J.-Y. HAYEZ
(
Article paru dans la Libre Belgique Débats ce 29/02/2008
" Premier arrivé, premier servi ! ",
quelle consternante soi-disant valeur, d'une grande
indigence intellectuelle et morale, que la ministre
propose comme référence aux
jeunes et à tous les citoyens.
Si j'en crois la presse, pour faire oublier la honte et
le ridicule internationaux dont les
files devant les écoles les avaient couverts
en 2007, Marie Arena et ses troupes sont
en train de concocter « quelque chose »
via Internet pour organiser les inscriptions
en première secondaire. Mais ils restent
fidèles à leur maxime de référence
« Premier arrivé, premier servi ».
N'y a-t-il donc personne pour leur expliquer ce
que à peu près tout le monde sait
intuitivement : dans n'importe quel groupe, quand
il y a un objectif à atteindre, les
premiers arrivés ne se répartissent
jamais au hasard, ce qui constituerait alors une
sorte de justice sociale encore très
approximative. C'est toujours les plus malins, les
plus puissants, parfois des demi tricheurs
– ceux qui peuvent payer des étudiants ! -
ou des tricheurs complets qui poussent les autres
des coudes. C'est une des bases
de la sélection naturelle chez les mammifères.
Alors, « Premier arrivé, premier
servi ! » quelle consternante soi-disant
valeur, d'une
grande indigence intellectuelle et morale, et que la
ministre propose indirectement
comme référence à tous les citoyens
et aux jeunes de la communauté française :
Internet pour mettre à égalité les
riches et les pauvres, et le struggle for win, en
prime, plutôt que la solidarité sociale, dans
les plans d'une ministre socialiste : je le
clame pour la seconde fois dans la presse :
« Reviens vite, Jaurès, ils sont devenus
fous ! ».
Certes, il faut que la justice sociale préside
à la répartition des enfants et des
adolescents dans nos écoles, mais pas en se servant
sans s'en rendre compte de la
loi du plus fort. Donnons d'abord à nos écoles
bien davantage de moyens, en
privilégiant celles qui assument clairement de
s'occuper des enfants soit moins
doués soit ayant d'autres raisons d'être en
difficulté scolaire de longue durée.
Pour ma part, si je crois à la justice sociale, je ne nie
pas pour autant les différences
entre les jeunes, et notamment les différences
d'équipement intellectuel et de
motivations. Je ne crois pas qu'il soit productif de mixer
dans la même classe des
jeunes
trop différents dans ces domaines, avec
en outre une classe surpeuplée et
sans moyen d'aide individualisée significative : on
condamne alors l'ensemble du
groupe à un nivellement par le bas ou, plus simple
encore, l'enseignant ne peut pas
faire autrement qu'ignorer les plus faibles, voire de les
disqualifier : « Il marche avec les forts ».
Je propose donc plutôt ceci : organiser dans
chaque établissement secondaire un
examen d'entrée à la fin de la 6ième
primaire, examen dont les critères et le contenu
auraient été bien pensés,
et qui
pourraient être différents d'une école
à l'autre,
en référence à la carte d'identité
et aux objectifs qu'elle se donne clairement et
sereinement.
L'examen d'entrée devrait mettre à
égalité potentielle toutes les provenances
sociales des enfants. Pour garantir une mixité
intellectuelle qui reste raisonnable, on
pourrait exiger d'une école qui s'afficherait
comme exigeante et qui disposerait de 20
places en première secondaire d'accueillir, sur
50 candidats, les 12 premiers et les
numéros 18 à 25 ( par
exemple ... ) aux résultats de
l'examen. Arrêtons de nier les
différences : certains jeunes ont
davantage de capacités et de motivations que
d'autres, notre pays a besoin d'élites
intellectuelles et aussi, que l'on cesse d'évaluer
son enseignement du doigt comme un des pires d'Europe.
Quant aux écoles secondaires qui se déclareraient
prêtes à recevoir des élèves
« tout venant intellectuellement », en ce inclus
les plus faibles de ceux qui
conservent un potentiel encore suffisant pour risquer
l'enseignement général, elles
devraient recevoir des moyens financiers supplémentaires
pour donner vraiment leur chance aux plus faibles.
Et pour terminer par une idée simple : je ne
suis pas sûr du tout que la situation qui
s'était installée au fil du temps, avec
notre bon sens belge, était si horrible ... sauf
que les écoles plus « difficiles »
n'avaient pas assez de moyens : mais voilà, il est
toujours plus tentant pour un ministre de justifier son poste
en inventant de nouveaux
décrets qui ne lui coûtent rien, plutôt
que de s'acharner à trouver l'argent et les
moyens ... .
Une prise de position cousine :
Pensée magique, réalités bruxelloises
Alain RENARD, père de trois enfants
Mis en ligne le 28/02/2008
L'objectif du décret inscriptions est d'amorcer une politique de contrainte à la mixité sociale
dans les écoles. On y voit un remède à l'échec scolaire qui, sur fond de discrimination
persistante, se concentre massivement dans les familles socialement défavorisées. Derrière
cette ambition, une idée-force : à rebours d'un préjugé répandu et largement nourri
d'inquiétudes parentales sans fondement, le brassage scolaire améliorerait les performances
d'ensemble des élèves, créant un environnement qui tirerait vers le haut les plus démunis
d'entre eux. Le profit de la mixité, ajoute-t-on, ne se limite pas l'élévation du niveau des plus
faibles : il se répartit entre tous, tant la rencontre de l'autre et la confrontation des différences
font partie intégrante du développement harmonieux
des enfants de tous horizons.
En tant qu'instrument de lutte contre l'échec scolaire, la mixité suppose toutefois la réunion
d'un certain nombre de conditions minimales sans lesquelles elle est vouée à l'impuissance La
première tombe sous le sens : c'est celle d'un équilibre contrôlé entre les catégories d'élèves
qu'on entend rassembler en vue d'une amélioration d'ensemble. Pour paraître évidente, cette
condition n'en est pas moins systématiquement escamotée dans les débats qui entourent le
décret. C'est qu'elle active des notions aux consonances peu sympathiques, de "seuils", de
"quotas", de "proportions" toujours problématiques dans leur application à des groupements
d'êtres humains. Elle est pourtant inhérente à l'ambition proposée.
Mettons les points sur les i : trois enfants socialement et culturellement bien dotés pour quinze
enfants défavorisés, c'est une mixité déficiente et dommageable pour le niveau scolaire du
groupe. Aucun enseignant ne contestera que la surreprésentation d'élèves en difficulté dans
une classe constitue un handicap. Il n'y a sans doute pas de chiffre magique. Mais il y a
incontestablement des seuils au-delà desquels la mixité ne produit plus l'effet escompté, et se
révèle, au contraire, contre-productive.
La deuxième condition n'est pas moins facile à comprendre. Une mixité efficace pour
l'apprentissage suppose rétablie la confiance de tous dans les vertus de l'institution scolaire.
La multiplication des comportements problématiques qui pourrissent principalement le
quotidien des écoles "ghettos" et y compromettent parfois jusqu'à la possibilité de donner
cours est très directement liée à la défiance qui s'est installée dans une bonne partie de la
population de ces établissements à l'égard d'un enseignement qui ne semble lui ouvrir aucune
perspective.
Sans doute les politiques de mixité ont-elles précisément pour but de sortir de cet engrenage.
Mais la mixité promue par le décret, à la supposer réalisée, ne restaurera pas magiquement, à
elle seule, la foi de ces élèves dans les mérites de l'instruction publique. Elle ne fera pas
miraculeusement revenir l'apaisement indispensable à un enseignement serein dans les
classes. Au regard de ce qui précède, la région de Bruxelles-Capitale cumule des handicaps
majeurs largement sous-estimés par les artisans du décret, alors même que les établissements
"favorisés" de Bruxelles comptent parmi les
premières cibles de la réforme.
La majeure partie de la population scolaire résidant dans la région de Bruxelles-Capitale est
issue de milieux socialement défavorisés, victimes d'une relégation socio-économique
reconnue comme déterminante dans l'accumulation d'échecs ou d'insuffisances scolaires. La
majeure partie de la population scolaire résidant en Région de Bruxelles-Capitale est
aujourd'hui issue de milieux immigrés, exposés à des difficultés scolaires additionnelles
(maîtrise de la langue d'enseignement dans le milieu familial, par exemple) de nature à
renforcer les effets de la relégation sociale et de la discrimination qui les frappent au premier
chef.
Cette fragmentation de l'espace social bruxellois s'est approfondie, tout au long de ces trente
dernières années. Elle s'est conjuguée avec des phases successives de net désinvestissement
scolaire et de réformes pédagogiques hasardeuses, qui ont laissé nombre d'enseignants
désarmés devant l'ampleur écrasante de leur mission sociale et le défi inédit d'adapter leur
enseignement à la profonde transformation de la population. Tout cela a favorisé une
dégradation continue des conditions d'apprentissage et de l'atmosphère générale dans nombre
d'écoles bruxelloises.
Faisons, tant qu'on voudra, la part de la dramatisation ou de la jérémiade passéiste dans ce
tableau désespérant. Les enquêtes les moins alarmistes, qui recensent à juste titre les
initiatives de terrain et les succès locaux résistant au pessimisme ambiant, ne parviennent pas
à démentir un constat largement partagé par les intervenants en milieu scolaire bruxellois :
celui d'un recul inquiétant des connaissances, de tensions croissantes dans les relations
intrascolaires, d'une brutalité accrue sur fond d'une segmentation socio-ethnique renforcée et
de la réapparition d'un sexisme virulent que l'on pouvait croire en irréversible déclin depuis
les années 70 et 80.
Il faut cesser de s'illusionner sur l'effet positif que produirait sur cette situation, l'"ouverture"
des quelques écoles privilégiées qui échappent à ce naufrage. Les mesures mises en oeuvre
aujourd'hui ne permettent de remplir aucune des conditions indispensables au succès d'une
politique de brassage. Laissant la recomposition sociale des écoles au hasard, elles ne
garantissent en aucun cas le rééquilibrage
des populations. J'irai plus loin.
Même idéalement réalisée, par miracle, dans chaque classe de chaque école bruxelloise, la
mixité promue par le décret ne viendra pas, à elle seule, à bout des déséquilibres profonds du
paysage scolaire régional et de leurs effets cumulés. Sans autre réforme radicale, elle risque
au contraire d'exacerber davantage les antagonismes et de rendre plus difficile encore la
gestion des classes. Des écoles ont déjà vécu cette douloureuse expérience de l'ouverture
tournant à l'échec. Sans programme d'ensemble, on s'expose, de fait, à une détérioration
aggravée que ne conjureront ni le bavardage rituel sur les bienfaits de la différence, ni
l'optimisme de rapports scientifiques étrangers dont la pertinence n'est jamais confrontée à la
structuration de l'espace social bruxellois.
Il faut craindre, à terme, que les stratégies que l'on prétend corriger montent d'un cran, tant le
destin scolaire des enfants engage à l'extrême les sensibilités parentales. Et que oui, cette
réforme partielle, improvisée, sans accompagnement significatif, sans réinvestissement digne
de ce nom, faite contre les directions d'école et sans autre projet perceptible que celui de la
dénonciation, accentue finalement l'exode des classes moyennes déjà entamé vers des
contrées scolaires périphériques, aggrave le mouvement d'homogénéisation sociale des
quartiers, précipite un peu plus la dualisation générale de la région.
La crainte du nivellement par le bas et la hantise d'une irruption de masses "brutales et
incultes" dans les temples du savoir ont, de tout temps, été agitées par les élites pour
délégitimer les processus de démocratisation de l'enseignement et de la culture. Mais il ne
suffit pas d'incriminer les vieux phantasmes d'une bourgeoisie sur la défensive pour faire
s'envoler les obstacles concrets à une mixisation réussie. Car c'est bien là le paradoxe du
décret. D'inspiration dirigiste, il reste hanté par la lecture magique d'une mixité socio-
culturelle spontanée, induite par la seule confrontation des populations d'origine diverse qui
devrait immanquablement se solder par une avancée significative au profit de tous. La posture
dénonciatrice tout entière gagnée à l'objectif d'un réencadrement impératif des stratégies
bourgeoises dissimule, au plus profond, une vision curieusement réenchantée de la dynamique
sociale.
Toute politique de lutte contre l'inégalité scolaire est vouée à l'échec si elle ne prend la forme
d'un projet global, fédérateur, oeuvrant en même temps dans toutes les directions. C'est très
précisément la leçon à tirer de l'exemple finlandais, systématiquement invoqué à contre-
emploi par les défenseurs du décret. Les pistes sont connues : le décloisonnement des réseaux,
l'aménagement de programmes clairs et cohérents, la formation renforcée des enseignants, la
systématisation de mesures de remédiation dignes de ce nom, une pédagogie intégrant un
travail mûri sur la diversité sociale et culturelle, le réencadrement des primo-arrivants, une
clarification des rôles de chacun (enseignant/enfant/parents), un accompagnement significatif
des parents dans les quartiers, et, concomitamment, un redéploiement imposé de la population
scolaire entre les différents établissements d'enseignement sur la base d'un double critère
géographique et social (redéploiement dont je doute cependant qu'il puisse avoir les effets
escomptés sans intégrer largement la population scolaire périphérique à celle de la région de
Bruxelles proprement dite).
Ce n'est, en tout cas, que comme élément d'un vaste dispositif de réformes radicales
convergentes et simultanées qu'une politique de contrainte à la mixité pourrait déployer son
efficacité et éviter des effets tristement contre-productifs.
Une contestation virulente et ma réponse
Mr Florent Verstraeten, étudiant en droit
Bonjour Monsieur,
J'ai lu l'opinion que vous avez émise dans la rubrique débat de La libre Belgique de ce vendredi 29 février et je
souhaiterai vous faire part de ma réaction.
Concernant le principe de " premier arrivé, premier servi ", je suis d'accord avec vous pour dire que ce n'est pas le
principe le plus juste car ce seront toujours les plus aisés qui feront la file ou arriveront en premier et donc seront
in fine les premiers servis. Mais il faut reconnaître que ce système à néanmoins le mérite de ramener un peu de
clarté et de mettre fin aux pratiques de sélection abusives de certains établissements dits "d'élite". Il est évident
que ce décret inscription à lui seul ne résout
rien et que d'autres mesures seront nécessaires à l'avenir.
Par contre, je m'insurge quand vous parlez de "différences d'équipement intellectuel et de motivations". Moi non
plus je ne nie pas les différences entre jeunes, mais je n'en fait pas un prétexte (ni un obstacle insurmontable)
pour justifier un enseignement à deux vitesses. Si l'on suit votre raisonnement, deux enfants différents auraient
donc des droit à l'instruction différents. L'école ne peut donc, selon vous, que se contenter de constater les
différences de capacités des élèves et les orienter dans des bonnes ou des mauvaises écoles en fonction de ces
capacités. Ne devrait-elle pas tirer tout le monde vers le haut au lieu de se dédouaner de ses responsabilités. Je
pense que l'école doit stimuler tous les élèves et tirer le meilleur de chacun d'eux. Cela passe par des structures
adaptées: des classes réduites, des cours de remédiation, des nouvelles pédagogies,... Vous parlez aussi de
nivellement par le bas. Je vous invite à jeter un coup d'oeil sur l'enseignement finlandais. La Finlande fait-elle du
nivellement par le bas, produit-on là des élites de médiocre qualité? Pas du tout! Ils ont compris là-bas (depuis
des réformes datant des années 60/70) qu'on pouvait combiner harmonieusement enseignement de masse et
enseignement d'élite. Ils ont compris là-bas l'importance de permettre à chaque enfant de se voir dispenser un
enseignement de qualité. Et leur enseignement semble être le meilleur des pays de l'OCDE (cfr les enquêtes
PISA). Pas si mal que ça le nivellement par le bas
à la finlandaise finalement...
D'autre part, pourriez vous m'expliquer comment cela se fait
que les enfants qui ont " l'équipement intellectuel "
et le plus de motivation sont ceux dont les parents ont le plus de capital économique et socioculturel? Comment
se fait-il que dans les écoles poubelles et dans les filières dévalorisées (le technique et le professionnel), les
couches les plus pauvres de la population sont sur-représentées? Et inversement, comment se fait-il que dans les
écoles dites "d'élite", les couches aisées soient sur-représentées? Pour poser la question de manière plus
provocante : les enfants de pauvres seraient ils plus cons que les enfants de riches? En réalité, les enfants sont
inégaux face à l'école car leur milieu social
influence fortement leur carrière scolaire. Et
c'est là qu'il faut agir.
Vous demandez ensuite qu'on "cesse d'évaluer notre enseignement du doigt comme un des pires d'Europe". Je
suis d'accord avec vous pour dire que les constats sont catastrophiques mais faut-il pour autant faire l'autruche?
"La situation qui s'était installée au fil du temps, avec notre bon sens belge", est dramatique. Les enquêtes PISA
ainsi que d'autres études nationales, européennes et internationales aboutissent toutes à un même constat: notre
enseignement est un des plus inefficaces et inégalitaires d'Europe? Ne serait-il pas temps d'agir? Ok pour dire
qu'Arena se plante parfois, mais il faut reconnaître qu'elle à le mérite de mettre les choses sur la table de manière
courageuse et qu'elle essaye de faire bouger les choses. Concernant le refinancement de l'enseignement, je vous
trouve un peu de mauvaise foi. Si Arena disposait de plus d'argent, bien sûr qu'elle consacrerait davantage de
moyens à l'enseignement. La communauté française
souffre d'un déficit chronique, ne le saviez vous pas?
Ne serait-il pas temps de réfléchir sereinement à l'avenir de notre enseignement? Ne serait-il pas temps de
remédier aux maux structurels de notre enseignement : marché scolaire, ségrégation sociale, concurrence entre
réseaux, culture du redoublement,...
Bien sûr qu'Arena n'est pas parfaite, qu'elle commet des erreurs, mais en tout cas elle à identifié les vrais
problèmes pour essayer d'aller dans le bon sens. Vous semblez prôner le statu quo (si ce n'est davantage de
financement aux écoles qui accueille des publics moins aisés (mais l'argent n'est pas le remède miracle, seul il ne
résoudra rien) et une régulation très soft des
inscriptions), n'y a-t-il donc rien à changer?
Pour conclure, je voudrai vous faire part de mon étonnement. Chacun à l'opinion qui est la sienne et il peut la
partager la plus librement. C'est ce que vous avez fait ce vendredi. Mais quand on signe sous le titre "Psychiatre
infanto-juvénile et docteur en psychologie", on s'impose un minimum de rigueur scientifique. On évite de hurler
avec les loups en balançant des lieux communs et des basses attaques irréfléchies parsemées de petites
propositions qui ne résoudront rien aux problèmes structurels de l'enseignement. Ce mail n'était emprunt
d'aucune animosité à l'égard de votre personne mais seulement vis-à-vis de vos propos. Le ton est incisif, certes.
Mais il n'était, à mon sens, que l'expression d'une
opinion indignée en réponse à votre article paru dans la libre.
Dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une
agréable journée!
Ps: voici des liens vers deux articles particulièrement intéressants et pertinents de Nico Hirtt sur l'enseignement
en communauté française :
http://www.ecoledemocratique.org/article.php3?id_article=261
http://www.ecoledemocratique.org/article.php3?id_article=302">
Florent Verstraeten
Etudiant 2ème licence droit UCL
Ma réponse :
MONSIEUR VERSTRAETEN,
Quelle attaque en règle ! ... Cette fois, c'est au prof à qui son étudiant donne un zéro,
même pas pointé. Je ne reprendrai pas, pour les contester, les aspects les plus
émotionnels de votre point de vue, notamment exprimés à la fin, qui est un peu
facile, avouez-le.
Je m'en tiens au débat d'idées. Il y a deux parties dans
mon article :
La première, où je fustige Arena pour la référence
proposées : « Premier arrivé,
premier servi » ... ici, je persiste et
signe, moi aussi, à 100%. Il est lamentable de ne
pas avoir cherché plus loin que cette référence là,
et même d'en être fier, en quelque
sorte ... Non seulement, je l'ai dit, ça
aboutira à un résultat idiotement inverse au but
poursuivi, mais surtout, sur le plan éthique,
comme modèle de référence proposé aux
jeunes, c'est une justification de l'égoïsme social,
aussi grave que le « Casse toi,
pauvre con » de l'inénarrable Sarkozy. Je
m'étonne qu'un jeune aussi
généreusement engagé que vous fasse une
concession à ce propos. La fin ne
justifie pas tous les moyens.
Dans la deuxième partie, je propose ma réflexion
sur les différences. C'est vrai qu'ici,
le débat est plus délicat et qu'il faut continuer
à réfléchir entre honnêtes gens, sans
s'envoyer des injures à la figure ( bourgeois
attardés versus PTB, par exemple ).
Je suis largement d'accord avec vous sur le fait
qu'un soutien approprié,
considérable à mettre en place, favoriserait une
vraie intégration d'un certain nombre
de jeunes, sans nivellement par le bas ... C'est
aussi le sens de l'intervention de M.
Renard dans son texte « Pensée magique,
réalités bruxelloises ». Et dans ce
domaine, d'accord, l'argent n'arrange pas
tout, il y a aussi les attitudes !
Mais je continue à être sceptique sur les
vertus magiques de cette volonté
d'intégration lorsqu'elle serait poussée
dans ses derniers retranchements : il restera
des jeunes beaucoup plus doués et d'autres
beaucoup plus faibles au sein de la
population de ceux qui sont à même d'encore
prétendre à l'enseignement général.
Je pense que c'est les respecter que de leur
donner un enseignement adapté à leurs
capacités respectives ; « Deux
vitesses » ? Oui, je le dis
sereinement, mais sans
péjoration ni mépris, tout comme sur la route
il y a des voitures de course et des
Deux Chevaux. En tenir compte ne signifie
pas admettre qu'il y aurait deux qualités
humaines différentes ; et surtout, je le
redis, il faut des moyens plus conséquents à
ceux qui accueilleraient les un peu moins
doués et leur donneraient toutes les
chances de réussir. Toutes chances, car
je ne crois pas qu'existeraient des
conséquences stigmatisantes sur les marchés
d'emploi qui s'ensuivent ... Les
entreprises n'engagent pas toujours les docteurs universitaires,
loin de là ...
Il existe des éléments de réponse qui permettent
de comprendre pourquoi,
statistiquement en tout cas, il y a des
corrélations positives entre culture et classe
sociale d'une part, et motivation scolaire
plus ou moins forte de l'autre ; en référence
à eux, je pense qu'il faudrait soutenir plus
vigoureusement les enfants de classe
défavorisée dès la maternelle et l'école
primaire ... mais ces statistiques ne sont pas
des certitudes inéluctables, et, bien sûr,
il faut que les enfants qui en veulent toujours
et le peuvent et viennent de milieu défavorisé
soient repérés et reçoivent autant de
vraie chance que les autres. Donc, non à des
écoles d'élite mais qui recruteraient sur
base de la provenance sociale.
Accessoirement, car ce n'est pas le point
principal de votre lettre, je crois
malheureusement que beaucoup de ministres,
en ce inclus Arena, une fois en place,
ne tiennent pas les promesses de justice
sociale qu'ils ont tenue en période
électorale, et ne s'acharnent vraiment pas
à trouver de nouvelles sources de
financement et de répartition de
l'argent ... la vraie protection des riches, elle prend
sa source dans leur attitude générale de
tolérance qui se compromet, et ce ne sont
pas quelques décrets périphériques et
rédigés à bon compte qui y changent
fondamentalement quelque chose ...
Bien à vous
JY Hayez
COMMENTAIRES PLUTOT POSITIFS
Pr Dominique Charlier, pédopsychiatre, chef du service de psychiatrie infanto-
juvénile, Cliniques univ. Saint-Luc
Je partage en grande partie tes idées sauf celle de l'examen d'entrée. Cela existe déjà dans
pratiquement toutes les écoles hi-life.
Si l'objectif est de niveler, moi je commencerais petitement en offrant les subsides de façon
inversement proportionnelle aux revenus. Cela motiverait
les directions.
Dr Muriel Meynckens, pédopsychiatre
J'apprécie beaucoup ton texte. Est-ce bien celui-là
qui est paru dans la presse le 29-02 au matin?
De Mme Yvonne Dor
je pense qu'elle instaure dans les écoles l'ambiance qu'ils trouveront
plus tard sur le marché de l'emploi....
- les files interminables des demandeurs d'emplois
- l'individualisme "assassin" dans le milieu du travail
- le non-respect de l'humain des choix économiques
on a supprimé les files humiliantes du pointage des chômeurs...
c'est pas pour autant que le chômage a diminué (on
préfère supprimer les demandeurs d'emploi)
il faut donc supprimer aussi les files d'attente
d'inscription des élèves !
ça fait mauvais genre !
mais de quelle manière ? la plus facile, bien
entendu ! comme d'habitude
merci à JY de faire une proposition.... que je m'empresse
d'envoyer aux enseignants que je connais
YD
Création le 13 février 2008.