La depression chez l'enfant : description clinique
J.-Y. Hayez
(
1)
28 février 2010
Texte extrait de mon
syllabus : Introduction à la
psychopathologie et à la psychiatrie de l'enfant, chapitre X,
§ II.
I. Définition :
Perte importante d'énergie vitale,
non provoquée par une maladie organique ; envahissement
concomitant des affects et des idées de l'enfant par une
humeur « noire », pessimiste ; invalidation
conséquente de ses comportements, d'une durée d'au
moins deux semaines.
Le DSM-IV R désigne ces états sous les termes :
- /" Trouble de l'adaptation avec humeur dépressive ", s'ils
sont clairement réactionnels à un
événement significatif ( cfr infra ) et s'ils
s'atténuent assez rapidement après ré
médiation à celui-ci.
- /" Trouble dépressif majeur ", si ce lien est moins net,
s'ils présentent des signes cliniques très typiques, et
s'ils durent moins d'un an.
- /" Trouble dysthymique " s'ils durent au moins un an.
La CFTMEA R-2000 repère plus confusément ces enfants
dépressifs. Dans les cas où il est clair qu'existe
également une souffrance névrotique et que, au fond la
dépression, même si elle apparaît à
l'avant-plan, exprime surtout le mal-être de l'enfant à
devoir porter sa névrose, elle propose
« Dépression névrotique »
Dans les autres cas, elle propose, « Dépressions
liées à une pathologie limite »
« Dépression réactionnelle »
voire, parmi les variations de la normale : « Moments
dépressifs »
II. Etiopathogénie
A - Opération d'un facteur génétique, avec
une intensité très variable d'un enfant à
l'autre (
2)
; il entraîne soit la prédisposition
à
un tempérament introverti, morose, hypersensible, soit
l'existence de phases de dérégulation
cérébrale diencéphalique de l'humeur
( composante endogène de la dépression )
B - Qualité de la
« confiance de base », variable d'un enfant
à l'autre. Lorsque celle-ci est forte, l'enfant est
très bien protégé contre la
désorganisation de son psychisme par les expériences
négatives que nous allons décrire en C. Lorsque
celle-ci est précaire, nous avons déjà
signalé que des expériences relationnelles
négatives de longue durée pouvaient être
à l'origine de véritables carences affectives
d'installation tardive. Des expériences négatives
plus brèves, elles, peuvent être à l'origine de
dépressions. La frontière entre ces deux entités
morbides est néanmoins assez floue.
C - Les expériences négatives. Il en existe deux
grandes catégories, en relation réciproque :
1. L'enfant perçoit - ou imagine - qu'il n'est plus
aimé ou moins aimé par des personnages qu'il
investissait beaucoup jusqu'alors. On peut assimiler à
ces expériences, certaines pertes objectives ( maladie,
mort ) que l'enfant interpréterait comme abandon de lui.
2. L'enfant perçoit en lui ou imagine des signes qu'il
analyse comme des preuves de sa moindre valeur par rapport aux
autres : Caractéristiques physiques ou mentales,
échecs isolés ou répétitifs dans
ses entreprises ; fautes qu'il a commises mais dont il amplifie
la gravité ! Il s'auto déprécie ( image
négative de soi ) et s'aime moins ( faillite narcissique )
3. Les relations réciproques :
? L'enfant qui se sent moins aimé cherche à comprendre
pourquoi, et va donc souvent à la recherche de failles
en lui ; il finit par en trouver ou par s'en inventer.
? L'enfant qui s'auto déprécie pense très vite
qu'on l'aime moins.
D - Sous le jeu convergent, et d'intensité variable,
de A, B et C, perte diffuse d'énergie et envahissement du
psychisme par des idées et affects que nous avons
résumés jusqu'à présent sous le
vocable « humeur noire » : non-amour,
abandon, solitude ... non-valeur, sentiment
d'infériorité ... tristesse, idées
de mort ...
Il peut alors s'y ajouter chez certains un vécu
( = idées + affects ) d'injustice et de colère, ou
encore un vécu d'angoisse.
Sur le terrain du perceptible, il en résulte des
comportements peu gratifiants, à l'origine de
véritables « cercles vicieux » dans
l'entourage, mais à l'origine aussi de
« cercles vicieux » plus intimes :
l'enfant se juge mal, encore plus, à partir de son propre
comportement dépressif ... il a peur de rester
dépressif toute sa vie ...
III. Clinique
A - Assez souvent, on trouve dans un passé proche des
expériences vécues comme négatives ( pertes ;
retraits d'amour, échecs ... ) ;
hérédité dépressive éventuelle ;
histoire de vie compatible avec une certaine précarité
de la confiance de base.
B - Dans la majorité des cas, la dépression se
présente sous forme d'une « crise »,
d'un épisode unique ou répété, qui
dure entre quinze jours et quelques mois, parfois même plus.
Elle se caractérise par :
- « Changement » de caractère, d'humeur
vers du plus sombre, du plus difficile à vivre.
- L'enfant ne prend plus plaisir à rien ; il ne sait
plus créer, achever avec plaisir ce qu'il a entrepris ; Il
exécute tout au plus
« mécaniquement » ce qu'on lui
demande ; il se sent « lourd »,
fatigué, sans goûts, sans envies.
- Il élabore des idées, affects, productions
imaginaires et ( dessins ) et mimiques tristes : La vie est
absurde ; on ne m'aime pas ; les gens m'en veulent ; je rate tout,
je suis con, minable méchant ... Eventuellement,
idées de mort voire T.S. et suicide.
Le suicide d'Edmund, dans le film Allemagne , année zéro,
Gosselin, 1947
- Conduites à risque à tonalité
négativiste ( par exemple, traverser une grand route sans
précautions ... Abandon de soi au sort ) Ou encore,
conduites clairement auto punitives ( jeter un jouet aimé ;
tuer un petit animal aimé ... )
- Retrait social.
- Pertes d'acquis ; fléchissement scolaire, voire
incapacité de fréquenter l'école ;
régressions ( par exemple, retour d'énurésie,
d'encoprésie ) ; incapacité de petites performances
quotidiennes acquises jusqu'alors. Eventuellement, somatisations
( par exemple maux de ventre, fatigue ) et troubles des conduites
psychophysiologiques ( anorexie, sommeil ...)
- Souvent : irritabilité, colères inexpliquées,
destructions ...
- ( Eventuellement : signes d'anxiété : Si jamais on
m'abandonnait vraiment ? Si jamais je restais pour toujours aussi
étrangement mal dans ma peau ... ?
C - Une fois sur quatre environ, il existe un état
dépressif basal plus chronique
( « dysthymie » ) exacerbé de
loin en loin par l'impact d'expériences négatives
nouvelles. Cet état s'exprime selon deux nuances :
- Enfant perpétuellement triste avec calfeutrage en famille,
angoisse de séparation, crises de désespoir bruyantes
lors des frustrations affectives ...
- Enfant perpétuellement insatisfait de lui et des autres,
grognon, irritable, « râleur » Son
contact avec les autres est difficile, et lui aussi se
réfugie dans la solitude. Il peut être
velléitaire, et rater ce qu'il entreprend ( manque de
dynamisme et de confiance en soi ) Le diagnostic différentiel
avec d'autres entités, comme la névrose d'échec
ou la paranoïa, n'est pas toujours très facile.
IV. Prise en charge :
A - Via l'entourage et l'ambiance quotidienne de la vie :
- Réaménager le contexte de vie ( intensifier
discrètement les sources d'amour et de réussite )
- Tolérance aux signes désagréables
dépressifs du moment ( éviter le cercle vicieux du
rejet )
- Ecouter patiemment sa tristesse, sa mauvaise humeur et les
raisons de celles-ci
- Ré entraîner « en douce »
à vivre, en insistant un peu mais sans faire violence ( parler
d'espérance ; dire à l'enfant qu'il est important,
faire appel à lui ; ne pas laisser dans son coin )
B - Psychothérapie : écouter le vécu
dépressif, le respecter et témoigner
éventuellement d'opinions complémentaires ( sur la
valeur de sa personne, sur son avenir )
C - Médicamentation ( actuellement, on s'adresse d'abord
aux inhibiteurs du reuptake de la sérotonine ) : cas graves
et à composante endogène importante ; c'est un
traitement complémentaire et dont l'efficacité est
très quelconque avant l'adolescence.
Mots clés
DEPRESSION, dépression chez l’enfant, épisode
dépressif majeur, dysthymie, suicide, angoisse de
séparation, idées suicidaires, phobie scolaire,
psychothérapie, psychothérapie à la
puberté, étude de cas ( dépression ),
psychothérapie des adolescents, thérapie,
thérapie à la puberté, thérapie des
adolescents, guidance des parents, guidance parentale, hôpital,
engagement de soi.
Si vous voulez
en discuter avec moi
Notes
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur émérite à la Faculté de
Médecine de l'Université
Catholique de Louvain, premier chef du service de Psychiatrie
Infanto-Juvénile des Cliniques universitaires Saint-Luc.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
(2). Au fur et à mesure qu'il reçoit un
« nourrissage » matériel et spirituel de
qualité ( amour, protection ... ;), le nourrisson
fait le plein en confiance de base (E. Erikson) : il vit
agréablement la certitude intérieure d'être
aimé et de se mouvoir dans un environnement sûr, et
donc la certitude qu'il peut aller de l'avant sans (trop) de
risques. Il utilise donc hardiment les compétences de plus
en plus nombreuses qu'il possède, liées à sa
maturation neurologique, cérébrale et somatique,
catalysée elle-même par les stimulations dont il a
été l'objet et le bain de langage dans lequel on le fait
vivre. Métaphoriquement - et concrètement -
parlant, il se met debout !
Création le 28 février 2010.
Dernière mise à jour
le dimanche 16 mai 2010.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
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... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
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ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
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le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
- Notes automatiques. -
.
.
Note 1.
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur émérite à la Faculté de
Médecine de l'Université
Catholique de Louvain, premier chef du service de Psychiatrie
Infanto-Juvénile des Cliniques universitaires Saint-Luc.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 2.
(2). Au fur et à mesure qu'il reçoit un
« nourrissage » matériel et spirituel de
qualité ( amour, protection ... ;), le nourrisson
fait le plein en confiance de base (E. Erikson) : il vit
agréablement la certitude intérieure d'être
aimé et de se mouvoir dans un environnement sûr, et
donc la certitude qu'il peut aller de l'avant sans (trop) de
risques. Il utilise donc hardiment les compétences de plus
en plus nombreuses qu'il possède, liées à sa
maturation neurologique, cérébrale et somatique,
catalysée elle-même par les stimulations dont il a
été l'objet et le bain de langage dans lequel on le fait
vivre. Métaphoriquement - et concrètement -
parlant, il se met debout !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be