- L’aliénation parentale affectant un enfant peut se définir comme
l’attitude de rejet profond et massif d’un enfant vis à vis d’un de ses
parents.
- On parle d’aliénation parentale quand ce rejet se manifeste
alors qu’il y avait auparavant une bonne relation entre l’enfant et le
parent « rejeté »
- Quand ce rejet est massif, sans nuance aucune( au
point de nier qu’il y ait eu une bonne relation précédemment ou de ne pas
reconnaître la moindre
qualité au parent rejeté).
- Quand les faits
reprochés au parent rejeté sont futiles ou complètement disproportionnés
par rapport à l’intensité du rejet.
- Souvent le rejet s’étend à tout
ce qui entoure le parent rejeté (famille, amis etc..) avec qui l’enfant
entretenait auparavant de bonnes relations.
- On distingue trois
niveaux d’aliénation selon l’intensité, la profondeur, et le degré
d’irréversibilité du rejet... : Aliénation sévère, moyenne ou
légère.
RÔLE DU PARENT DIT ALIÉNANTDans
certains cas ( plutôt rares ), le rejet vient exclusivement de l’enfant
lui-même malgré les efforts réels et sincères du parent pour encourager la
reprise des liens parent-enfant avec l’autre parent. Il existe des
situations où l’enfant s’est senti lui-même franchement trahi ou abandonné
et est en outre personnellement choqué de voir la souffrance et la
détresse ( souvent bien réelle ) du parent avec qui il reste après une
séparation parentale, surtout si celle-ci est soudaine et incompréhensible
pour l’enfant.
Il se produit alors souvent ce que j’appelle le
phénomène d’ « association de victimes », dans laquelle la souffrance de
l’enfant entre en résonance avec celle du parent « abandonné » et prend
une ampleur d’autant plus grande (« Regardez ce que papa -ou maman- NOUS a
fait ! »)
- Très souvent le parent le plus présent auprès de
l’enfant joue un rôle dans cette aliénation.
Ce rôle peut être
- très actif :
haine affichée, pression, lavage de
cerveau systématique.
- moyennement actif :
installer un
climat de défiance, de dénigrement plus ou moins subtil vis à vis de
l’autre parent,et faire vivre l’enfant dans une situation qui l’incite à
valoriser son propre milieu parental au détriment de l’autre :
-
séduction, flatterie, hyper protection et hyper valorisation de
l’enfant
- afficher et utiliser son statut de victime et susciter
activement le phénomène d’ « association de victimes » avec ses
enfants.
- légèrement actif :
Le premier mouvement de
rejet vient de l’enfant lui-même, mais le parent « aliénant » soutient
activement l’enfant dans ce mouvement et se retranche derrière l’ «
envie » de l’enfant pour ne rien faire pour encourager l’enfant à
reprendre contact avec le parent rejeté.
- passif
:
l’autre parent reste neutre et laisse aller les choses sans
réagir, avec une attitude fataliste (« c’est un problème entre l’autre
parent et l’enfant, ce n’est pas à moi à intervenir
»)
UNE VISION SYSTÉMIQUE DE L’ALÉNATION
PARENTALEEn cas de rejet parental avéré de la part d’un
enfant,il est rarement adéquat de considérer qu’ily a nécessairement d’un
côté un parent purement aliénant et de l’autre un parent purement
aliéné.
Je trouve plus adéquat de parler de considérer le phénomène
d’aliénation parentale comme le résultat d’un PROCESSUS d’aliénation que
comme un syndrôme...
Ce processus se joue à trois pôles : le pôle
paternel , le pôle maternel et le pôle « enfant(s) »...
Ce processus
s’inscrit dans une histoire, histoire qui débute à la naissance de(s)
enfant(s) et qui a des prémisses dans la fondation du couple et des
projets de famille dans le chef de chaque conjoint. Dans ce projet
(conscient et inconscient ) est inclus la place et le rôle que chacun
entend donner à l’autre comme père ou comme mère du futur enfant.
Puis,
après la naissance intervient la longue et complexe aventure du tissage
des liens familiaux et des places et rôles de chacun...
Au moment
de la séparation, la crise du couple s’inscrit dans un contexte et une
histoire familiale bien déterminée.
La crise du couple peut avoir
l’effet de radicaliser ou caricaturer des places déjà « installées » du
moins dans l’esprit du partenaire (« Il n’y a aucune raison que tu
prétendes t’occuper des enfants, alors que tu ne t’es jamais intéressé à
eux »).
La crise peut aussi avoir l’effet inverse : bousculer
complètement les liens et rôles qui s’étaient solidement construits jusque
là ( « après de tels mensonges, trahisons, abandon, tu ne mérites plus
toute la confiance qu’on avait mis en toi »).
Sans rentrer dans les
détails, il me paraît clair que le processus d’aliénation parentale peut
dès ce moment se développer soit lentement et insidieusement soit de
manière très rapide, selon l’intensité des émotions, des conflits, et de
l’absence de communication vraie qui amplifie considérablement le
processus.
D’où l’importance considérable de la manière dont la crise
est vécue et gérée au moment de la crise de couple et dans la crise après
séparation : au plus il y a d’incompréhension et de sentiment d’injustice,
au plus les enfants seront en souffrance, pris en otage (les mettant dans
un conflit de loyauté insupportable) aboutissant souvent à la situation
d’aliénation parentale.
Souvent l’aliénation parentale est vécue
par l’enfant comme le seul moyen de sortir du conflit de loyauté en «
choisissant son camp »
La situation d’aliénation parentale est donc
la résultante d’un processus très complexe dans lequel les réactions de
chacun provoquent des réactions complexes chez chacun des autres,
réactions qui à leur tour amplifient les réactions du premier…le résultat
étant souvent une rigidification de plus en plus irréversible des «
positions » de chacun, le comportement rigide de l’un justifiant la
rigidité croissante de l’autre( « Je suis naturellement tolérant, mais ça
je ne peux pas laisser passer ! » ou « je suis bien obligé de me défendre
ou de protéger mes enfants ») .
Cette vision systémique du
phénomène n’exclut évidemment pas que dans certains cas, l’un ou l’autre
parent soit atteint d’une pathologie franche( paranoïa, mégalomanie,
manipulations perverses,, sadisme etc..) ou dans un état d’esprit
destructeur ou vengeur qui nécessite des mesures de protection radicales
et rapides à l’endroit des enfants...
Je pense néanmoins que dans la
plupart des situations d’aliénation parentale,il convient d’agir en
essayant d’abord de comprendre le processus qui a abouti à cette
situation.
( Je soutiens que souvent le parent qui reçoit l’étiquette
de parent « aliénant » réagit par un sursaut d’indignation qui le conforte
dans sa position, se sentant victime d’un jugement injuste de la part de
la société, s’ajoutant au sentiment d’avoir subi un sort injuste de la
part de son ex-conjoint ).
Ensuite, il faudrait pouvoir travailler
à ce que chaque pôle qui fait partie du problème puisse également faire
partie de la solution , en ce compris donc le parent réputé « aliénant
».
Ce n’est qu’en cas d’impossibilité ou d’échec d’une telle approche
que des mesures plus fermes et radicales devraient être mises en place,
tout ceci dans des délais assez rapides.
Le terme d’aliénation
parentale commence à se répandre dans le public et dans les
prétoires.
Il convient d’éviter que ce terme ne devienne un outil de
confrontation de plus que les « parties » peuvent s’envoyer à la figure
pour déstabiliser l’autre dans la foulée des accusations abusives de
harcèlement, d’abus sexuels, de manipulation,...
RÔLE DES
INTERVENANTSDans un tel contexte, les intervenants
judiciaires et psychosociaux jouent souvent un rôle soit de régulateur,
soit, le plus souvent un rôle d’amplificateur des conflits, les
intervenants ( y compris les médiateurs) étant instrumentalisés dans une
logique de confrontation dans laquelle les enfants sont pris également,
amplifiant donc la rigidification des positions des « parties
».
Face à des situations de ce genre, la première question qui
devrait être posée à chaque personne concernée serait ; « sommes nous ou
non en présence d’un enfant qui a rejeté ou qui est en train de rejeter
massivement un de ses parents ? ».
Si le rejet est reconnu, il
convient de demander aux deux parents si ce rejet est ressenti comme une
situation dommageable pour l’enfant ou non.
Ici , à propos de ce
rejet interviendront toute une variété de réponses et de justifications
sur les quelles nous ne nous étendrons pas .
L’essentiel est de
mettre les parents d’accord sur le FAIT qu’il y A ou qu’il y a eu un
PROCESSUS de rejet parental dans le chef de l’enfant (sans désigner par
avance un responsable ou un coupable).
Si les parents reconnaissent que
chacun , enfant compris est CONCERNÉ par l’émergence de ce rejet, que ce
rejet pose un problème, surtoutà l’enfant, on peut leur demander s’ils
sont preneurs d’une démarche qui tenterait de résoudre cette
problématique. ( ex : médiation, guidance parentale...).
S’il y a refus
ou que la démarche révèle la mauvaise foi d’un parent, le parent
responsable du blocage devrait savoir qu’il peut s’attendre à des mesures
contraignantes à son endroit( ex : renversement de l’hebergement
principal).
Il serait entendu au départ que l’intervenant soit actera
l’accord réalisé par les parents, soit fera un rapport au juge sur les
raisons et la responsabilité de l’échec, désignant éventuellement le
parent qui s’oppose à toute collaboration parentale.
D’une manière
globale, humainement et stratégiquement, il me paraît nécessaire au départ
de l’approche de ces problèmes, de mettre l’accent sur la recherche
commune de SOLUTIONS par rapport à un processus que de partir sur la
désignation à priori d’un coupable ou d’un malade.
Il est hautement
souhaitable également que les intervenants agissent sans tarder de concert
avec respect,tact, efficacité et modestie .
BENOIT