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« Garçons et filles en difficulté :
quelle construction affective et sexuelle ? »
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conférence de Jean-Yves HAYEZ, professeur de
pédopsychiatrie à l'Université catholique de Louvain
( Belgique ) (
1)
Maxence HENRY
Jean-Yves HAYEZ, vous êtes l'auteur de nombreux ouvrages.
Le dernier en date s'intitule La sexualité des enfants de 6 à 11
ans, aux éditions Odile Jacob.
Jean-Yves HAYEZ
En guise de préliminaire, je souhaite d'abord réagir à des
propos entendus ce matin. Une des phrases clefs de ce
colloque, que je garderai en moi quand je rentrerai en
Belgique, c'est : « Ayez confiance. » C'est une phrase que
nous lancent vos jeunes dans leur vidéo : « Ayez confiance en
nous, filles et garçons. » Elle peut également se formuler ainsi
: « N'ayez pas peur. » Il est stupéfiant de constater que cette
phrase a été prononcée à la fois par Jean-Paul II qui marquera
son pontificat, et par vos jeunes. Encore les jeunes adoptent-
ils une formulation plus positive, que je préfère. Ceci devrait
nous interpeller.
J'ai également beaucoup apprécié les propos de Serge
Vadelorge. Il a su exprimer ce qu'est la mixité mieux que le
président Chirac. En effet, pourquoi la mixité ? Certes, elle
peut être un signe d'égalité entre les deux sexes. Cependant,
comme Jean Prémont l'a rappelé, elle ne peut devenir une
sorte de tyrannie imposée à toutes les institutions, applicable
envers et contre tout. La mixité est la rencontre de l'autre,
différent dans son corps et sa sensibilité.
C'est aussi une formidable occasion de transformation de soi,
d'évolution et de réflexion.
Une mixité réalisée pour des motifs économiques ou
idéologiques, c'est-à-dire une mixité se limitant à la
cohabitation, n'aurait guère de sens, si elle n'est pas d'abord
et avant tout désir profond de rencontre de l'autre différent !
Par ailleurs, j'ai relevé une remarque de Jean Prémont sur les
sexualités perturbées : selon lui, les adolescents qui en
souffrent ne devraient pas être placés en situation mixte. Est-
ce à dire que la sexualité homosexuelle est moins grave que
l'hétérosexuelle ? Ce critère me paraît donc sujet à caution.
Et j'en arrive aussi au « corps » de ma conférence. En tant
que Belge, concret, pragmatique, je parlerai des rapports
garçons-filles, des deux grandes catégories de groupes :
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a) Jeunes « un peu lointains »
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Ce sont des filles et des garçons amenés à coexister de
temps en temps dans des groupes où, majoritairement, les
liens affectifs ne sont pas très forts, et où il existe une certaine
mouvance : l'école, le mouvement de jeunesse, etc ...
Petite enfance
Jusqu'à l'âge de six ans ou six ans et demi, l'existence de la
différence des sexes ne pose
guère problème. Les relations entre garçons et filles sont
simples et naturelles : la différence n'est pas perçue comme
un obstacle à l'établissement de la camaraderie et de la
coopération.
Cependant, la nature « corporelle » de la sexuation est bien
interpellant pour la curiosité des petits, et souvent au cœur de
leurs préoccupations : c'est l'âge d'or des explorations
sexuelles. De manière générale, les enfants vont à la
rencontre corporelle et psychologique des autres, des deux
sexes, tous âges confondus, pour peu qu'ils sentent un
minimum d'accueil. Ce stade est fondamental pour donner à
l'enfant une base solide à sa propre identité, à partir de ce qu'il
constate et de ce qu'il entend de lui, et à partir de ses
comparaisons avec les autres différents.
Age scolaire
A l'âge de l'école primaire, les groupes de camarades qui se
choisissent ( pour jouer,
parler ...) sont homosexués : l'identité se renforce alors dans
la confrontation à la ressemblance de l'autre. Les enfants
ressentent un mélange d'angoisse, de curiosité mais aussi de
mépris vis-à-vis de l'autre sexe : les filles sont bêtes, les
garçons sont cons.
L'autre sexe est également objet de défi, visant une prise de
pouvoir sur cet autre étrange.
Les jeux sexuels homosexuels sont un peu plus nombreux.
C'est surtout l'âge d'or de conversations « scientifiques » ou
d'expériences « scientifiques » à tonalité sexuelle : « Je parie
que tu n'oserais pas ouvrir la porte des toilettes », « je parie
que tu n'oserais pas la doigter ». De fait, les passages à l'acte
hétérosexuels sont rares : ils font peur.
Préadolescence
Lors de la prépuberté, vers onze ou douze ans, le groupe
reste homosexué, mais il joue le rôle d'une base de conquête
en direction de l'autre sexe. C'est alors l'âge des couples de
façade, qui sont propulsés sur le devant de la scène par le
besoin de paraître de chaque partenaire et les provocations du
groupe des pairs. Les jeux publics de mise en place puis de
rupture de ces couples peuvent commencer vers l'âge de neuf
ou dix ans, sous le regard et avec la participation de petites
bandes homosexuées d'appartenance respective.
Il s'agit principalement de jouer un rôle : les filles s'habillent de
manière très « sexy » pour provoquer les garçons, des billets
d'amour transitent par les bancs de la classe ou par SMS, à
proximité des pairs témoins. Les garçons échangent mille
grossièretés sur celles qu'ils convoitent et s'envoient des
défis. Des intermédiaires sont dépêchés à l'élu(e) potentiel(le),
avec des messages clairs et nets : « Untel demande si tu
veux sortir avec. » Sur cette base semi-publique, des couples
se font et se défont à grand renfort de colères et de
souffrances-spectacles.
Autre donnée propre à cet âge, l'éveil et donc l'intérêt érotique
est considérable. La curiosité sexuelle change de nature.
Chez les petites enfants, elle est d'ordre presque scientifique.
À l'âge de douze ans, l'intérêt devient érotique : les jeunes
veulent apprendre ce qu'est le plaisir.
Ils sont curieux des sensations ressenties par les « grands »
quand ils font l'amour. Ils commencent à consommer de la
pornographie. Les plus délurés passent même à l'acte.
J'ai relevé sur le forum Web consacré à la sexologie par
l'Université du Québec à Montréal un témoignage intéressant :
le jeune Robert, âgé de 15 ans, fait part de son trouble suite à
des expériences de masturbation réciproque sur l'initiative
répétée de sa jeune cousine, âgée de neuf ans. Il conclut en
demandant avec angoisse si cela fait de lui un pédophile.
Saluons ici ses interrogations, qui sont tout à son honneur.
Nous ne pouvons que lui souhaiter une plus grande maturité
de ses partenaires sexuels. Mais l'exemple montre moins qu'il
existe des filles à la sexualité éveillée précocement.
Les activités sexuelles menées dans le cadre de cet éveil
érotique sont menées d'abord et avant tout seul ( masturbation
simple ou compliquées par des scénarios ou du matériel
bizarre ). Le préadolescent s'en vante ou pas auprès de ses
copains. Viennent ensuite des pratiques sexuelles à deux ou
en petit groupe du même sexe, le plus souvent sans la
moindre signification quant à l'orientation sexuelle future. Ce
n'est qu'une petite minorité qui passe déjà à cet âge, la
barrière anxieuse de la rencontre sexuelle avec les jeunes de
l'autre sexe.
Adolescence
A partir de treize ans, le jeune ne se limite pas à l'excitation
par l'érotisme. On constate un réel mouvement de conquête
affective et sexuelle vers l'autre sexe.
C'est le moment d'un véritable apprentissage de l'autre, qui
peut se faire par le biais d'un chat sur Internet. S'ils sont peut-
être plus rapides qu'autrefois dans leur passage à l'acte,
l'intimité avec l'autre sexe angoissante, l'idée de se donner
dans un lien, l'idée de partager au quotidien les déconvenues
de la vie ..., tout cela reste à la fois désiré et source d'angoisse
et parfois de frustration.
Donc, pour la grande majorité des jeunes, la grande affaire,
c'est l'approche progressive de l'autre sexe, puis
l'expérimentation du lien, puis la stabilisation dans le lien. Et
cette fois-ci, ce n'est plus de la frime ( même si au début, l'un
ou l'autre copain ou copine du même sexe est au courant et
donne des conseils ) le jeune le désire de plus en plus et du
plus profond de son être.
Une minorité fait exception : Il y a d'abord les 5 % à 10 % de
jeunes qui feront le même mouvement d'approche, mais en se
découvrant tout de suite ou progressivement, homosexuels.
Il y a aussi les « doués du sexe » qui vont plus vite pour «
s'éclater », en dissociant beaucoup plus largement recherche
du plaisir, ( ce qui les intéresse ) et affectivité ( ce par quoi ils
ne veulent pas être encombrés ). C'est parmi eux que se
trouvent ceux qui s'affichent transitoirement « bi ».
Exceptions
Nous pouvons compter des exceptions à ce cheminement :

- Quelques enfants mûrs et sociables gardent tout le temps
un rapport naturel, amical envers l'autre sexe.

- De vraies amours enfantines, à partir de six ou sept ans,
pleines de discrétion ou de pudeur ;

- Quelques enfants mûrs restant naturels ;

- Des cas de sexualité pathologique. Le temps va me
manquer pour les décrire en détail ; ces descriptions en détail
vous les trouverez dans mon livre La sexualité des enfants de
six à onze ans que je vous invite à consulter. La
caractéristique de tous ces enfants, est qu'ils franchissent
trop intensément, trop répétitivement, et parfois avec violence,
les barrières de retenue, notamment face à l'autre sexe, qui
retiennent la grande majorité des enfants sains.

- Il y a aussi quelques vrais abus sexuels. La majorité d'entre
eux émanent d'enfants qui ont été violentés, parfois de
manière sexuelle. Ils refoulent cette violence et réagissent par
le passage à l'acte sexuel sur un enfant plus faible.
D'autres encore connaissent une profonde carence affective,
qui les conduit à chercher la fusion des corps. Plus que
d'érotisme, ils sont en quête de tendresse, de la chaleur
primitive du ventre maternel.
Enfin, certains enfants n'ont jamais appris de leurs parents et
de leur environnement les règles du respect de l'autre et d'une
bonne socialisation de la vie sexuelle. Dans mon livre, je
baptise ces comportements de « non-retenue sexuelle
précoce ». Ces enfants ne peuvent pas voir deux mandarines
sans imiter une poitrine féminine ou une banane sans la placer
sur leur entrejambe. Ils cherchent ouvertement des
partenaires qui leur sont proches pour s'amuser sexuellement.
Les enfants puis adolescents ne sont pas nécessairement
abuseurs : ils sont surtout très « allumés » soit par le laxisme
de leur milieu, soit par des expériences d'initiation précoce.
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b) Jeunes « très proches »
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Il s'agit d'enfants vivant ensemble longuement l'intimité du
quotidien : ils sont membres de fratries vraisemblablement
très soudées ou en collectivité membres du même groupe
« depuis toujours ».
Rapport à l'autre
Leur relation à l'autre sexe est plus naturelle, sans connaître
les barrières un peu excessives des précédents mais aussi «
unisexe » : la masculinité ou la féminité de l'autre n'est guère
prise en considération pour définir la relation avec lui. En tout
cas pas systématiquement. Il arrive, bien sûr qu'un grand,
voulant une petite sœur, s'attache plus spécialement au bébé
parce qu'il est petit et fille. Mais ce sont des hasards
individuels. Les rapports de force existent, mais ils sont
quasiment indépendants du sexe de chacun. Le dominant
dépend davantage de la place dans la famille ou du hasard
que de la sexuation.
Les amours enfantines sont encore plus rares dans ce cas,
mais elles ne sont pas impossibles. Elles lient parfois un frère
et une sœur, deux sœurs ou deux frères. Ces amours restent
souvent chastes, du moins dans les actes. J'ai ainsi reçu
récemment en traitement une fille de neuf ans, atteinte d'une
très grave anorexie mentale. Elle vivait un amour fusionnel très
intense avec son frère de treize ans. Celui-ci, devenant
adolescent, avait fait pris ses distances. Sa sœur s'est
littéralement desséchée. Ces cas d'amour restent rares, et
c'est encore plus rare qu'ils s'accompagnent de passage à
l'acte sexuel ( vrai inceste ). Dans les groupes de vie, on voit
aussi de loin en loin, entre des amitiés profondes entre deux
garçons ou deux filles, des amitiés profondes entre fille et
garçon, sans attraction corporelle qui les ferait basculer du
côté de l'amour : « Ils cherchent l'être de l'autre qui leur
apporte de profondes satisfactions. »
Sexualité
Contrairement à ce que pensent les adultes, les activités
sexuelles existent bel et bien dans les fratries et les groupes
de vie en constitution. Mais elles ne se manifestent guère au
grand jour pour les adultes. Enfants et adolescents
connaissent le prix de la discrétion. Telle est la raison pour
laquelle j'ai rédigé mon livre : cette sexualité existe. Elle n'est
pas un drame : la sexualité est une activité joyeuse et riche.
Certes, des balises doivent être posées. Souvent, ces
activités sexuelles sont normo-développementales : elles sont
bilatéralement consenties, non perverses dans leur forme,
récréatives ( elles n'occupent pas toute la journée ) et
respectent le partenaire. Ces relations s'établissent le plus
souvent entre « copains » et pas avec des étrangers.
Les différents stades de ces pratiques sexuelles
hétérosexuelles ( mixtes ) sont similaires à celle que j'ai décrit
par les enfants « un peu lointains » : exploration scientifique,
mise à distance, découverte de l'érotisme et du plaisir sexuel,
réalisation d'actes incomplets.
Dans ce groupe de vie, par exemple, un garçon et une fille
peuvent tomber amoureux et, progressivement, avoir l'envie
de faire l'amour. Il n'est pas superflu de rappeler qu'ici ils ne
sont pas frères et sœurs et ne sont donc pas concernés par
l'interdit de l'inceste. Pas simple, néanmoins, à gérer pour
leurs éducateurs !
Risques d'une sexualité pathologique
Ce sont ceux que j'ai déjà esquissés à propos du sous-groupe
précédent. Je vous renvoie à cette description. Attention à ne
pas classer trop vite du côté de la pathologie dès qu'il y a
activité sexuelle, surtout si elle concerne deux ou plusieurs
enfants qui n'ont pas le même
âge.
La recherche du plaisir sexuel fait partie de la vie et est
acceptable jusqu'à un certain point.
La sexualité de pur plaisir est acceptable, qu'elle affecte la
forme de la masturbation solitaire, de la masturbation
réciproque ou des relations sexuelles. Le danger guette quand
la modération manque, quand l'érotisme devient une
dépendance, au même titre que le haschisch, l'alcool voire le
travail pour certains. Ce qui compte est de rester maître de
son rapport au plaisir et de ne pas faire violence à autrui.
Dans le cadre des groupes proches, les enfants et
adolescents pathologiques identifient facilement des easy
targets : des enfants faibles qui se laisseront faire. Une de nos
premières responsabilités, c'est donc d'apprendre à tous nos
enfants à se faire respecter, à dire « non » s'ils ne veulent pas,
à demander de l'aide s'ils ne s'en sortent pas tout seul.
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c) Quelques recommandations
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- En matière de mixité comme partout ailleurs, les jeunes
s'imprègnent de ce que nous sommes, nous les adultes qu'ils
voient vivre. La place et la répartition des sexes dans la
structure d'encadrement est donc très importante. Je constate
ainsi que votre comité de pilotage est essentiellement
masculin ; les femmes sont des invités externes. Vous devez
donc évoluer, en acceptant tranquillement ce qu'a été votre
histoire, mais en acceptant du neuf dans votre futur.

- Si les groupes de travail sont importants, les éducateurs
doivent être formés pour saisir toutes les balles au vol. Les
groupes de parole devraient également concerner les enfants
âgés de six à sept ans : il convient de leur parler de sexualité
et de la protection de leur corps. Ainsi, on devrait leur
enseigner quelques gestes élémentaires d'autodéfense.
L'apprentissage de tels gestes pourrait diminuer, à mon sens,
le nombre de signalements, dont nous savons qu'une majorité
n'aboutit jamais.

- Enfin, ouvrez les yeux : la sexualité existe chez vos jeunes
de manière beaucoup plus importante que vous ne le pensez.
Cela ne fait pas de ces derniers des pervers : ce sont les
adultes qui refoulent le fait que la sexualité peut être active et
partagée chez nos chères têtes blondes. Tout au plus
l'admettent-ils chez les adultes, mais alors avec des
fantasmes sauvages, comme si ceux-ci étaient toujours prêts
à se sauter dessus. Je livrerai donc quelques réflexions sur ce
sujet. D'abord, il faut cesser de brader
le mot « inceste » : des
garçons et des filles vivant dans le même internat ne sont pas
des frères et des sœurs. La comparaison avec l'inceste relève
de la psychanalyse du plus mauvais aloi : l'interdit de l'inceste,
ne concerne que les liens de sang. Cela ne veut pas dire
qu'on ne peut pas mettre des règles qui concernent les
activités sexuelles en internat.
Mais de grâce avec d'autres justifications que celles aussi
communes que fausses, de l'interdit de l'inceste.
Ensuite, il est certain que notre propre vécu émotionnel peut
influer en grande part sur nos réactions en matière de
sexualité. Nous devons donc toujours bien réfléchir avant
de répondre. Certes, notre passé pèse sur nous : nous
éprouvons de la gêne à parler de ces sujets. Mais le problème
ne se limite pas à cela. Les adultes n'acceptent pas
facilement l'entrée d'un adolescent dans le monde de la
sexualité : eux-mêmes se sentent poussés vers le Viagra (
pour les messieurs ) et l'absence de performance sexuelle,
puis vers la mort par l'arrivée joyeuse de la nouvelle génération
sur le champ soi-disant réservé aux adultes de la sexualité. Il y
a donc sentiment de menace et jalousie. La violence de la
relation s'explique aussi par la jalousie. Enfin, parfois, nous
vivons la colère face à la transgression de l'interdit « no sex ».
Si nous découvrons un jeu sexuel dans les toilettes, nous
concluons immédiatement à la présence d'un enfant abuseur.
Bien sûr, les autres membres du groupe, interrogés, se
poseront immédiatement en victimes, afin d'éviter la
punition ... Mais cette conclusion hâtive, est souvent une sorte
de vengeance, parce que nous sommes en colère.
Certes, la violence sexuelle existe entre enfants et
adolescents. Elle n'est en aucun cas admissible. Cependant,
décréter l'interdiction de relations sexuelles partagées dans le
cadre d'une institution est une simple règle disciplinaire et non
une loi naturelle. Elle a un certain sens : elle souhaite
préserver la paix du groupe. La désobéissance à une règle ne
mérite qu'une sanction et non la guillotine. Si nous
découvrons, dans nos familles, que notre jeune adolescent a
des relations sexuelles, la désobéissance à la règle sera
gérée de manière interne : le jeune sera sermonné, la question
de la contraception et du préservatif sera abordée, un débat
sur la sexualité prendra place. Pour autant, le jeune ne sera
pas mis au pilori de manière publique ; il ne sera pas dénoncé
aux autorités ni chassé de la maison.
L'intimité de l'adolescent sera préservée. Nous n'avons
aucune raison d'établir une discrimination entre nos propres
enfants et ceux dont nous avons la responsabilité
institutionnelle.
Enfin, je rappelle qu'Internet a un rôle très utile de socialisation.
J'ai moi-même effectué des thérapies s'appuyant sur ce
média. Celui-ci ne doit pas être diabolisé. Certes, les jeunes y
chercheront occasionnellement de la pornographie.
Cependant, pour beaucoup, il s'agit d'apprentissage social,
très utile pour peu que le jeune entre progressivement en
relation avec l'autre sexe.
Amadou WADE
Vous avez dit qu'il ne faut pas brader le mot inceste.
Effectivement, dans nos groupes, la mixité fait peur aux
adultes, lesquels supportent tout de même une importante
responsabilité légale. Cependant, la thématique de l'inceste ne
peut-elle permettre aux enfants de s'inscrire dans une
thématique de groupe rééducative ?
Jean-Yves HAYEZ
Pourquoi recourir au mot « inceste », qui a un sens bien
précis ? Il brouille plus les choses qu'il ne les éclaire. Vous
pouvez établir tout à fait des règles qui vous paraissent saines
au sein de votre groupe sans pour autant utiliser ce mot.
(1). Garçons & filles en difficulté, quelle mixité ? Fondation
d'Auteuil