Table des matières
§ I. MOTIVATIONS EN JEU
§ II. LA RÉDUCTION DES CAUSES A UN CONCEPT
UNIQUE : LE SYNDROME D'ALIENATION PARENTALE (SAP)
§ III. COMMENT SE PRÉSENTE LA RÉALITÉ DU
TERRAIN LORSQU'UN PARENT EST REFUSÉ ?
§ IV. LA PRISE EN CHARGE MULTIDISCIPLINAIRE DES
SITUATIONS OÙ UN PARENT EST REFUSÉ
Après séparation du couple parental, il existe dans un
nombre non négligeable de cas des difficultés de
« circulation » de l'enfant (
3)
entre ses parents. Ces
difficultés sont plus ou moins importantes et plus ou moins
durables, jusqu'au refus total et permanent d'encore
séjourner chez un des parents. Nous appellerons PR
(
parent refusé ) celui qui est l'objet de
ces difficultés et PG
(
parent gardien ) le parent gardien de facto de la vie
quotidienne de l'enfant, chez qui celui-ci
séjourne (
4).
Ces difficultés de circulation se répartissent sur une
échelle :

- A un extrême, on a à faire à des difficultés somme toute
légères où l'enfant va chez PR en traînant les pieds, en
usant de ficelles pour y passer le moins de temps
possible ; il dit s'y ennuyer et à l'adolescence, les visites se
raréfient encore jusqu'à se réduire à leur plus simple
expression.

- A l'autre, ce sont des refus totaux, dont certains vont
s'avérer irréductibles, et d'autres aménageables
moyennant interventions judiciaire et sociale fortes.
Le fait que la loi belge déclare depuis avril 1995 que
l'autorité parentale reste conjointe entre les parents légaux
séparés, pour peu que leur conduite éducative ne nuise
pas à l'enfant, n'a pas beaucoup changé ce problème. Ce
n'est pas le seul poids d'un texte, assorti de facto de peu
de mesures de surveillance et de contrainte qui est de
nature à changer de profondes dispositions affectives et
leurs conséquences comportementales.
Les motivations à l'oeuvre pour rendre compte de ces
difficultés de circulation sont complexes et variées.
Schématiquement, nous en retiendrons trois catégories.
Imaginons une sorte de courbe de Gauss. À un extrême
se trouveraient les situations bloquées dont PR est le
principal ou l'unique responsable. À l'autre celles qui sont
dues à PG. Au centre, se trouvent les situations les plus
fréquentes, multifactorielles, où chacun y met du sien en
agressivité. Néanmoins, cette référence à une courbe de
Gauss qui ne tiendrait compte que des facteurs
« parentaux » est boiteuse, car nous verrons qu'il y a aussi
de rares situations où c'est l'enfant seul qui se construit sa
représentation négative de PR ( cfr § l.C ).
A. PR a provoqué le refus
Au premier extrême, c'est donc PR qui a provoqué,
principalement ou exclusivement, que l'enfant le perçoive
comme un repoussoir. Perception liée, en proportions
variables, aux comportements passés et actuels de PR.
1) Les blessures relationnelles profondes
En voici quelques exemples :

- Du temps où le couple vivait ensemble, PR était l'auteur
de fortes violences envers son conjoint ( le plus souvent,
l'homme envers la femme ). Que l'enfant ait ou non reçu
des coups lui-même n'y change pas grand-chose : il s'est
imprimé dans son psychisme l'image d'un adulte violent,
qui a fait du mal à PG que l'enfant aime et parfois protège
ou défend.

- Du temps où le couple vivait ensemble, PR n'investissait
en rien l'enfant. Après la séparation, il ne se met à
réclamer des visites que tardivement ; sa motivation
principale semble être de continuer à harceler son ex, plus
que de chérir vraiment l'enfant ( Hester et Ralford, 1996 ).
Ou alors, la motivation de PR est plus carrément
financière et inavouée (
5).

- PR s'est remis en ménage avec un compagnon ou une
compagne qui n'aime pas l'enfant et le manifeste de façon
subtile ou grossière. Ce que l'enfant refuse, en fait, c'est
de fréquenter le système constitué par PR et son nouveau
conjoint. Implicitement, il reproche à PR son inefficacité ou
sa lâcheté au moment où il faudrait le défendre lui,
l'enfant, contre l'injustice du « nouveau ».

- PR - le plus souvent le père - a
« plaqué » femme et
enfants pour se jeter dans les bras d'une (très) jeune
femme. Nombre de grands enfants et d'adolescents ne
peuvent pas lui pardonner cette trahison qui les laisse
orphelins, parfois brutalement, qui introduit gêne
matérielle et souffrance morale dans la famille délaissée ...
tout ça pour du sexe ou de l'illusion de jeunesse
retrouvée.
2) Les situations de maltraitance et les abus sexuels
Les enfants qui, lors d'un séjour chez un parent, ont été
abusés sexuellement par celui-ci ou par un de ses
proches, se plaignent-ils spontanément ou refusent-ils
sous l'un ou l'autre prétexte d'encore fréquenter ce
parent ? C'est le cas pour une minorité d'entre eux, les
plus grands surtout, soit qu'ils verbalisent ce qui leur est
arrivé ( vraiment rare ! ),
soit qu'ils montrent leur souffrance
et leur refus à travers les signes nouveaux d'un
comportement perturbé. Mais la majorité de ces enfants
abusés sont des enfants (très) jeunes qui le sont de façon
soft et qui ne comprennent pas bien ce qui leur arrive ;
donc ils ne se plaignent pas et c'est par hasard que PG
découvre qu'il y a eu abus (
6)
; ou alors, ces petits enfants
ont quand même la vague intuition qu'il s'est passé
quelque chose d'anormal et, presque sans le vouloir
consciemment, ils font passer à PG un « innocent » test de
vérification ( « Maman, tu mets aussi ton doigt dans ma
mimine ?» demandera telle petite fille au bain ). Il s'ensuit
alors une cascade d'interrogations et de réactions
émotionnelles entre l'enfant et PG. Quelques fois, PG peut
réagir en cherchant avec délicatesse, sans tout de suite
dramatiser, une aide pour comprendre et résoudre le
problème. Mais bien plus souvent, les réactions
émotionnelles anxieuses, indignées, hostiles de PG
poussent l'enfant à épouser étroitement l'indignation et le
refus de PG, quitte parfois à en remettre et à se calquer
sur une part de débordement imaginaire chez ce dernier.
B. - C'est PG qui provoque le refus
1) À l'autre extrême, c'est PG qui dysfonctionne
principalement : dans ce cas, il mérite l'appellation de
parent aliénant. Il détourne l'enfant du contact avec PR en
dénigrant ce dernier d'une manière non justifiée, soit
totalement, soit en tout cas via des exagérations non
fondées.
PG peut agir seul, souvent en raison d'une forte
problématique psychologique personnelle : psychose ( très
rarement ), sentiments de persécution, histoire de vie
particulièrement lourde, dont des éléments sont projetés
indûment sur PR. Il n'est pas rare alors qu'il reconstitue un
petit château fort bien barricadé, socialement isolé, dans
lequel il s'enferme avec l'enfant. Surtout quand il vit seul
avec l'enfant, sa manière de dénigrer PR peut être des
plus subtiles et n'être mise en évidence que par une
observation attentive. Par exemple, PG manipule les
souvenirs anciens de l'enfant ; il parle de façon méprisante
et négative de PR à des tiers sans s'adresser directement
à l'enfant ; il leur fait notamment remarquer toutes les
injustices que PR lui a fait subir ; il organise les visites
chez PR à des moments frustrants pour l'enfant et
organise des « passages » laborieux ( Van Gijseghem,
2003 ).
Plus souvent néanmoins, PG dispose d'alliés dans sa
famille d'origine. Il n'est même pas rare que ce soient les
propres parents de PG qui enveniment les choses : ici, la
haine, le besoin de posséder l'enfant ou PG et l'enfant,
sont le plus souvent à l'oeuvre.
On voit donc que aliénant est à prendre avec un double
effet. Par son dysfonctionnement, PG aliène ( rend
étranger ) le PR à l'enfant. Mais aussi, en ce faisant, PG va
aliéner l'enfant à lui-même, le pousser dans le non-sens. Il
n'y a pas si longtemps, on qualifiait
les fous " d'aliénés " :
devenus des étrangers à eux-mêmes et au monde, hors
réalité. C'est de cette sorte d'aliénation qu'il s'agit quand
un PG abuse de son pouvoir psychologique pour détruire
l'image construite par l'enfant lui-même, et pour y imposer
la sienne.
C'est dans ce contexte de vraie aliénation que de fausses
allégations d'abus sexuel sont portées à l'égard de PR. Il
faut garder toutefois la tête froide à propos de
l'épidémiologie de celles-ci. Contrairement à ce que dit la
rumeur, elles ne sont pas en extension (
7)
ou plutôt elles ne
sont plus en extension. Après un « pic » entre 1996 et
1999, elles sont revenues actuellement au niveau d'avant
ce pic.
Le parent aliénant est parfois de bonne foi, et réellement
convaincu d'un abus ou d'attouchements. Il le fait en
référence à ses propres vécus et problèmes
psychologiques, qu'il projette sur l'enfant. Parfois au
contraire, il invente délibérément. « C'est ma mère qui m'a
dit qu'avec cette plainte, je gagnerai sûrement mon
divorce », reconnaîtra dépitée une maman, plus
inconsciente des effets de son accusation que réellement
haineuse. Mais le plus souvent, l'allégation d'abus survient
dans un contexte de conflit, de haine, de peur, où le
moindre élément ( une rougeur près des zones génitales,
un geste de l'enfant, etc. ) devient symptôme puis
conviction ( Kinoo, 1999 ).
Quelle que soit la situation, ce sont des familles où une
prise en charge thérapeutique impliquant l'enfant et ses
deux parents est nécessaire. L'intervention de la justice
seule est rarement une solution suffisante ( Kinoo, 1998 et
Dandoy, Kinoo, Vandermeersch, 2003 ).
2) Il y a aussi les dramatiques problèmes liés à la
différence culturelle ou religieuse qui pèse de tout son
poids après la séparation du couple, souvent un couple de
deux nationalités différentes. Ici, un des partenaires,
souvent le père, n'hésitera pas à enlever activement
l'enfant ou à ne pas le restituer après un séjour chez lui ;
faisant fi de l'attachement qui existait entre l'enfant et
l'autre parent, il coupera radicalement le premier de tout
contact avec le second. Une motivation d'orgueil et de
haine contre l'ex-conjoint s'ajoute fréquemment aux
raisons d'ordre culturel et religieux et, malheureusement,
les législations du pays où l'enfant a été emmené peuvent
soutenir le parent aliénant.
C. - L'enfant seul provoque le refus
Dans d'autres cas, pas très nombreux non plus, le refus
dirigé vers PR est principalement le fait du seul enfant.
Les tranches d'âge concernées ici sont les enfants en âge
préscolaire et les préadolescents ou les adolescents.
Consciemment et fondamentalement, PG préférerait que
ce refus n'existe pas, car il lui complique la vie. PR, lui, ne
croit pas facilement que c'est l'enfant qui est en cause et
accuse PG ; celui-ci se voit doublement victime de son
ex-conjoint et de l'enfant ; il essaie donc de faire changer
l'option de ce dernier, mais en vain (
8).
À l'origine de ces refus, on peut invoquer :

- Surtout chez les plus jeunes, la simple angoisse à
anticiper la rencontre avec PR, devenu lointain et
étranger ; l'angoisse que ce parent ne découvre les désirs
oedipiens de l'enfant et ne le punisse pour cela (« Papa ne
peut pas savoir que je me sens le petit homme de
maman »).

- La très banale angoisse surajoutée d'être
réprimandé et puni parce qu'on a été irrégulier ou de
mauvaise humeur lors des visites précédentes ( faille qui
se creuse de plus en plus, de ce seul chef ).

- Le conflit de loyauté que l'enfant éprouve tout seul après
la séparation, surtout si celle-ci reste litigieuse entre
adultes ; une manière simple de s'en sortir est de se
représenter qu'il y a un bon et un mauvais parent et d'agir
en conséquence ( Van Gijseghem, 2003, p 25 ).
D. - Les causes multiples
Néanmoins, dans la majorité des situations où un parent
est refusé, les causes sont multiples. Chacun y met
toujours du sien actuellement dans le conflit, mais, dans
l'histoire du couple et de la famille, chacun a joué sa part
de rôle négatif.
En voici trois exemples :

- Quand le couple vivait encore ensemble, le père
apparaissait comme plutôt dur avec la mère et « loin »
affectivement de l'enfant ; après séparation, il continue à
faire beaucoup d'ennuis à la mère ; il a l'air d'exiger les
visites de l'enfant « pour le principe » et n'a pas su
s'occuper positivement de lui les quelques premières fois
où l'enfant a été le voir. La mère ne l'aime pas, ça c'est
clair ; même si elle ne le désigne pas ouvertement, elle est
incapable de faire passer l'image du « bon père » qu'il n'a
pas été jusqu'à présent. Les grands parents maternels
sont bien présents et sur la même longueur d'onde que
leur fille. L'enfant est anxieux, ou très attaché à la mère ...

- L'amplification « de bonne foi » de certaines inquiétudes
sexuelles ( un anus un peu rouge devient un anus
possiblement abusé ). La maman ne fait rien, ne
consultera pas, et ne porte pas plainte, mais son
inquiétude alimente le cercle vicieux qui entraîne la
situation vers le refus.

- De très forts et très clairs conflits existent depuis toujours
entre les parents et expriment leur rivalité et la volonté de
pouvoir de chacun sur l'autre. Quoi que les parents
prétendent, l'enfant n'a jamais vraiment compté
foncièrement comme personne dans ces conflits : objet de
litige, objet que l'on se dispute, objet de chantages, il est
manipulé - au moins inconsciemment - par chacun des
parents. Quand l'un des deux en a la garde au quotidien, il
l'accapare jalousement. L'autre parent hurle, mais ferait
exactement la même chose si, d'aventure, l'enfant tombait
dans ses mains. Ce dernier choisit prudemment de se
conformer aux propos du camp dans lequel il réside pour
le moment.
C'est aussi au sein de ces situations multifactorielles qu'on
peut situer le mécanisme de « transmission inconsciente »
par un parent de l'image négative qu'il a de l'autre.
L'enfant capte les composantes souvent subtiles de cette
transmission inconsciente et fait siennes les idées et les
affects les plus intimes de ce parent.
|
§ II - La réduction des causes à un concept unique :
le syndrome d'aliénation parentale (SAP)
|
Il y a une vingtaine d'années, concernant ces situations
qui existent depuis bien longtemps, un psychiatre
nord-américain, R. Gardner, a donné une identité officielle
sous forme de nouveau concept, le
syndrome d'aliénation
parentale ( Gardner, 1992 ) ; il
lui a donné aussi « une
apparence scientifique », en schématisant et en résumant
sa description en critères cliniques très concrets, dont la
présence en nombre significatif doit faire diagnostiquer la
présence de son syndrome ( comme les troubles
psychiatriques décrits dans le DSM IV ). Les plus
importants tournent autour du dénigrement inobjectif et
passionné de PR ( et de ses alliés ) par l'enfant sous
l'influence déterminante de PG ( et de ses alliés ). Gardner
y inclut un critère qui coupe l'herbe sous le pied à tout
doute et à toute critique : dans l'ambiance générale de sa
description, l'enfant aliéné serait incapable d'avoir une
pensée personnelle tout en affirmant vigoureusement qu'il
en a une : l'enfant, selon l'auteur, se prétend être un
« penseur indépendant » et insiste à ce propos, et l'auteur y
voit précisément la preuve qu'il ne l'est pas. Cette
certitude
gardnerienne semble bien imprudente et
généralisante et être plus de l'ordre de la vérité sectaire
que de l'ouverture au réel à l'oeuvre, avec toutes ses
nuances ! Si l'on suivait strictement Gardner, l'examinateur
écoutant l'enfant qui dit à sa manière : « J'ai pensé tout
seul », ne peut faire de cette déclaration qu'un déni de la
réalité renforçant l'idée que l'on est bien face à un SAP !
Certains scientifiques, pas en très grand nombre, ont suivi
Gardner et continué à promouvoir l'idée du SAP ( par
exemple Lovenstein, 1998 ; Major 2000 ). Parmi les
tentatives les plus dangereuses et confusionnantes dans
ses effets potentiels, il y a celle de Kelly ( 2001 ), qui a
coupé la définition clinique de tout lien étiologique : dans
sa perspective, dès qu'un enfant dénigre un parent de
façon disproportionnée par rapport à la réalité et ne veut
plus aller en visite chez lui, il s'agit d'un SAP, quel que soit
le panachage des responsabilités en jeu !
Ce cadre conceptuel étant proposé, il s'est passé ce que
l'on pouvait redouter : on y a fait entrer beaucoup de
vignettes cliniques. Parfois de bien légères, sans
examiner soigneusement si l'on correspondait vraiment
aux critères
gardneriens officiels, qui, eux, ont au moins
une pondération de gravité. Mais surtout sans grand souci
de l'étiologie, ce qui revient à dire que l'on étiquette
indûment comme parents activement aliénants nombre de
PG relevant de la catégorie majoritaire des causalités
multifactorielles que nous venons d'évoquer.
Ce « remplissage en vrac » a parfois été le fait
d'intervenants naïfs et peu formés, à la recherche d'une
sécurité intellectuelle et de recettes pour guider leur
action.
Mais, dans le chef d'autres promoteurs du concept, c'est
une stratégie beaucoup plus concertée. Des associations
composées de parents refusés - en grande partie des
pères - prétendent haut et fort que, pour chacune de leurs
situations particulières, on se trouve bel et bien dans le
cadre d'une aliénation parentale (
9).
Et elles se sont
souvent constituées en véritables lobbies, cherchant â
influencer les scientifiques, les magistrats, l'opinion
publique, etc. Or, la composition de ces groupes est plus
complexe qu'il n'en a l'air : à côté d'une présence
minoritaire de parents réellement victimes d'injustice et
d'aliénation, il y en a davantage qui sont en bagarre et en
rivalité perdurant avec leur ex-conjoint : sorte d'énormes
bras de fer où ce qui compte, ce n'est pas vraiment le
bonheur de l'enfant, mais plutôt finir par l'emporter sur
l'autre. Ces lobbies sont souvent intellectuellement
puissants et leurs membres ont des statuts sociaux forts
et donc leurs revendications et leurs pressions sur les
idées de la communauté sont efficaces. Les mouvements
féministes voient même dans celles-ci une passe d'armes
plus générale dans la lutte sociale entre le pouvoir des
hommes et celui des femmes (
10)
( Côté, 2000 ).
Certains professionnels ont fait chorus aux côtés de ces
associations de parents refusés : ce sont surtout des
« super-spécialistes » des questions de séparation
conjugale, notamment ceux qui se sont formés aux
méthodes de diagnostic et de traitement promues par
Gardner, et qui sont ici juges et parties : si beaucoup de
tribunaux rendent beaucoup de jugements attestant d'un
SAP, cela renforce la notoriété du SAP, et, du même
coup, leur propre notoriété professionnelle. Aux USA, le
marché financier d'un tel domaine est juteux. Nous osons
croire que ce n'est pas le cas en Belgique ni en France ...
Par contre, une croyance trop grande à des critères qu'on
voudrait scientifiques dans un tel domaine peut aveugler.
Science sans conscience ...
|
§ III. - Comment se présente la réalité du terrain lorsqu'un
parent est refusé ?
|
En référence à la diversité potentielle des causes, ce qui
se passe sur le terrain est des plus variables. Dans un
fatras fréquent de revendications, de bras de fer, de
mensonges, de manipulation et d'extrême tension
relationnelle, on ne devrait confier l'examen de telles
situations qu'à des professionnels chevronnés. Nous y
reviendrons.
Selon les étiologies, l'écoute de chacun dans ce qu'il vit
aujourd'hui et la reconstruction patiente de l'histoire
familiale mettront en évidence des éléments important ...
mais dont la signification ne peut être interprétée qu'avec
une très grande prudence. Attention aux déductions
hâtives et aux subtilités non apparentes à une écoute
superficielle ! Dans ces histoires compliquées, il faut se
souvenir que chacun est susceptible de penser pour son
propre compte et de manigancer, y inclus l'enfant.
Attention aussi aux conclusions basées sur l'écoute du
discours d'un seul parent.
A. - Deux « actions de refus » bien typées
1) L'allégation d'abus sexuels
Parmi les expériences évoquées, il y a de temps en temps
l'allégation d'abus sexuel : ce sont PG et l'enfant qui
l'énoncent, chacun avec une intensité, un degré de
concret et une fiabilité variables au regard des méthodes
et grilles d'analyse du discours bien codifiées et validées
( essentiellement le
statement validation analysis d'origine
québécoise ). Ces derniers temps, le seul énoncé de
l'allégation provoque un grand réflexe de crispation chez
beaucoup d'intervenants,
a priori qui joue actuellement
davantage au détriment du parent et de l'enfant qui
accusent que du parent accusé. Ces parents accusateurs
- souvent des mères - risquent même de perdre la garde
de l'enfant si on ne trouve pas de preuves claires à l'appui
de leurs dires. À tout le moins se montre-t-on souvent
inerte pour suspendre les contacts entre l'enfant et le
parent suspect, même au moment de l'instruction
judiciaire ; et si PG se rebiffe face à ce qu'il croit être la
répétition d'un danger pour son enfant, il peut s'attendre
aux pires ennuis ( Hayez, 2004 ) ! Tout cela est-il bien
serein et juste ?
2) Les enlèvements d'enfants
Qu'en est-il de l'enlèvement d'enfants dans le contexte de
la séparation parentale ?
En 2001, N. de Vroede, alors premier substitut au parquet
de Bruxelles, avançait les chiffres très élevés de 17
enfants « déplacés » chaque mois ( de la Belgique vers
l'étranger ), sans le consentement du parent resté en
Belgique. Réciproquement, 12 enfants étaient déplacés
chaque mois vers la Belgique. Deux tiers des parents
« déplaçant » étaient belges, tout comme deux tiers des
parents à qui l'on soustrayait l'enfant ( N. de Vroede,
2001 ).
Néanmoins, le terme « déplacés » est un fourre-tout dans
lequel il faut distinguer :

- De véritables kidnappings, plus ou moins effrayants
( minoritaires ), et des décisions unilatérales de mettre fin à
un droit de visite rendu à PR, avec ou sans
déménagement, voire changement de pays dans le chef
de PG ( majoritaires ).

- Des phénomènes transitoires, auxquels succédera une
laborieuse reprise de contacts avec PR, et d'autres
programmés comme définitifs par le parent auteur de la
« soustraction» de l'enfant ». Parmi ces derniers,
on relève :

- les fuites à l'étranger de PG épuisé par un très long bras
de fer avec les institutions, notamment judiciaires, parents
qui restent persuadés - parfois à tort,
parfois à raison - que
les contacts avec PR sont dangereux ...
( minoritaires ) ;

- les enlèvements internationaux émanant d'un vrai parent
aliénant surtout Nord/Nord quand il s'agit de mères
toutes-puissantes, qui nient la place du père sous des
argumentations fallacieuses ... et Nord/Sud quand ce sont
des pères, chez qui s'intriquent des dimensions
narcissiques, d'autres liées à leur image sociale, et des
considérations culturelles ou religieuses.
B. - Les conséquences sur l'enfant
Dans les cas où PG est effectivement aliénant, les
conséquences psychologiques sur l'enfant ne sont
évidemment pas minces.

- Surtout au fur et à mesure que celui-ci grandit, il n'est
pas rare qu'il se rende compte de sa propre inobjectivité
lorsqu'il dénigre PR ; cette prise de conscience est au
moins partielle et intuitive, mais l'enfant continue
néanmoins souvent à dénigrer PR :

- Par conformisme prudent ; mais alors il se sent
secrètement coupable de sa trahison : son plaisir de vivre
diminue et il peut chercher à s'autopunir de l'une ou l'autre
façon (
11)
;

- Par orgueil : tout, plutôt que d'avouer que l'on s'est
trompé ! Alors, on en remet, plus que jamais, en faisant
l'étalage plus intransigeant que jamais des fautes de
« l'accusé ».

- Ailleurs, l'enfant suggestionné demeure de bonne foi.
Néanmoins, même alors, ça ne lui fait pas du bien que le
parent aliénant présente de façon si récurrente PR comme
un vrai monstre. Cela peut l'angoisser, surtout s'il est petit
(« Un monstre, ça peut surgir n'importe quand avec un sac
pour vous kidnapper, n'est-ce pas ? »). Ça peut aussi
rendre l'enfant triste et préoccupé, même s'il ne le montre
pas trop : il ne peut pas se référer à un papa et à une
maman, séparés ou non, comme le font la grande majorité
de ses copains ; c'est toujours la monotonie d'un seul
parent, et il ne peut jamais se sentir ni se déclarer fier de
l'autre. Il y a probablement aussi des failles dans la
construction de son identité, surtout s'il est du même sexe
que le parent honni : le parent gardien
- supposons la mère -
aura beau veiller à des contacts amicaux avec d'autres
hommes et même se remettre en ménage avec un de
ceux-ci, possible substitut paternel pour l'enfant ; elle
n'enlève rien au fait qu'elle désavoue indûment la
semence et le désir d'homme dont l'enfant est issu ;
celui-ci pressent l'interdiction imméritée de s'identifier à
son père et peine à aller chercher beaucoup de références
sexuées positives ailleurs ; il a même du mal à croire à la
valeur de sa propre masculinité, c'est-à-dire à celle des
ressources sexuées présentes en lui - lui qui est issu de ce
père déclaré si mauvais ...

- Autre évolution possible, c'est
l'évolution « caractérielle ».
On voit alors que si, dans un premier temps, PG et enfant
ont été en alliance forte et en grande proximité affective
pour lutter contre PR, dans un deuxième temps ( à
l'adolescence le plus souvent ), l'enfant utilise les mêmes
attitudes de haine, d'irrespect, de violence, de refus
d'autorité contre PG, tout en continuant à refuser PR.

- Une fois devenu grand adolescent ou adulte, fait-il mieux
la part des choses et reprend-il contact avec PR ? H. Van
Gijseghem pense que ce n'est jamais le cas ( Van
Gijseghem, 2003 ). Ce n'est pas notre expérience. Nous
avons constaté pour notre part que c'est lié à la passivité
soumise ou à la haine active que le jeune a exprimée les
années précédentes. Plus il a été actif et en colère, moins
il lui sera facile de penser qu'il pourrait se réconcilier avec
PR, c'est-à-dire, en quelque sorte, obtenir le pardon de
celui-ci. Mais ce n'est jamais impossible !
|
§ IV. -La prise en charge multidisciplinaire des situations
où un parent est refusé
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A. - L'optique de Gardner et de ses élèves
Comme expliqué plus haut, ce groupe de professionnels
montre une tendance abusive à interpréter les
comportements de mise à distance de PR comme
émanant des seules mauvaises influences de PG et à
faire rapidement de ce gardien un « parent aliénant ».
Partant, explique Gardner, il faut toujours mettre
beaucoup d'énergie à maintenir une relation spirituelle
positive et des contacts concrets entre l'enfant et PR. Cela
nécessite énormément de ténacité de la part des
intervenants et le plus souvent une intervention judiciaire
appuyée.
Dans les refus moyens ou légers, ces contacts finissent
par être restaurés et/ou maintenus ; parfois le minimum
acceptable est qu'ils aient lieu dans des centres de
médiation spécialisée, sous la supervision de tiers
professionnels (
12).
Dans les cas graves par contre, le refus de l'enfant
persiste et Gardner y voit « la » preuve que PG est
aliénant. Il fait donc procéder aux grandes manoeuvres
c'est-à-dire qu'il propose de faire résider l'enfant chez PR
refusé jusqu'alors. Dès lors, c'est l'autre parent ( l'ex-PG )
qui ne peut rendre à l'enfant que des visites contrôlées
dans un centre « Espace-rencontre ». Contacts dont, au
demeurant, il assumera la charge financière. De surcroît,
on met souvent en place une thérapie individuelle censée
déconditionner l'enfant de l'influence néfaste du parent
aliénant et lui réapprendre à aimer son nouveau PG. On
met également en place des entretiens spécialisés avec
ce dernier, pour chercher des moyens positifs de gérer le
quotidien de l'enfant et de lui faire des commentaires
judicieux sur la situation.
B. - Une vision plus large
Tout n'est pas à rejeter dans cette méthodologie
gardnerienne, mais elle généralise et elle réduit trop les
problèmes à une causalité linéaire simpliste : «
Parent
gardien exerçant une mauvaise influence/enfant victime
qui s'ignore ».
Pour bien comprendre les interventions à faire, il importe
de clarifier d'abord le cadre de l'intervention, puis les
éventuelles décisions à prendre.
1) Le cadre de l'intervention
Trois types d'interventions sont possibles dans de telles
situations.

- Il y a l'expertise - une mission clairement définie par un
mandat judiciaire - qui vise à aider le juge à mieux
comprendre et à décider en fonction des éléments
psychologiques et relationnels en cause. Un rapport
clôture bien évidemment ce travail.

- Il y a l'intervention comme consultant unilatéral, à la
demande d'un des parents. Il ne s'agit pas d'une expertise
puisque ce n'est pas le tribunal qui fait la demande.
Cependant, le parent demande explicitement un rapport
- unilatéral - pour une procédure judiciaire.
L'intervention est
donc ici également dans le champ judiciaire et ne peut
être considérée comme un acte thérapeutique.

- Il y a enfin des interventions à visée thérapeutique, où il
y a une demande d'aide, hors champ judiciaire.
Chaque situation référée doit être examinée sans a priori
par une petite équipe constituée de professionnels
expérimentés ( psys, travailleurs sociaux, médiateurs, etc. )
( Viaux, 2001 ) (
13).
Voici quelques repères utiles dans la
mise en place du cadre de travail :
a) En position d'expert
Si l'on fonctionne en position d'expert à la demande d'une
Instance officielle, il n'y a pas de problème pour recevoir
les trois protagonistes du drame qui se joue. Une petite
équipe sereine composée idéalement de deux ou trois
personnes, permet de recevoir chacun
séparément. En
effet, il n'est pas souhaitable de recevoir ensemble l'enfant
et PG, celui-ci étant susceptible d'influencer négativement
celui-là en présence de l'intervenant embarrassé et passif
( et donc confirmant involontairement le discours de PG ),
ou se montrant rapidement dubitatif et hostile ( et donc,
entravant l'alliance entre l'enfant et lui ) ( Hayez, de Becker,
1997 ). Corollairement, il n'est pas judicieux non plus de
mettre en présence d'emblée l'enfant et PR. Cette étape
de travail n'est envisageable que si l'expert entrevoit la
possibilité, ce faisant, d'avancer vers un dénouement du
refus de contact dans le cadre de l'expertise. C'est ce que
le jargon juridique appelle une « tentative de conciliation
pendant l'expertise ».
Si l'enfant est censé être trop anxieux ou trop jeune pour
venir seul à un entretien, on peut le faire accompagner par
une personne de confiance qui n'est pas le parent gardien ;
prendre beaucoup de temps pour l'apprivoiser en parlant
de choses générales ; après, essayer quand même de le
recevoir seul.
Il est souvent inutile de recevoir les alliés de chaque
parent ; il est superflu et très insécurisant pour l'enfant
d'interroger des personnes tierces ( son école, son
médecin traitant, son thérapeute ). Par contre, on lira très
attentivement tous les documents liés à l'affaire et que
chaque parent a en sa possession ( rapports médicaux et
psychologiques ; documents judiciaires préalables, etc. )
b) En position de « consultant unilatéral »

- Si l'on a accepté de travailler à la seule demande du PG,
la décision de convoquer également et à un moment
judicieux PR est de la responsabilité de l'intervenant et se
prend au cas par cas. « Le moment judicieux » est en fait
le plus vite possible. Plus on avance avec un seul parent,
plus l'autre parent nous identifiera comme « de l'autre
camp ». Ceci est encore plus vrai dans les interventions
« c », en position de thérapeute.
Dans ce contexte particulier, on gagne à faire signer tout
de suite un document par PG, le demandeur, où :

- Il s'engage à fournir en lecture
tous les documents en sa
possession, sans la moindre restriction. Si l'on constate
qu'il ne respecte pas cette règle, il doit savoir que l'on
mettra fin sur-le-champ aux investigations entamées.
L'expérience a montré que cette précaution était des plus
utiles, pour éviter oublis ou manipulations volontaires ;

- Il marque son accord pour que le rapport écrit qui clôture
le travail soit envoyé par l'intervenant à quiconque celui-ci
trouve judicieux, donc éventuellement à PR ou à l'avocat
de celui-ci si cela peut aider l'enfant positivement.

- Si l'on accepte de travailler à la seule demande de PR,
tout ce qui vient d'être dit demeure d'application. Entre
autres, s'il persiste quand même de rares visites de
l'enfant au domicile de PR, la décision de le recevoir à
cette occasion se prend au cas par cas.
c) En position de psychothérapeute (14)
Il arrive aussi que PG ou PR s'adresse au psychologue ou
au pédopsychiatre non pour obtenir un rapport sur la
situation, mais avec un souhait de trouver un aide pour
résoudre le problème. C'est du moins ce qui est déclaré !
Dans ces cas, il est nécessaire, avant de voir l'enfant, de
rencontrer chacun des parents, ensemble ou séparément.
Si, dans ces situations tendues, on peut rencontrer l'enfant
en lui annonçant qu'on a déjà pu parler avec ses deux
parents, on crée pour lui un espace de travail et de
confiance tout différent que si un seul parent a été
rencontré ( Kinoo, 2001 ).
Dans cette situation, il y a un engagement formel de
l'intervenant à ne pas rédiger de rapport. On est alors
dans un cadre thérapeutique, et la confiance nécessaire
entraîne l'application d'un strict secret professionnel.
2) Que décider ?
Dans les deux extrêmes de la courbe de Gauss déjà
évoquée, c'est relativement simple :
a) De rares fois, il est clair que le parent gardien actuel est
un agent hautement toxique, en ordre principal ou exclusif
( par exemple : mère en perpétuel débordement
émotionnel, paranoïde, sans la moindre objectivité, qui
entraîne indéfiniment l'enfant dans une forte ambiance de
persécution ; quelques rares cas de
psychose (
15)
; parent
qui a déjà arraché un enfant à l'autre parent, bien investi
et aimé, dans le cadre d'un enlèvement religieux, culturel
ou narcissique ).
Alors, on doit le plus souvent confier l'enfant en garde à
celui qui était jusqu'alors le parent refusé ( ou à celui de qui
il a été violemment arraché ), avec les soutiens
psychologiques nécessaires pour assurer la transition.
Aussi longtemps que son attitude ou sa conviction ne
changent pas, le parent jusqu'alors gardien ne doit plus
avoir avec l'enfant que des contacts réduits et
accompagnés, et encore, s'il parvient à ne pas s'y montrer
négatif lorsqu'on les met en place. Les contacts informels
doivent être interdits ( lettres, téléphone, contacts surprise
à la sortie de l'école, etc. ). Ce parent jusqu'alors gardien,
très frustré et malheureux de la décision prise, doit être
soutenu psychologiquement lui aussi, dans toute la
mesure du possible.
Dans de rares cas de cette catégorie, le parent jusqu'alors
refusé n'est guère disponible pour élever l'enfant au
quotidien lui non plus, et il faut envisager un placement de
l'enfant en milieu tiers avec un bon encadrement
psychologique ( famille élargie, famille d'accueil, maison
d'enfants, etc. ). À noter que l'indication du placement,
c'est l'indisponibilité du parent jusqu'alors refusé et non
une quelconque volonté de ménager le parent jusqu'alors
gardien, dont on redouterait les réactions !
On conçoit sans peine qu'un cadre judiciaire vigilant et ses
services sociaux exécutifs sont absolument nécessaires
dans ces situations.
b) Dans les situations inverses, plutôt rares elles aussi,
PR est estimé franchement toxique, et l'on peut travailler
en miroir de ce qui précède.
Attention toutefois à la question d'un possible abus sexuel
qu'il aurait commis et qui demande un raisonnement
particulier. Le principe le plus fondamental est que, si un
adulte a abusé d'un enfant, il est toujours injuste,
traumatisant ou pervertissant pour ce dernier de continuer
à avoir des contacts avec l'abuseur, aussi longtemps que
celui-ci n'a pas reconnu ces faits et demandé pardon, et
qu'on n'est pas raisonnablement certain de la
non-récidive. Partant de là :
1° S'il est probable que l'abus ait eu lieu, mais qu'il n'a pas
été reconnu par l'auteur et qu'un tribunal pénal a prononcé
un non-lieu, un tribunal pour mineurs devrait être mis en
place et protéger l'enfant. Cette protection consistera en
une suspension des contacts avec l'adulte suspect, vu les
angoisses que génèrent la mise en présence de l'enfant
avec l'adulte qui ne reconnaît rien ! Suspension qui devrait
durer au moins aussi longtemps que l'enfant refuse la
reprise de contacts et n'est pas estimé être en mesure de
se protéger personnellement si on l'importunait à
nouveau (
16).
L'idée à la mode de confier l'enfant et le
parent très suspect à un Espace-Rencontre « pour une
reprise progressive des contacts » est, dans ce cas-ci,
contraire à l'intérêt de l'enfant. Ce serait vouloir le
conditionner à être positif avec quelqu'un qui n'a pas
reconnu sa nuisance et toujours susceptible de lui nuire !
2° Si la suspicion d'abus est l'objet d'une instruction
pénale, un tribunal pour mineurs devrait être mis en place
et prendre des mesures conservatoires préventives
identiques. Le fait que, actuellement, des parents gardiens
soient parfois poursuivis pour non-présentation d'enfant au
cours de la procédure est ahurissant et scandaleux
( Hayez, 2004, p. 179 à 187 ).
c) Malheureusement et comme déjà signalé, dans la
majorité des situations, la multifactorialité des forces en
présence est plus confuse et plus complexe. Voici
cependant quelques repères utiles dans ce contexte :
1° Il faut arrêter de penser que l'enfant ne pense pas.
Même s'il a été influencé directement ou indirectement,
même s'il désire se conformer à l'un ou l'autre, les idées
qu'il émet résultent toujours d'une synthèse personnelle. Il
faut donc le considérer comme un interlocuteur valable et
s'expliquer avec lui comme avec ses parents.
2° Le plus souvent avec l'appui déterminant d'un service
judiciaire, la communauté des intervenants en place
( c.à.d. quiconque est confronté au problème et ne veut
pas faire la politique de l'autruche ) mettra de l'énergie
pour que des contacts concrets continuent à exister entre
PR et l'enfant. Au minimum - hélas assez fréquent -, il
faudra s'en tenir à des contacts quantitativement réduits
dans un centre « Espace-Rencontre ». Parfois, on
obtiendra un peu plus (
17)
: par exemple, un jour de visite
tous les mois, quelques jours ensemble aux vacances.
Lors des rencontres PR-enfant, beaucoup d'idées sur la
pédagogie quotidienne élaborée dans la mouvance
Gardner sont intéressantes. Les principes de base pour
PR en sont de se montrer naturel et positif, plutôt que
récriminer contre PG et de vouloir convaincre et acheter
l'enfant à tout prix.
3° Si l'on n'obtient l'obéissance de PG que sous contrainte
( judiciaire ) et si la situation
reste clairement négative entre
les parents, c'est une illusion de penser qu'une garde
alternée imposée dans ces conditions soit une bonne
solution de vie pour l'enfant, même si PR la demande à
corps et à cri comme une manière de lui rendre
justice (
18).
Il y a trop de contradictions dans les valeurs. Le système
d'alternance suscite ici trop d'oppositions auxquelles
l'enfant est confronté.
4°) Jusqu'à quel point insister pour faire obéir PG
lorsqu'elle/il demeure rétif même aux jugements des
tribunaux ? Cette question reste pour nous sans réponse
certaine ! Dans ce contexte, les efforts des magistrats et
des autres intervenants s'effritent souvent face à la
résistance de PG ... et plus rien ne se passe du tout ...
De loin en loin, c'est plus sanglant, et des mesures de
contrainte sont prises contre PG. Mais est-ce vraiment
sage ?

- Envoyer PG en prison dans ce contexte constitue pour
l'enfant un traumatisme psychique grave quasi
systématique. Ne pas envoyer le parent en prison est
aussi un choix d'intelligence prospective : imagine-t-on
vraiment que l'enfant puisse un jour aimer PR qu'il associe
inévitablement à une décision aussi barbare ?

- Obliger l'enfant à aller vivre en permanence chez PR
sera rarement une solution, obligation qui,
de facto,
commencera bien souvent par une violence institutionnelle
traumatisante ( des intervenants le conduisent de force du
domicile de PG à celui de PR ). Le fait que, dans le passé,
le parent jusqu'alors gardien aurait lui-même soustrait
unilatéralement l'enfant à ses contacts avec PR ne justifie
pas la mise en place d'une loi du talion ! Dans ce type de
situations à implication ni multifactorielle, on ne peut
accepter les affirmations généralisantes faites par la
mouvance Gardner, qui affirment que des enfants
déracinés de chez PG redeviennent très vite heureux chez
PR. Ce pourrait être le cas dans les situations où PG et lui
seul était franchement toxique. En dehors de cela, le
pseudo bonheur de l'enfant est une forme de conformisme
sous la terreur.

- Alors, une astreinte financière proportionnelle aux
revenus de PG ? C'est une technique juridique fort utilisée
dans d'autres domaines. Elle semble peu utilisée dans le
droit familial. En tout cas, nous n'avons pas d'expérience
de situations traitées de la sorte.

- Quoi qu'il en soit, l'essentiel restera toujours le retour au
point c-bêta précédent : l'investissement intensif sur le terrain
de services sociaux d'État et d'autres intervenants,
oeuvrant de façon tenace pour rétablir le dialogue entre
les parents, même sous contrainte, et pour mieux
respecter l'enfant.

- Et si cela échoue ? Tant pis, il faut se souvenir du
jugement de Salomon, où la « vraie mère » est celle qui
lâche l'enfant, et se résigner éventuellement à ne pas le
voir pendant une durée indéterminée, précisément parce
qu'on l'aime (
19).