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Un alien est entré dans la maison !
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§ I. « Mon père s'est pendu »
Le papa de Chloé ( treize ans ) et de Jérôme ( huit ans ) s'est pendu, il y a quinze
jours, au premier étage de la maison familiale. Aucun indice ne présageait ce geste
extrême. Certes, depuis quelques mois, il était anormalement fatigué et confiait à sa
femme qu'il lui fallait des heures pour faire le travail qu'avant, il effectuait en une
heure. Il n'avait plus la forme mais, tant par orgueil que pour ne pas inquiéter sa
famille, il ne voulait pas entendre parler du mot « dépression ». Il s'est suicidé
brutalement, avec un court message écrit :
« Je n'en peux plus, pardonnez-moi ».
Pour la maman et les deux enfants de cette famille sans histoire, le choc est
extrême. Avec une collègue, je les reçois en urgence, tantôt ensemble, tantôt
séparément. Chloé est au courant de tout. Face à Jérôme, jusqu'à présent, on n'a
pas prononcé le mot « suicide » ni « pendaison », mais ce sont bien les deux seuls
petites pudeurs qui nous restent : via les séances familiales, Jérôme capte tout ; il lui
est arrivé de commenter « Papa était fatigué. Il a voulu aller
rejoindre sa maman » (
2)
.
Les dessins du petit garçon sont puissants, tout empreints d'une affirmation virile et
d'une force de vie qu'il met beaucoup d'insistance à démontrer, tant pour se
rassurer lui que pour indiquer à sa maman et à sa sœur qu'on peut compter sur lui.
La maman et Chloé semblent encore plus affectées. Je ne dirai presque rien de
celle-là, désorganisée, cherchant en vain de nouveaux repères, comme vide,
abasourdie, triste, amère ( Cerel et Frisadt, 2002 ). Et Chloé ? Elle a l'impression
qu'elle avait remarqué la détresse secrète de son papa, qu'elle lui avait offert de
l'aide morale à plusieurs reprises, délicatement, indirectement et c'est comme s'il
n'avait pas voulu de sa main tendue. Très dur à accepter pour cette toute jeune
adolescente dont les psychanalystes diraient qu'elle est « dans son second
Œdipe ». Elle a donc des attitudes, des pensées et des comportements
ambivalents : une partie d'elle est triste et vide, comme sa maman, bien sûr
( Dowdney, 2000 ). Mais une autre partie est très fâchée ( Cain, 1996 ). Cette colère
qu'elle exprime, elle l'assume et en a peur en même temps : elle ne se reconnaît
pas dans ces sentiments intenses, dont je ne dirais pourtant pas qu'elle se sent
coupable. Un jour, elle a avec moi une discussion quasi-philosophique : des gens
disent que c'est mal, ce que son père a fait. Et elle, qu'en pense-t-elle ? Eh bien, elle
peut comprendre que, le dernier jour, il ait eu comme une crise de folie-désespoir
qui a fait précipiter les choses. Mais avant cela, il y avait des docteurs, des mains
tendues, et, par orgueil, il n'a pas voulu se faire aider. Et ça, rien à faire, Chloé
trouve qu'il en est responsable et que c'est mal de les avoir laissés avec tous les
problèmes de la vie comme il l'a fait : « Lui, maintenant, il est libéré. C'est un peu
facile … ». Beau raisonnement philosophico-existentiel de la part d'une jeune de
treize ans, non ? Rien à redire, si ce n'est peut-être qu'un jour, elle acceptera de
tourner la page en elle et de pardonner ce qu'elle analyse comme une faute de
longue durée. Mais cela, ajouté-je, cela la regarde : donner son pardon est un droit,
pas une obligation.
« Parfois, me dit-elle, je pense qu'il va revenir ». En lui faisant déployer cette idée,
Chloé met en scène qu'il n'aurait rien dans les mains, qu'il ne dirait rien et qu'elle
non plus n'aurait rien à lui dire. J'associe à cette description « Oui, peut-être
« Chloé fâchée » aurait-elle envie de lui tourner le dos et de partir silencieusement,
comme il l'a fait, lui ». Chloé me regarde intensément et bat des paupières pour
acquiescer.
A côté de sa tristesse et de sa colère, Chloé présente aussi un PTSD, d'abord très
aigu - nécessitant la présence quasi constante d'un autre à ses côtés -, et qui
rétrocède lentement. Je l'ai rencontré souvent, ce PTSD, chez des enfants et des
jeunes adolescents confrontés brutalement au spectacle ou à l'annonce de la mort
violente d'un être aimé : l'image qui fait alors effraction dans leur psychisme, même
quand ils la construisent eux-mêmes, constitue souvent un vrai traumatisme
psychique. S'en suivent des projections traumatiques : Chloé a peur de se promener
dans la maison, d'aller seule à la salle de bains, de dormir seule, de passer dans la
zone où son père s'est pendu … Elle redoute l'irruption d'un revenant qui serait son
père, avec une corde en collier autour du cou. Je suis plus démuni qu'il n'en a l'air
pour l'aider à accélérer la résolution de ce vécu traumatique. La « débriefer » en lui
faisant évoquer et réévoquer les images effrayantes qu'elle se concocte ? Bah, à un
moment donné, n'est-ce pas faire pire que bien ? J'adopte donc une perspective
plus cognitiviste : je leur parle à elle et à sa maman
de ce que c'est le PTSD . Je dis
qu'il atteint beaucoup d'enfants sensibles dans des circonstances analogues,
j'explique pourquoi et j'ajoute qu'habituellement, il se résout lentement et largement
en deux, trois mois : au moins, à parler ainsi, j'essaie
d'éviter que s'installe
« l'angoisse de l'angoisse ». J'entraîne également Chloé à faire de la relaxation
respiratoire, à se crier « Stop » dans la tête, et à penser à des
images différentes (
3)
dès que surgit l'image mentale du revenant. Et puis, en me faisant décrire comment
se réorganise la vie familiale, je trouve même quelques idées très concrètes, de
l'ordre de l'évitement, qui diminuent tout de suite son PTSD de dix à quinze pour
cent d'intensité : la mère avait l'habitude de laisser ouverte la porte du bureau du
père, devant laquelle tout le monde devait souvent passer : le fait de lui avoir
demandé de la fermer, et à clef, apaise déjà l'imaginaire inquiet de Chloé : si
revenant il y a de l'autre côté, au moins, elle ne le voit
pas (
4)
. Ainsi continue encore
aujourd'hui, avec des hauts et des bas, l'histoire de Chloé et de sa famille.
§ II. Quand la maladie mentale fait une irruption inattendue
A l'instar de Chloé et de Jérôme, nombre d'enfants voient débarquer abruptement
ou insidieusement une maladie mentale avérée dans une famille jusqu'alors
« suffisamment bien » (
5)
fonctionnelle. Je me limiterai à réfléchir à partir des
vignettes les plus caractérisées. L'issue matérielle n'en est pas toujours une mort
dramatique mais quand même, ce n'est pas drôle du tout ce qui se passe : un
parent jusqu'alors agréable à vivre est soudain aux abonnés absents, totalement ou
largement. Et un alien le remplace. Souvent, il continue à vivre à la maison ; parfois,
on le met dans un hôpital où il y a d'autres drôles de malades, avec ou sans visites
de l'enfant.
Ainsi le père de Philippe ( quatorze ans ) voit-il grandir en lui, en trois mois,
une pensée paranoïaque délirante … ( Rodet, 1990 ). D'abord il ne veut pas
entendre parler de soins, imagine que tout le monde complote contre lui, que
sa femme cherche même à se débarrasser de lui, qu'elle couve Philippe, le
petit cadet, d'une manière anormale, louche, à laquelle il doit mettre le holà.
Comme je redoute l'existence d'une tumeur, j'obtiens péniblement qu'il
accepte huit jours d'observation en service psychiatrique ouvert, ce que, par
la suite, il ne me pardonnera jamais. Il s'opposera tout un temps à ce que
Philippe continue à me voir. Heureusement, j'avais déjà pu rencontrer à
plusieurs reprises le jeune adolescent, et nous avions parlé de l'état de son
père, de ce qu'il ressentait et des questions que cela lui posait. Au moment
où l'interdiction était la plus forte, nous avons échangé quelques mails,
Philippe et moi et, aussi bien à lui qu'à sa maman, j'ai fait remarquer que moi
en tout cas, je leur reconnaissais la liberté de choisir et de décider ce qu'ils
trouvaient le mieux pour eux : obéir à l'injonction psychotique du père ; passer
outre ostensiblement, en le lui signalant ; ou passer outre en cachette. Par la
suite, le père a quand même accepté d'aller voir un confrère, d'une toute
autre appartenance universitaire que moi, pour parler de sa fatigue et de sa
nervosité, et mon collègue a eu l'art de l'apprivoiser et de trouver un créneau
de travail satisfaisant avec lui. Petit à petit, les cotés les plus délirants de sa
paranoïa se sont résorbés, mais aujourd'hui encore, il conserve un caractère
soupçonneux, irritable, vite agressif avec son épouse, qui consulte un autre
psychothérapeute pour elle. Il a fini par rendre à Philippe la permission de me
consulter mais lui ne veut toujours plus mettre les pieds chez moi. Vous
trouverez en annexe un bout de dialogue que j'ai eu par e-mail avec Philippe,
puis avec sa maman ( bibliographie références web 1 et 3 ).
Les enfants et les adolescents que j'ai rencontrés dans de tels contextes en étaient
toujours très affectés ( Winnicott, 1969, Lebovici et Rabain, 1985 ) ; le dénominateur
commun, c'était leur inquiétude, en référence à la véritable substitution de personne
proche à qui ils se sentaient confrontés : d'une part, la perte inattendue d'une
référence sûre sur laquelle s'appuyer : moins ou plus guère d'amour exprimé, de
protection accordée, de communication enrichissante … Mais drôle de perte d'une
certaine façon, peut-être pire que la mort accidentelle, à partir de laquelle on peut se
constituer de solides souvenirs positifs : la personne est toujours là, allant et venant
dans la maison, mais ce n'est plus celle que l'on connaît : il s'est produit une
implosion, un morcellement, un mauvais sort jeté par la baguette magique de
quelques abominables sorciers, et un alien a pris sa place. Un alien cloué au fauteuil
par la dépression, un alien qui s'est mis à boire et à gesticuler, un alien extravagant
qui dépense tout l'argent du ménage en folies, un alien qui délire … Et en plus
l'autre parent, bien souvent, ne parait guère très puissant, très convaincant, très
rassurant pour y faire face. Et enfin, les adultes sont souvent loin d'avoir bien
expliqué ce qui se passe à l'enfant, d'autant plus qu'il est plus jeune : il voit, se crée
des fantasmes inquiétants, et comme on ne lui dit rien, ceux-ci peuvent être
envahissants et pire encore que la réalité.
Insécurité donc, liée à la perte d'un bon parent et aux comportements étranges de
l'alien ( Buist, 1998 ).
Aussi certains enfants tentent-ils de dénier ce qu'ils vivent et se représentent, et
s'inventent des histoires vaguement rassurantes, souvent corroborées par l'autre
parent : « Maman est fatiguée. Papa est plus nerveux parce qu'il a des soucis au
bureau » « Sois gentil ; n'en remets pas une couche ; fais-toi petit ».
Officiellement, une partie des enfants ont l'air d'adhérer à ces mensonges soi-disant
protecteurs. Et de fait, ils s'efforcent de se faire petits, au point d'éviter dans une
large mesure la confrontation au parent malade - merci, les ordinateurs-refuge ! -
Mais si on les observe et les écoute bien , on constate souvent qu'il s'agit davantage
que d'attitudes prudentes : leur estime de soi est affectée ; ils se replient sur eux-
mêmes pour fuir tous les autres, même et surtout leurs copains ; ils gardent pour
eux leurs questions et leurs impressions. Pour ne pas déstabiliser les nouveaux
mythes auxquels on leur demande d'adhérer. Mais aussi parce qu'ils se sentent
honteux, comme marqués eux aussi par la tâche noire de la maladie mentale : fils
ou fille de fou, d'alcoolique, de maniaque …ce n'est pas drôle à annoncer aux
copains, ça, ni plus radicalement, à élaborer mentalement pour soi.
Il arrive même que ces enfants, ou d'autres encore, se sentent plus ou moins
coupables du malheur qui frappe leur famille ( Harris, 1995 ). Coupables d'avoir
contribué aux fameux soucis de papa, et peut-être donc de l'avoir rendu malade ;
coupables de le fuir et de ne pas bien aider maman à le gérer ; coupables de se
sentir fâchés sur lui, sur tout ce qu'il apporte de négatif dans la vie et l'image sociale
de la famille ...
D'autres enfants sont moins capables de colmater leur insécurité, même vaille que
vaille : elle est bien présente dans leur psychisme. Les plus forts parviennent encore
à ne presque pas l'exprimer. Mais que de soucis et de questions secrètes, le soir,
qui rendent l'endormissement difficile ou en journée, à l'école, qui provoquent
rêveries douloureuses, distractions et autres chutes de rendement ; les plus
vulnérables, eux, laissent s'extérioriser leurs angoisses, par exemple dans des
cauchemars, de l'angoisse de séparation ou encore, pour les plus jeunes, via un
« qui-vive » perpétuel, un comportement d'alerte, marqué par la nervosité,
l'agitation, l'irritabilité et la rébellion facile.
Dans un autres registre certains, surtout les aînés, deviennent plus désobéissants
et plus transgresseurs parce qu'ils ne sont plus contenus par deux parents efficaces
et que le parent « sain », absorbé par ses soucis, n'a plus toujours la disponibilité et
la force de bien les réguler ( Marnier, 2004 ). D'autres encore, ici aussi surtout les
aînés, se sentent autant fâchés qu'honteux; ils en veulent au parent malade - et,
parfois à l'autre aussi -, et le font bien sentir. Ils attribuent au malade la
responsabilité de sa maladie, de façon largement
irrationnelle (
6)
.
Est-ce à dire que les « bonnes »
réactions, celle que l'on cite dans la littérature qui
se centre plus sur les ressources positives que sur les
défaillances, est-ce à dire
que ces « bonnes » réactions
n'existent pas ?
Si, bien sûr, on les rencontre aussi, mais restons
réalistes ! En aigu, ce ne sont pas
elles qui sont les plus fréquentes. Puis, petit à
petit, on peut s'aménager face à la
maladie mentale. Les enfants, alors, ont moins peur : ils
se refamiliarisent avec
l'alien, pour peu que celui-ci ne soit pas objectivement
dangereux ; quelques-uns retrouvent même de la sollicitude
pour lui et d'autres se parentifient pour aider et
pour satisfaire leur narcissisme, de façon
modérée et raisonnable ou de façon
excessive.
§ III. Notre fonction de professionnels
On ne rappellera jamais assez à tous ceux qui s'occupent de malades mentaux
adultes que, lorsque ceux-ci ont des enfants, ces derniers sont quasi toujours
affectés par la situation et que c'est justice … et efficacité préventive que de bien
s'occuper d'eux aussi ( Silverman, 1989, Drake, 1990 ) . Je mets entre parenthèses
des questions et des méthodes spécifiques, dont d'autres collègues parleront :
organisations et supervision des visites à l'hôpital psychiatrique, ( Kabuth,
2004 ),constitution de groupes de parole ou d'expression créative pour les enfants,
etc. Je me contente de rappeler quelques attitudes fondamentales ( bibliographie :
référence web 2 ) :

Se représenter tout simplement que ces enfants et adolescents
vivent probablement la nouvelle donne familiale de façon
pénible ; être disponibles pour
en parler avec eux ; veiller à ce qu'ils ne se retrouvent
pas comme les délaissés
de l'histoire et donc à ce que de l'énergie continue
à être investie pour leur
scolarité, leurs distractions et les communications avec eux.

Etre présents, comme un autre bien vivant et sur qui l'on peut compter, face au
deuil qu'ils devraient parvenir à faire pour une durée indéterminée ; ne pas nier le
poids de la perte ; les accompagner, plutôt que vouloir minimiser ou rassurer
artificiellement.

Accueillir leurs idées et leurs sentiments tels qu'ils sont, sans critiques ni volonté
de rectification trop rapide ( Garley, 1997 ). Les questions anxieuses, par
exemple, qu'il faut parfois non seulement accueillir mais même « aller
chercher » : Que se passe-t-il ? Pourrait-il mourir ? Pourrait-il me faire du tort ?
Est-ce que sa maladie s'attrape ? Est-ce que je peux devenir comme lui quand je
serai grand ? Voilà pour quelques « grands classiques ». Mais aussi, par
exemple, face à la paranoïa : Finalement, serait-ce possible que maman lui ai fait
du tort ? Ou des questions plus relationnelles : A-t-il le droit de me parler comme
cela ? Dois-je lui obéir ? Ai-je raison de lui dire
qu'il doit se secouer ?

Créer avec l'enfant une information de référence authentique et cohérente. Créer
avec l'enfant, plutôt que tout lui donner. Oser le mettre en crise de réflexion :
« Tu demandes ce qu'il a. Eh bien toi, qu'imagines-tu ? Quel mot emploierais-
tu ? Quel mot as-tu peut-être entendu ? Comprends-tu ce que cela veut dire ? ».
Le résultat est souvent étonnant : l'enfant sait beaucoup de choses, d'intuition ou
parce qu'il a grappillé de l'information, et il demande seulement que son savoir
soit confirmé ou nuancé. Certes, il reste des mots plus difficiles à prononcer que
d'autres : « Folie ... crise de folie ...
suicide ... alcoolisme profond », ce n'est
pas drôle à entendre, c'est même inquiétant
et il faut bien en expliquer les enjeux
(« Un fou n'est habituellement pas dangereux dans ses
actes »). Mais, pour la
très grande majorité des enfants confrontés
à l'angoisse de l'inconnu, désigner
ce « suitable enemy » est déjà moins
angoissant que les laisser seuls dans le noir.

Parler avec l'enfant des problèmes de coexistence quotidienne qui se posent
avec le parent malade ; en parler en sous-groupe familial, sans le malade … Ou
parfois même avec lui ( en dehors de la psychose avérée, la plupart des fois ) ;
chercher et trouver ensemble des stratégies d'adaptation
plus confortables.
Annexe 1 : Echange de courrier avec Philippe
( quatorze ans ) et sa maman. Le
papa a présenté brutalement une psychose
paranoïaque.
De Philippe ce 12/10 :
Bonjour,
Papa va très mal pour le moment, il râle tout le temps et menace de divorcer,
d'arrêter son travail, dit tout le temps que maman est malade. Ce soir il a traité
maman de machin, de truc, de chose, d'alcoolique ...
Je commence à être sérieusement
découragé, parler avec papa ne sert à RIEN,
depuis maintenant huit mois. Mon frère et ma soeur, Maman et
moi avons bien
discuté des centaines d'heures mais rien n'y fait.
Dernièrement, papa m'a frappé dans sa colère
( pas fort, mais à la joue ), je ne le
vois quasi qu'aux repas, il passe le reste du temps ( quand je suis rentré de l'école
du moins ) à téléphoner dans sa chambre
et à dormir ( papa et maman font toujours
chambre à part ) ...
Papa m'a menacé ce soir d'arrêter l'abonnement à
la TV et de me mettre 100 € d'amende.
Papa a très peur de ne plus avoir l'autorité
d'un père, de ne plus être considéré
comme tel.
J'en ai marre, je voudrais qu'il redevienne l'autre père
qu'il était il y a neuf mois.
Tantôt il veut bien te voir, tantôt il ne veut pas . La
plupart du temps il ne veut pas ou
bien il va y " réfléchir " sans
résultat.
Bien à toi.
Ma réponse ce 13/10
Philippe,
Je reste hélas persuadé que pour le moment quelque
chose s'est déréglé dans le
cerveau de ton papa et que ce qui se passe, c'est l'expression
d'une maladie
comme quand on a les reins malades ou le cœur. Mais ça
peut se guérir, comme les autre maladies.
C'est très dur à vivre, je le sais bien parce qu'en
plus dans ce genre de maladie ...
on n'admet pas que l'on peut être malade.
Ta maman est assez grande pour se protéger largement toute
seule ... je pense que
ton papa est " sciant et injuste " avec elle, mais je ne
crois pas qu'il peut poser des
actes " vraiment " dangereux ; la meilleure partie
de lui-même qui était douce et
pacifique ne l'a pas abandonné ... elle le
protège de lui-même derrière sa
maladie ...
Donne-toi donc suffisamment d'occasions de " souffler " d'aller voir des copains,
d'aller chez ton frère, etc ...
Selon moi, tu as le droit de venir me voir en l'annonçant
à ton papa ou pas : on doit
respecter son père et lui obéir mais pas
nécessairement obéir aux idées folles de
son père. La loi belge permet aux adolescents de consulter
leur docteur quand ils en
ont besoin, que leurs parents le sachent ou non, et avec la garantie
du secret professionnel. Je te redonne mon tél fixe et mon
portable si tu veux me contacter
( ... ) amitiés ... je me sens proche de toi.
jyh
De la maman de Philippe ce 12/10
Cher Docteur,
La situation ne cesse d'empirer et je me fais beaucoup de souci pour Philippe qui est
triste, las de tout ce qui arrive, sans courage devant ses tâches scolaires et sans
goût pour continuer l'académie.
Je le presse de vous contacter, je ne sais comment l'aider et je souffre de le voir
torturé et responsable, à ses yeux, de ma protection. Mon mari se montre
régulièrement odieux à mon égard devant lui.
Je suis en recherche d'un logement et je compte demander au juge de paix une
séparation temporaire. Je suis moi-même terriblement blessée et épuisée, sans
repères clairs et je ne peux envisager sereinement la garde de Philippe ; son frère
est prêt à l'accueillir si Philippe formule cette demande.
Je vous appelle à l'aide.
Ma réponse ce 13/10
Vous trouverez dans ma réponse à Philippe des éléments pour votre propre
réflexion.
Bien à vous
jyh
Résumé en français.
L'auteur décrit le vécu et les désorganisations psychologiques des
enfants, lorsqu'au moins un de leurs parents est affecté d'une maladie mentale
persistante et durable, souvent après l'entrée de l'enfant
à l'école primaire.
Il illustre son propos par de brèves études de cas,
qui montrent combien l'insécurité,
la confusion des idées et la colère, et la
culpabilité
de ces enfants peut être élevée.
L'article se termine par quelques recommandations à propos de la prise en charge
de ces enfants.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais : Summary.
An alien entered the house !
The author describes the children's new ideas, questions and possible
psychological disorganizations, when at least one their parents is affected of a
serious and durable mental illness. He only takes into consideration children after
their entry at primary school.
He illustrates his matter by short case studies, which show how much the insecurity,
the confusion in ideas, the anger and the culpability of these
children can be high.
The article ends by some recommendations about the communication with these
children and their daily education.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en néérlandais : Samenvatting.
Een aliën is het huis binnengegaan !
De auteur beschrijft de psychologische storingen van kinderen,
wanneer minstens een van hun ouders aan een aanhoudende en duurzame
geestesziekte lijdt, vooral na het begin van het kind op de lagere
school.
Hij verduidelijkt zijn artikel met korte studies van concrete situaties, die tonen hoe de
onzekerheid, de verwarring en de woede, en de schuld van deze kinderen
opgeheven kunnen worden.
Het artikel eindigt met enkele aanbevelingen met betrekking tot de aanpak van deze
kinderen.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en espagnol : Resumen.
¡ Un alien entró en la casa !
El autor describe el vivido y las desorganizaciones psicológicas de los
niños, cuando al menos uno de sus padres sufre una enfermedad mental grave y
duradera, después de la entrada del niño a la escuela primaria.
Ilustra su observación por breves estudios de caso, que muestran cuánto la
inseguridad, la confusión de las ideas, la cólera, y la culpabilidad de estos niños
pueden ampliarse.
El artículo se termina por algunas recomendaciones con respecto a la toma a cargo
cotidiana de estos niños.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Parent malade mental ; suicide d'un parent ; psychose d'un parent.
Mentally ill relatives ; suicide of a relative ; psychosis of a relative.
Psychische zieke ouder ; zelfmoord van een ouder ; psychosis
van een ouder.
Padre enfermo mental ; suicidio de un padre ; psicosis de un
padre.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
1. Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur
émérite à la Faculté de Médecine
de l'Université Catholique de Louvain.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
Site Web :
http://www.jeanyveshayez.net/
2. Spéculation sensée, qui se chuchote dans la famille, en tant que coup de pouce déclenchant : le
père était très attaché à sa propre mère, décédée d'un cancer trois ans avant, et il s'est suicidé deux
jours avant la date anniversaire de la mort de celle-ci.
3. Images différentes ? Au choix, dans ce cas précis : souvenirs agréables ; souvenirs de bons films
appréciés ; images où une fille de son âge - type Laracroft - vainc par la force des ennemis
imaginaires. Par contre, je ne lui conseille pas, pour le moment, d'évoquer mentalement des
souvenirs heureux de la vie familiale antérieure. Devinez pourquoi ?
4. L'occasion de rendre hommage à mon maître à penser Pierre Fontaine, homme bienveillant et
concret s'il en fut. Au début de ma formation, il nous racontait l'histoire du petit garçon qui avait très
peur d'un crocodile tapi sous son lit. Comment le
guérit-on ? En sciant les pieds du lit ...
5. Celles et ceux qui connaissent mes écrits connaissent aussi mon attachement à cette formule par
laquelle Winnicott désignait les mères qu'il
considérait comme « bonnes ». Je pense qu'on peut
appliquer ses célèbres adverbes à une multitude de phénomènes humains.
6. Cette attitude est-elle complètement irrationnelle, et donc à discuter avec eux ? La réponse est
davantage oui que non. Il est vrai, par exemple, qu'un parent déprimé, pourrait faire quelques efforts
pour ne pas s'abandonner totalement à son vécu. Mais pendant longtemps, le noyau le plus dur de
sa dépression lui échappe. Pour le parent alcoolique, la place de la liberté et de la dépendance est
encore plus délicate à apprécier. Le psychotique,
lui, n'a aucune prise sur ce qu'il lui arrive.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 26 août 2007.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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Résumé - Abstract - Samenvatting - Resumen.
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Résumé en anglais : Summary.
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Résumé en néerlandais : Samenvatting.
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Résumé en espagnol : resumen.
ici
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Note 1.
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur
émérite à la Faculté de Médecine
de l'Université Catholique de Louvain.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
Site Web :
http://www.jeanyveshayez.net/
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dont je viens de partir.
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Note 2.
(2). Spéculation sensée, qui se chuchote dans la famille, en tant que coup de pouce déclenchant : le
père était très attaché à sa propre mère, décédée d'un cancer trois ans avant, et il s'est suicidé deux
jours avant la date anniversaire de la mort de celle-ci.
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Note 3.
(3). Images différentes ? Au choix, dans ce cas précis : souvenirs agréables ; souvenirs de bons films
appréciés ; images où une fille de son âge - type Laracroft - vainc par la force des ennemis
imaginaires. Par contre, je ne lui conseille pas, pour le moment, d'évoquer mentalement des
souvenirs heureux de la vie familiale antérieure. Devinez pourquoi ?
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Note 4.
(4). L'occasion de rendre hommage à mon maître à penser Pierre Fontaine, homme bienveillant et
concret s'il en fut. Au début de ma formation, il nous racontait l'histoire du petit garçon qui avait très
peur d'un crocodile tapi sous son lit. Comment le guérit-on ?
En sciant les pieds du lit ...
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Note 5.
(5). Celles et ceux qui connaissent mes écrits connaissent aussi mon attachement à cette formule par
laquelle Winnicott désignait les mères qu'il considérait comme « bonnes ». Je pense qu'on peut
appliquer ses célèbres adverbes à une multitude de phénomènes humains.
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Note 6.
(6). Cette attitude est-elle complètement irrationnelle, et donc à discuter avec eux ? La réponse est
davantage oui que non. Il est vrai, par exemple, qu'un parent déprimé, pourrait faire quelques efforts
pour ne pas s'abandonner totalement à son vécu. Mais pendant longtemps, le noyau le plus dur de
sa dépression lui échappe. Pour le parent alcoolique, la place de la liberté et de la dépendance est
encore plus délicate à apprécier. Le psychotique,
lui, n'a aucune prise sur ce qu'il lui arrive.
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l'enfant, 45-62 in De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris,
Payot, 1969.
Références web
1.
http://forum.doctissimo.fr/psychologie/Paranoia/enfant-paranoiaque-severe-
sujet_103_1.htm
( témoignages : vivre avec un parent paranoïaque )
2.
http://www.camh.net/fr/About_Addiction_Mental_Health/Mental_Health_Infor
mation/when_parent_psychosis_fr.html
( réponses concrètes aux questions des enfants )
3.
http://rsmq.cam.org/filigrane/archives/noupsy.htm
( revue en ligne filigrane ; les
nouveaux psychotiques)
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