptitudes évaluées chez
chaque personne, tests et échelles standard et bien
validés à l'appui. C'est aussi sur les progrès
réalisés ou non dans ces programmes que l'on
évaluera souvent la compétence des professionnels.
Société de rendement et de consommation, quand tu nous
tiens !
Et si nous nous centrions sur un autre type de reconnaissance ?
Celle d'une pensée originale. La PPH, comme tout un chacun,
sera le plus souvent ravie qu'on l'aide à déployer cette
pensée et à l'exprimer, et qu'on ait de l'estime pour
elle.
A ce trésor de la pensée est couplé celui d'une
liberté intérieure : liberté
intérieure de produire des sentiments et des convictions
personnelles, liberté d'élaborer un projet de vie, de
faire des choix et de prendre des décisions :
« Que penses-tu vraiment de ... ( parfois :
de toi, de la vie, de ton avenir ) ? Que voudrais-tu, pour
toi, qui serait vraiment ton projet ( et pas celui d'un texte
d'inspiration québécoise, que nous idéalisons
à ta place ) ? »
Je simplifie, me direz-vous : tous ne sont pas capables
d'élaborer une pensée bien construite et de l'exprimer.
Certains n'ont pas de projet personnel. D'autres en ont un, mais
utopique. Oui oui, bien sûr, mais nous nous abritons parfois
derrière ces possibles limitations pour ne pas entendre ce qui
s'énonce pourtant maladroitement, pour décider trop vite
à leur place, pour fuir dans l'activisme des soi-disant
solutions à tout prix, plutôt que vivre une
méditation partagée.
C'est vrai que certains projets sont utopiques et qu'il nous faut
aider les PPH concernées à en prendre conscience et si
possible à y renoncer ou à les réaménager
mais parfois, ils ne nous demandent pas autre chose que rêver
avec elles, en assumant que c'est du rêve partagé !
Dans nos vies humaines, plus souvent que nous nous le
représentons, nos vis-à-vis nous demandent surtout et
« simplement » d'écouter ce qu'ils
pensent et vivent, sans fuir ce qui pèse et est difficile
à entendre, et en engageant authentiquement notre propre
personne dans le partage de nos mondes intérieurs.
C'est vrai que la pensée des PPH atteintes mentalement peut
parfois paraître fragile, immature, difficile à
décrypter. Avons-nous le droit de la court-circuiter pour
autant ? De nous réfugier tout de suite dans le
contrôle et la protection rassurante, plutôt que de leur
laisser le temps de s'énoncer et de prendre quelques risques,
pourtant acceptables, et liés à leur choix à
eux ? Je ne suis pas prêt d'oublier cet adolescent de
quatorze ans, retardé mental moyen, qui avait cassé pour
la troisième fois son appareil dentaire et dont la maman
était incapable de se représenter qu'il s'agissait
peut-être d'un geste d'affirmation de soi agressif ...
Malgré ses quatorze ans, son poussin d'habitude si affectueux
ne pouvait être à ses yeux que maladroit.
Reste alors le petit groupe des PPH dont la pensée est
très difficilement déchiffrable : autistes ou
retardés mentaux profonds ; états démentiels
consécutifs à un traumatisme, etc.
J'ai pourtant la conviction que cette flamme de la pensée
continue à exister en eux, même lointaine et (quelque peu)
vacillante. Et donc, qu'ils s'épanouissent davantage si
professionnels et familles s'efforcent avec persistance de saisir
cette dimension ultime de leur être au monde. Au-delà du
nursing de qualité que requiert leur grande
dépendance.
Par leurs attitudes non-verbales, par certains cris ou mots d'abord
mystérieux, ces personnes peuvent donner des indications sur ce
qu'elles vivent et désirent, sur ce qui les fait souffrir et
sur la conception qu'elles ont de leur bien-être : tant
mieux si nous restons à l'écoute de cette
« différence positive », si nous leur
signalons ce que nous croyons comprendre d'elles, et si nous
continuons à leur parler, persuadés que quelques graines
des idées que nous semons rencontreront bien leur
réceptivité psychique.
Notes
1. Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur
en psychologie, professeur émérite à la
Faculté de médecine de l'Université catholique
de Louvain.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
Site web :
www.jeanyveshayez.net
2. L'abréviation m'évite et de recourir à une
longue périphrase, et d'utiliser des termes réducteurs
comme « handicapés » ou
« personne (enfant, jeune) handicapé »
3. De loin en loin, il demeure vrai que nous avons le droit d'imposer
une décision contre la volonté spontanée de la
PPH. Je pense par exemple à la délicate question de la
contraception chez les jeunes filles porteuses d'un handicap mental
modéré. Ces moments de désactivité doivent
cependant toujours faire l'objet de débats éthiques
pluridisciplinaires ouverts et n'entraînent pas pour autant que
tout l'accompagnement de la personne soit marqué du sceau de la
désactivité.
4. En 2011, la question de l'acceptation des limites est aussi
délicate pour la PPH et son environnement que pour n'importe
qui. Nous vivons une époque où toute entrave à la
réalisation de soi apparaît comme intolérable.
Tant pour des raisons commerciales qu'idéologiques, quand il y
a une limite, on s'acharne à trouver l'appareil ou le
dispositif pour la faire voler en éclats. En ce qui concerne
les PPH, cette dynamique existe tout aussi fort : A
côté de certaines conquêtes faites sur les limites
qui apparaissent des justices sociales raisonnables d'autres, des plus
coûteuses et accessibles à quelques PPH
privilégiées, peuvent nous laisser à tout le
moins perplexes ...
Mots clé
ENFANT HANDICAPE, handicapés, personne porteuse d'un handicap,
enfant sujet, sujet humain, communication adulte-enfant.
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vous voulez en discuter avec moi
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Création le 28 février 2011.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 mars 2011.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
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Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ...
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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(1). Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur
en psychologie, professeur émérite à la
Faculté de médecine de l'Université catholique
de Louvain.
Courriel :
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Note 2.
2. L'abréviation m'évite et de recourir à une
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Note 3.
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une décision contre la volonté spontanée de la
PPH. Je pense par exemple à la délicate question de la
contraception chez les jeunes filles porteuses d'un handicap mental
modéré. Ces moments de désactivité doivent
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liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
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syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
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trouble du comportement,
trouble psychique,
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violence,
vulnerabilité.