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Barreau de Liège
Commission jeunesse ASBL
L'aliénation parentale
21 avril 2006
Aliénation parentale : un concept à haut risque
Jean-Yves HAYEZ et Philippe KINOO
extrait
de la
Revue trimestrielle de droit familial, 4/2005

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DOCTRINE
Aliénation parentale : un
concept à
haut
risque
Jean-Yves
HAYEZ (I),
Philippe
KINOO (2)
Table des
matières
§ I. MOTIVATIONS EN JEU
A. PR a provoqué le refus
1. Les blessures relationnelles profondes
2. Les situations de maltraitance et les abus sexuels
B.
C'est PG qui provoque le refus
C. L'enfant seul provoque le refus
D.
Les causes multiples
§ II. LA RÉDUCTION DES CAUSES À UN CONCEPT UNIQUE : LE SYNDROME D
'
ALIÉNATION PAREN-
TALE
(SAP)
§ III. COMMENT SE PRÉSENTE LA RÉALITÉ DU TERRAIN LORSQU
'
UN PARENT EST REFUSÉ?
A. Deux «actions de refus» bien typées
1) L'allégation d'abus sexuels
2) Les enlèvements d'enfants
B.
Les conséquences sur l'enfant
§ IV. LA PRISE EN CHARGE MULTIDISCIPLINAIRE DES SITUATIONS OÙ
.
UN PARENT EST REFUSÉ
A. L'optique de Gardner et de ses élèves
B. Une vision plus large
1) Le cadre de l'intervention :
a) En position d'expert
b) En position de «consultant unilatéral»
c) En position de psychothérapeute
2) Que décider?
Après séparation du couple parental, il existe dans un nombre non
négligeable de cas des difficultés de «circulation» de l'enfant
(3)
entre ses
parents. Ces difficultés sont plus ou moins importantes et plus ou moins
(I)
Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à la Faculté
de médecine de l'Université catholique de Louvain, directeur de l'Unité de pédopsychiatrie
des Cliniques universitaires St-Luc. Email : jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be
(2)Psychiatre infanto-juvénile. Unité de pédopsychiatrie. Cliniques universitaires St-
Luc
(3)Pour simplifier, nous emploierons le terme «enfant» pour désigner le ou les enfants
issu(s) du couple parental qui s'est séparé. S'il y a plusieurs enfants en jeu, il n'est pas
impossible que la position de chacun par rapport à la circulation entre ses parents soit
différente, mais nous ne le discuterons pas ici.
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ALIÉNATION PARENTALE : UN CONCEPT À HAUT RISQUE
durables, jusqu'au refus total et permanent d'encore séjourner chez un des
parents. Nous appellerons PR (parent refusé) celui qui est l'objet de ces
difficultés et PG (parent gardien) le parent gardien de facto de la vie
quotidienne de l'enfant, chez qui ce celui-ci séjourne (4).
Ces difficultés de circulation se répartissent sur une échelle :
À
l'enfant va chez PR en traînant les pieds, en usant de ficelles pour y
passer le moins de temps possible; il dit s'y ennuyer et à l'adolescence,
les visites se raréfient encore jusqu'à se réduire à leur plus simple
expression.
A l'autre, ce sont des refus totaux, dont certains vont s'avérer irréduc-
tibles, et d'autres aménageables moyennant interventions judiciaire et
sociale fortes.
Le fait que la loi belge déclare depuis avril 1995 que l'autorité
parentale reste conjointe entre les parents légaux séparés, pour peu que
leur conduite éducative ne nuise pas à l'enfant, n'a pas beaucoup changé
ce problème. Ce n'est pas le seul poids d'un texte, assorti de facto de peu de
mesures de surveillance et de contrainte qui est de nature à changer de
profondes dispositions affectives et leurs conséquences comportementa-
les.
§I.
Motivations en
jeu
Les motivations à l'oeuvre pour rendre compte de ces difficultés de
circulation sont complexes et variées. Schématiquement, nous en retien-
drons trois catégories.
Imaginons une sorte de courbe de Gauss. À un extrême se trouve-
raient les situations bloquées dont PR est le principal ou l'unique respon-
sable. A l'autre celles qui sont dues à PG. Au centre, se trouvent les
situations les plus fréquentes, multifactorielles, où chacun y met du sien en
agressivité. Néanmoins, cette référence à une courbe de Gauss qui ne
tiendrait compte que des facteurs «parentaux» est boiteuse, car nous
verrons qu'il y a aussi de rares situations où c'est l'enfant seul qui se
construit sa représentation négative de PR (cfr § 1.C).
(4)
Dans le vocabulaire juridique actuel, on parle maintenant de «parent à qui est confié
l'hébergement principal» et d'«hébergement secondaire». Le terme «garde» est donc juridi-
quement obsolète. Nous l'utilisons ici dans son acception générale : «là où l'enfant est
hébergé à titre principal».
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DOCTRINE
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A.
PR a provoqué le refus
Au premier extrême, c'est donc PR qui a provoqué, principalement
ou exclusivement, que l'enfant le perçoive comme un repoussoir. Percep-
tion liée, en proportions variables, aux comportements passés et actuels de
PR.
1) Les blessures relationnelles profondes
En voici quelques exemples :
— Du temps où le couple vivait ensemble, PR était l'auteur de fortes
violences envers son conjoint (le plus souvent, l'homme envers la
femme). Que l'enfant ait ou non reçu des coups lui-même n'y change
pas grand-chose : il s'est imprimé dans son psychisme l'image d'un
adulte violent, qui a fait du mal à PG que l'enfant aime et parfois
protège ou défend.
— Du temps où le couple vivait ensemble, PR n'investissait en rien
l'enfant. Après la séparation, il ne se met à réclamer des visites que
tardivement; sa motivation principale semble être de continuer à har-
celer son ex, plus que de chérir vraiment l'enfant (Hester et Ralford,
1996). Ou alors, la motivation de PR est plus carrément financière et
inavouée (5).
PR s'est remis en ménage avec un compagnon ou une compagne qui
n'aime pas l'enfant et le manifeste de façon subtile ou grossière. Ce que
l'enfant refuse, en fait, c'est de fréquenter le système constitué par PR
et son nouveau conjoint. Implicitement, il reproche à PR son ineffica-
cité ou sa lâcheté au moment où il faudrait le défendre lui, l'enfant,
contre l'injustice du «nouveau».
— PR — le plus souvent le père
a «plaqué» femme et enfants pour se
jeter dans les bras d'une (très) jeune femme. Nombre de grands enfants
et d'adolescents ne peuvent pas lui pardonner cette trahison qui les
laisse orphelins, parfois brutalement, qui introduit gêne matérielle et
souffrance morale dans la famille délaissée... tout ça pour du sexe ou
de l'illusion de jeunesse retrouvée.
(5)
Le fait de réclamer un hébergement alterné par exemple et de le voir accordé peut
avoir pour conséquence que PR n'ait plus de pension alimentaire à payer. Une fois sa requête
acceptée,
de facto,
il ne demande à recevoir l'enfant qu'irrégulièrement, et ce dernier devine
bien qu'il n'est qu'une sorte de marchandise.
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2)
Les situations de maltraitante et les abus sexuels
Les enfants qui, lors d'un séjour chez un parent, ont été abusés
sexuellement par celui-ci ou par un de ses proches, se plaignent-ils sponta-
nément ou refusent-ils sous l'un ou l'autre prétexte d'encore fréquenter ce
parent? C'est le cas pour une minorité d'entre eux, les plus grands surtout,
soit qu'ils verbalisent ce qui leur est arrivé (vraiment rare!), soit qu'ils
montrent leur souffrance et leur refus à travers les signes nouveaux d'un
comportement perturbé. Mais la majorité de ces enfants abusés sont des
enfants (très) jeunes qui le sont de façon soft et qui ne comprennent pas
bien ce qui leur arrive; donc ils ne se plaignent pas et c'est par hasard que
PG découvre qu'il y a eu abus
(6);
ou alors, ces petits enfants ont quand
même la vague intuition qu'il s'est passé quelque chose d'anormal et,
presque sans le vouloir consciemment, ils font passer à PG un «innocent»
test de vérification («Maman, tu mets aussi ton doigt dans ma mimine?»
demandera telle petite fille au bain). Il s'ensuit alors une cascade d'interro-
gations et de réactions émotionnelles entre l'enfant et PG. Quelques fois,
PG peut réagir en cherchant avec délicatesse, sans tout de suite dramati-
ser, une aide pour comprendre et résoudre le problème. Mais bien plus
souvent, les réactions émotionnelles anxieuses, indignées, hostiles de PG
poussent l'enfant à épouser étroitement l'indignation et le refus de PG,
quitte parfois à en remettre et à se calquer sur une part de débordement
imaginaire chez ce dernier.
B.
C'est
PG
qui provoque le refus
1) À l'autre extrême, c'est PG qui dysfonctionne principalement :
dans ce cas, il mérite l'appellation de parent aliénant. Il détourne l'enfant
du contact avec PR en dénigrant ce dernier d'une manière non justifiée,
soit totalement, soit en tout cas via des exagérations non fondées.
PG peut agir seul, souvent en raison d'une forte problématique
psychologique personnelle : psychose (très rarement), sentiments de persé-
cution, histoire de vie particulièrement lourde, dont des éléments sont
projetés indûment sur PR. Il n'est pas rare alors qu'il reconstitue un petit
château fort bien barricadé, socialement isolé, dans lequel il s'enferme
avec l'enfant. Surtout quand il vit seul avec l'enfant, sa manière de
dénigrer PR peut être des plus subtiles et n'être mise en évidence que par
(6) Par pur hasard? Ici, la mémoire d'évocation du petit fonctionne spontanément,
activée par un stimulus anodin, sans que PG lui ait posé la moindre question. Ou alors, en
jouant à haute voix — par exemple avec ses poupées --, l'enfant remet en scène plutôt
clairement ce qui lui est arrivé et PG qui est dans les parages l'entend... (Hayez et de Becker,
1997).
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une observation attentive. Par exemple, PG manipule les souvenirs an-
ciens de l'enfant; il parle de façon méprisante et négative de PR à des tiers
sans s'adresser directement à l'enfant; il leur fait notamment remarquer
toutes les injustices que PR lui a fait subir; il organise les visites chez PR à
des moments frustrants pour l'enfant et organise des «passages» laborieux
(Van Gijseghem, 2003).
Plus souvent néanmoins, PG dispose d'alliés dans sa famille d'ori-
gine. Il n'est même pas rare que ce soient les propres parents de PG qui
enveniment les choses : ici, la haine, le besoin de posséder l'enfant ou PG
et l'enfant, sont le plus souvent à l'oeuvre.
On voit donc que aliénant est à prendre avec un double effet. Par son
dysfonctionnement, PG aliène (rend étranger) le PR à l'enfant. Mais aussi,
en ce faisant, PG va aliéner l'enfant à lui-même, le pousser dans le non-
sens. Il n'y a pas si longtemps, on qualifiait les fous "d'aliénés" : devenus
des étrangers à eux-mêmes et au monde, hors réalité. C'est de cette sorte
d'aliénation qu'il s'agit quand un PG abuse de son pouvoir psychologique
pour détruire l'image construite par l'enfant lui-même, et pour y imposer
la sienne.
C'est dans ce contexte de vraie aliénation que de fausses allégations
d'abus sexuel sont portées à l'égard de PR. Il faut garder toutefois la tête
froide à propos de l'épidémiologie de celles-ci. Contrairement à ce que dit
la rumeur, elles ne sont pas en extension (7) ou plutôt elles ne sont plus en
extension. Après un «pic» entre 1996 et 1999, elles sont revenues actuelle-
ment au niveau d'avant ce pic.
Le parent aliénant est parfois de bonne foi, et réellement convaincu
d'un abus ou d'attouchements. Il le fait en référence à ses propres vécus et
problèmes psychologiques, qu'il projette sur l'enfant. Parfois au contraire,
il invente délibérément. «C'est ma mère qui m'a dit qu'avec cette plainte,
je gagnerai sûrement mon divorce», reconnaîtra dépitée une maman, plus
inconsciente des effets de son accusation que réellement haineuse. Mais le
plus souvent, l'allégation d'abus survient dans un contexte de conflit, de
haine, de peur, où le moindre élément (une rougeur près des zones
génitales, un geste de l'enfant, etc.) devient symptôme puis conviction
(Kinoo, 1999).
Quelle que soit la situation, ce sont des familles ôù une prise en charge
thérapeutique impliquant l'enfant et ses deux parents est nécessaire. L'in-
tervention de la justice seule est rarement une solution suffisante (Kinoo,
1998 et Dandoy, Kinoo, Vandermeersch, 2003).
(7)
Les allégations d'abus existeraient dans 5 à 7 % des séparations parentales qui sont
restées très tendues au fil du temps (Viaux, 2001).
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2) Il y a aussi les dramatiques problèmes liés à la différence culturelle
ou religieuse qui pèse de tout son poids après la séparation du couple,
souvent un couple de deux nationalités différentes. Ici, un des partenaires,
souvent le père, n'hésitera pas à enlever activement l'enfant ou à ne pas le
restituer après un séjour chez lui; faisant fi de l'attachement qui existait
entre l'enfant et l'autre parent, il coupera radicalement le premier de tout
contact avec le second. Une motivation d'orgueil et de haine contre l'ex-
conjoint s'ajoute fréquemment aux raisons d'ordre culturel et religieux et,
malheureusement, les législations du pays où l'enfant a été emmené
peuvent soutenir le parent aliénant.
C. — L'enfant seul provoque le refus
Dans d'autres cas, pas très nombreux non plus, le refus dirigé vers PR
est principalement le fait du seul enfant. Les tranches d'âge concernées ici
sont les enfants en âge préscolaire et les préadolescents ou les adolescents.
Consciemment et fondamentalement, PG préférerait que ce refus n'existe
pas, car il lui complique la vie. PR, lui, ne croit pas facilement que c'est
l'enfant qui est en cause et accuse PG; celui-ci se voit doublement victime :
de son ex-conjoint et de l'enfant; il essaie donc de faire changer l'option de
ce dernier, mais en vain (8).
A l'origine de ces refus, on peut invoquer :
Surtout chez les plus jeunes, la simple angoisse à anticiper la rencontre
avec PR, devenu lointain et étranger; l'angoisse que ce parent ne
découvre les désirs oedipiens de l'enfant et ne le punisse pour cela
(«Papa ne peut pas savoir que je me sens le petit homme de maman»).
— La très banale angoisse surajoutée d'être réprimandé et puni parce
qu'on a été irrégulier ou de mauvaise humeur lors des visites précéden-
tes (faille qui se creuse de plus en plus, de ce seul chef).
Le conflit de loyauté que l'enfant éprouve tout seul après la séparation,
surtout si celle-ci reste litigieuse entre adultes; une manière simple de
s'en sortir est de se représenter qu'il y a un bon et un mauvais parent et
d'agir en conséquence (Van Gijseghem, 2003, p 25).
D. — Les causes multiples
Néanmoins, dans la majorité des situations où un parent est refusé,
les causes sont multiples. Chacun y met toujours du sien actuellement dans
(8)
Si PG se montre trop passif et silencieux par rapport au choix de l'enfant, en arguant :
«C'est lui qui décide», on glisse
de facto
vers la catégorie D, multifactorielle.
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le conflit, mais, dans l'histoire du couple et de la famille, chacun a joué sa
part de rôle négatif.
En voici trois exemples :
— Quand le couple vivait encore ensemble, le père apparaissait comme
plutôt dur avec la mère et «loin» affectivement de l'enfant; après
séparation, il continue à faire beaucoup d'ennuis à la mère; il a l'air
d'exiger les visites de l'enfant «pour le principe» et n'a pas su s'occuper
positivement de lui les quelques premières fois où l'enfant a été le voir.
La mère ne l'aime pas, ça c'est clair; même si elle ne le désigne pas
ouvertement, elle est incapable de faire passer l'image du «bon père»
qu'il n'a pas été jusqu'à présent. Les grands parents maternels sont
bien présents et sur la même longueur d'onde que leur fille. L'enfant est
anxieux, ou très attaché à la mère ...
L'amplification «de bonne foi» de certaines inquiétudes sexuelles (un
anus un peu rouge devient un anus possiblement abusé). La maman ne
fait rien, ne consultera pas, et ne porte pas plainte, mais son inquiétude
alimente le cercle vicieux qui entraîne la situation vers le refus.
De très forts et très clairs conflits existent depuis toujours entre les
parents et expriment leur rivalité et la volonté de pouvoir de chacun sur
l'autre. Quoi que les parents prétendent, l'enfant n'a jamais vraiment
compté foncièrement comme personne dans ces conflits : objet de
litige, objet que l'on se dispute, objet de chantages, il est manipulé
au
moins inconsciemment
par chacun des parents. Quand l'un des deux
en a la garde au quotidien, il l'accapare jalousement. L'autre parent
hurle, mais ferait exactement la même chose si, d'aventure, l'enfant
tombait dans ses mains. Ce dernier choisit prudemment de se confor-
mer aux propos du camp dans lequel il réside pour le moment.
C'est aussi au sein de ces situations multifactorielles qu'on peut situer
le mécanisme de «transmission inconsciente» par un parent de l'image
négative qu'il a de l'autre. L'enfant capte les composantes souvent subtiles
de cette transmission inconsciente et fait siennes les idées et les affects les
plus intimes de ce parent.
§II.
La
réduction des causes à un concept unique :
le syndrome d'aliénation parentale (SAP)
Il y a une vingtaine d'années, concernant ces situations qui existent
depuis bien longtemps, un psychiatre nord-américain,
R.
Gardner, a
donné une identité officielle sous forme de nouveau concept, le syndrome
d'aliénation parentale (Gardner, 1992); il lui a donné aussi «une appa-
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"
ALIÉNATION PARENTALE : UN CONCEPT À HAUT RISQUE
rence scientifique», en schématisant et en résumant sa description en
critères cliniques très concrets, dont la présence en nombre significatif
doit faire diagnostiquer la présence de son syndrome (comme les trou-
bles psychiatriques décrits dans le DSM IV). Les plus importants tour-
nent autour du dénigrement inobjectif et passionné de PR (et de ses
alliés) par l'enfant sous l'influence déterminante de PG (et de ses alliés).
Gardner y inclut un critère qui coupe l'herbe sous le pied à tout doute et
à toute critique : dans l'ambiance générale de sa description, l'enfant
aliéné serait incapable d'avoir une pensée personnelle tout en affirmant
vigoureusement qu'il en a une : l'enfant, selon l'auteur, se prétend être
un «penseur indépendant» et insiste à ce propos, et l'auteur y voit
précisément la preuve qu'il ne l'est pas. Cette certitude gardnerienne
semble bien imprudente et généralisante et être plus de l'ordre de la
vérité sectaire que de l'ouverture au réel à l'oeuvre, avec toutes ses
nuances ! Si l'on suivait strictement Gardner, l'examinateur écoutant
l'enfant qui dit à sa manière : «J'ai pensé tout seul», ne peut faire de cette
déclaration qu'un déni de la réalité renforçant l'idée que l'on est bien
face à un SAP!
Certains scientifiques, pas en très grand nombre, ont suivi Gardner et
continué à promouvoir l'idée du SAP (par exemple Lovenstein, 1998;
Major 2000). Parmi les tentatives les plus dangereuses et confusionnantes
dans ses effets potentiels, il y a celle de Kelly (2001), qui a coupé la
définition clinique de tout lien étiologique : dans sa perspective, dès qu'un
enfant dénigre un parent de façon disproportionnée par rapport à la
réalité et ne veut plus aller en visite chez lui, il s'agit d'un SAP, quel que
soit le panachage des responsabilités en jeu!
Ce cadre conceptuel étant proposé, il s'est passé -ce que l'on pouvait
redouter : on y a fait entrer beaucoup de vignettes cliniques. Parfois de
bien légères, sans examiner soigneusement si l'on correspondait vraiment
aux critères gardneriens officiels, qui, eux, ont au moins une pondération
de gravité. Mais surtout sans grand souci de l'étiologie, ce qui revient à
dire que l'on étiquette indûment comme parents activement aliénants
nombre de PG relevant de la catégorie majoritaire des causalités multifac-
torielles que nous venons d'évoquer.
Ce «remplissage en vrac» a parfois été le fait d'intervenants naïfs et
peu formés, à la recherche d'une sécurité intellectuelle et de recettes pour
guider leur action.
Mais, dans le chef d'autres promoteurs du concept, c'est une stratégie
beaucoup plus concertée. Des associations composées de parents refusés
en grande partie des pères
prétendent haut et fort que, pour chacune
de leurs situations particulières, on se trouve bel et bien dans le cadre
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d'une aliénation parentale
(9)
.
Et elles se sont souvent constituées en
véritables lobbies, cherchant à influencer les scientifiques, les magistrats,
l'opinion publique, etc. Or, la composition de ces groupes est plus com-
plexe qu'il n'en a l'air : à côté d'une présence minoritaire de parents
réellement victimes d'injustice et d'aliénation, il y en a davantage qui sont
en bagarre et en rivalité perdurant avec leur ex-conjoint : sorte d'énormes
bras de fer où ce qui compte, ce n'est pas vraiment le bonheur de l'enfant,
mais plutôt finir par l'emporter sur l'autre. Ces lobbies sont souvent
intellectuellement puissants et leurs membres ont des statuts sociaux forts
et donc leurs revendications et leurs pressions sur les idées de la commu-
nauté sont efficaces. Les mouvements féministes voient même dans celles-
ci une passe d'armes plus générale dans la lutte sociale entre le pouvoir des
hommes et celui des femmes
(1
°
)
(Côté, 2000).
Certains professionnels ont fait chorus aux côtés de ces associations
de parents refusés : ce sont surtout des «super-spécialistes» des questions
de séparation conjugale, notamment ceux qui se sont formés aux métho-
des de diagnostic et de traitement promues par Gardner, et qui sont ici
juges et parties : si beaucoup de tribunaux rendent beaucoup de jugements
attestant d'un SAP, cela renforce la notoriété du SAP, et, du même coup,
leur propre notoriété professionnelle. Aux USA, le marché financier d'un
tel domaine est juteux. Nous osons croire que ce n'est pas le cas en
Belgique ni en France... Par contre, une croyance trop grande à des
critères qu'on voudrait scientifiques dans un tel domaine peut aveugler.
Science sans conscience...
§ III. — Comment se présente la réalité du terrain
lorsqu'un parent est refusé?
En référence à la diversité potentielle des causes, ce qui se passe sur le
terrain est des plus variables. Dans un fatras fréquent de revendications,
de bras de fer, de mensonges, de manipulation et d'extrême tension
relationnelle, on ne devrait confier l'examen de telles situations qu'à des
professionnels chevronnés. Nous y reviendrons.
(9) Ce sont les mêmes lobbies qui revendiquent énergiquement l'hébergement alterné
comme «la» solution de vie pour l'enfant après la séparation.
10) Il faut quand même se rappeler que, dans la majorité des cas après séparation,
l'hébergement et l'autorité
effectives
restent exercés principalement par la mère,
et que ça
arrange bien tout le monde,
même si la loi a mis en place l'idée de l'autorité conjointe. Dans
un certain nombre de cas où l'hébergement alterné a été demandé et obtenu, cela reste un
résultat de principe : sur le terrain, la majorité des tâches et des moments de séjour restent
affectés à la mère.
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ALIÉNATION PARENTALE : UN CONCEPT À HAUT RISQUE
Selon les étiologies, l'écoute de chacun dans ce qu'il vit aujourd'hui et
la reconstruction patiente de l'histoire familiale mettront en évidence des
éléments important ... mais dont la signification ne peut être interprétée
qu'avec une très grande prudence. Attention aux déductions hâtives et aux
subtilités non apparentes à une écoute superficielle ! Dans ces histoires
compliquées, il faut se souvenir que chacun est susceptible de penser pour
son propre compte et de manigancer, y inclus l'enfant.
Attention aussi aux conclusions basées sur l'écoute du discours d'un
seul parent.
A. — Deux «actions de refus» bien typées
1) L'allégation d'abus sexuels
Parmi les expériences évoquées, il y a de temps en temps l'allégation
d'abus sexuel : ce sont PG et l'enfant qui l'énoncent, chacun avec une
intensité, un degré de concret et une fiabilité variables au regard des
méthodes et grilles d'analyse du discours bien codifiées et validées (essen-
tiellement le statement validation analysis d'origine québécoise). Ces der-
niers temps, le seul énoncé de l'allégation provoque un grand réflexe de
crispation chez beaucoup d'intervenants, a priori qui joue actuellement
davantage au détriment du parent et de l'enfant qui accusent que du
parent accusé. Ces parents accusateurs — souvent des mères — risquent
même de perdre la garde de l'enfant si on ne trouve pas de preuves claires
à l'appui de leurs dires. A tout le moins se montre-t-on souvent inerte pour
suspendre les contacts entre l'enfant et le parent suspect, même au mo-
ment de l'instruction judiciaire; et si PG se rebiffe face à ce qu'il croit être
la répétition d'un danger pour son enfant, il peut s'attendre aux pires
ennuis (Hayez, 2004) ! Tout cela est-il bien serein et juste?
2) Les enlèvements d'enfants
Qu'en est-il de l'enlèvement d'enfants dans le contexte de la séparation
parentale?
En 2001, N. de Vroede, alors premier substitut au parquet de Bruxel-
les, avançait les chiffres très élevés de 17 enfants «déplacés» chaque mois
(de la Belgique vers l'étranger), sans le consentement du parent resté en
Belgique. Réciproquement, 12 enfants étaient déplacés chaque mois vers
la Belgique. Deux tiers des parents «déplaçant» étaient belges, tout
comme deux tiers des parents à qui l'on soustrayait l'enfant (N. de Vroede,
2001).
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Néanmoins, le terme «déplacés» est un fourre-tout dans lequel il faut
distinguer :
De véritables kidnappings, plus ou moins effrayants (minoritaires), et
des décisions unilatérales de mettre fin à un droit de visite rendu à PR,
avec ou sans déménagement, voire changement de pays dans le chef de
PG (majoritaires).
Des phénomènes transitoires, auxquels succédera une laborieuse re-
prise de contacts avec PR, et d'autres programmés comme définitifs
par le parent auteur de la «soustraction» de l'enfant . Parmi ces
derniers, on relève :
les fuites à l'étranger de PG épuisé par un très long bras de fer avec les
institutions, notamment judiciaires, parents qui restent persuadés
parfois à tort, parfois à raison
que les contacts avec PR sont
dangereux... (minoritaires);
— les enlèvements internationaux émanant d'un vrai parent aliénant :
surtout Nord/Nord quand il s'agit de mères toutes-puissantes, qui
nient la place du père sous des argumentations fallacieuses....et Nord/
Sud quand ce sont des pères, chez qui s'intriquent des dimensions
narcissiques, d'autres liées à leur image sociale, et des considérations
culturelles ou religieuses.
B.
Les conséquences sur l'enfant
Dans les cas où PG est effectivement aliénant, les conséquences
psychologiques sur l'enfant ne sont évidemment pas minces.
Surtout au fur et à mesure que celui-ci grandit, il n'est pas rare qu'il se
rende compte de sa propre inobjectivité lorsqu'il dénigre PR; cette
prise de conscience est au moins partielle et intuitive, mais l'enfant
continue néanmoins souvent à dénigrer PR :
– Par conformisme prudent; mais alors il se sent secrètement coupable
de sa trahison : son plaisir de vivre diminue et il peut chercher à
s'autopunir de l'une ou l'autre façon (11)
– Par orgueil : tout, plutôt que d'avouer que l'on s'est trompé! Alors,
on en remet, plus que jamais, en faisant l'étalage plus intransigeant
que jamais des fautes de «l'accusé».
— Ailleurs, l'enfant suggestionné demeure de bonne foi. Néanmoins,
même alors, ça ne lui fait pas du bien que le parent aliénant présente de
façon si récurrente PR comme un vrai monstre. Cela peut l'angoisser,
(11) Par exemple, ce pourrait être l'origine de «sabotages» de la réussite de soi, via échecs
scolaires ou professionnels.
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surtout s'il est petit («Un monstre, ça peut surgir n'importe quand avec
un sac pour vous kidnapper, n'est-ce pas?»). Ça peut aussi rendre
l'enfant triste et préoccupé, même s'il ne le montre pas trop : il ne peut
pas se référer à un papa et à une maman, séparés ou non, comme le font
la grande majorité de ses copains; c'est toujours la monotonie d'un seul
parent, et il ne peut jamais se sentir ni se déclarer fier de l'autre. Il y a
probablement aussi des failles dans la construction de son identité,
surtout s'il est du même sexe que le parent honni : le parent gardien
supposons la mère
aura beau veiller à des contacts amicaux avec
d'autres hommes et même se remettre en ménage avec un de ceux-ci,
possible substitut paternel pour l'enfant; elle n'enlève rien au fait
qu'elle désavoue indûment la semence et le désir d'homme dont l'en-
fant est issu; celui-ci pressent l'interdiction imméritée de s'identifier
à
son père et peine à aller chercher beaucoup de références sexuées
positives ailleurs; il a même du mal à croire à la valeur de sa propre
masculinité, c'est-à-dire à celle des ressources sexuées présentes en lui
— lui qui est issu de ce père déclaré si mauvais...
Autre évolution possible, c'est l'évolution «caractérielle». On voit
alors que si, dans un premier temps, PG et enfant ont été en alliance
forte et en grande proximité affective pour lutter contre PR, dans un
deuxième temps (à l'adolescence le plus souvent), l'enfant utilise les
mêmes attitudes de haine, d'irrespect, de violence, de refus d'autorité
contre PG, tout en continuant à refuser PR.
Une fois devenu grand adolescent ou adulte, fait-il mieux la part des
choses et reprend-il contact avec PR? H. Van Gijseghem pense que ce
n'est jamais le cas (Van Gijseghem, 2003). Ce n'est pas notre expé-
rience. Nous avons constaté pour notre part que c'est lié à la passivité
soumise ou à la haine active que le jeune a exprimée les années
précédentes. Plus il a été actif et en colère, moins il lui sera facile de
penser qu'il pourrait se réconcilier avec PR, c'est-à-dire, en quelque
sorte, obtenir le pardon de celui-ci. Mais ce n'est jamais impossible!
§IV. — La prise en charge
multidisciplinaire
des situations
où un
parent
est refusé
A. —
L'optique de Gardner et de ses élèves
Comme expliqué plus haut, ce groupe de professionnels montre une
tendance abusive à interpréter les comportements de mise à distance de
PR comme émanant des seules mauvaises influences de PG et à faire
rapidement de ce gardien un «parent aliénant». Partant, explique Gard-
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ner, il faut toujours mettre beaucoup d'énergie à maintenir une relation
spirituelle positive et des contacts concrets entre l'enfant et PR. Cela
nécessite énormément de ténacité de la part des intervenants et le plus
souvent une intervention judiciaire appuyée.
Dans les refus moyens ou légers, ces contacts finissent par être
restaurés et/ou maintenus; parfois le minimum acceptable est qu'ils aient
lieu dans des centres de médiation spécialisée, sous la supervision de tiers
professionnels (12).
Dans les cas graves par contre, le refus de l'enfant persiste et Gardner
y voit «la» preuve que PG est aliénant. Il fait donc procéder aux grandes
manoeuvres, c'est-à-dire qu'il propose de faire résider l'enfant chez PR —
refusé jusqu'alors. Dès lors, c'est l'autre parent (l'ex-PG) qui ne peut
rendre à l'enfant que des visites contrôlées dans un centre «Espace-
rencontre». Contacts dont, au demeurant, il assumera la charge finan-
cière. De surcroît, on met souvent en place une thérapie individuelle censée
déconditionner l'enfant de l'influence néfaste du parent aliénant et lui
réapprendre à aimer son nouveau PG. On met également en place des
entretiens spécialisés avec ce dernier, pour chercher des moyens positifs de
gérer le quotidien de l'enfant et de lui faire des commentaires judicieux sur
la situation.
B. —
Une vision plus large
Tout n'est pas à rejeter dans cette méthodologie
gardnerienne,
mais
elle généralise et elle réduit trop les problèmes à une causalité linéaire
simpliste :
«Parent gardien exerçant une mauvaise influence/ enfant victime
qui s'ignore».
Pour bien comprendre les interventions à faire, il importe de clarifier
d'abord le cadre de l'intervention, puis les éventuelles décisions à prendre.
1)
Le cadre de l'intervention :
Trois types d'interventions sont possibles dans de telles situations.
Il y a l'expertise
une mission clairement définie par un mandat
judiciaire — qui vise à aider le juge à mieux comprendre et à décider en
fonction des éléments psychologiques et relationnels en cause. Un
rapport clôture bien évidemment ce travail.
(12)
Ces centres de rencontre entre un parent contesté et l'enfant existent en Belgique
sous différentes appellations. L'enfant y passe en général jusqu'à une demi-journée avec son
parent, sous la supervision de professionnels (psychologues, travailleurs sociaux) formés à la
gestion de ces relations difficiles. Dans la suite du texte, nous les appellerons «Espace-
rencontre», conformément à la nomenclature belge
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— Il y a l'intervention comme consultant unilatéral, à la demande d'un
des parents. Il ne s'agit pas d'une expertise puisque ce n'est pas le
tribunal qui fait la demande. Cependant, le parent demande explicite-
ment un rapport — unilatéral
pour une procédure judiciaire. L'in-
tervention est donc ici également dans le champ judiciaire et ne peut
être considérée comme un acte thérapeutique.
— Il y a enfin des interventions à visée thérapeutique, où il y a une
demande d'aide, hors champ judiciaire.
Chaque situation référée doit être examinée sans
a priori
par une
petite équipe constituée de professionnels expérimentés (psys, travailleurs
sociaux, médiateurs, etc.) (Viaux, 2001)
(13)
. Voici quelques repères utiles
dans la mise en place du cadre de travail :
a)
En position d'expert
Si l'on fonctionne en position d'expert à la demande d'une Instance
officielle, il n'y a pas de problème pour recevoir les trois protagonistes du
drame qui se joue. Une petite équipe sereine composée idéalement de deux
ou trois personnes, permet de recevoir chacun
séparément.
En effet, il n'est
pas souhaitable de recevoir ensemble l'enfant
et
PG, celui-ci étant suscep-
tible d'influencer négativement celui-là en présence de l'intervenant em-
barrassé et passif (et donc confirmant involontairement le discours de
PG), ou se montrant rapidement dubitatif et hostile (et donc, entravant
l'alliance entre l'enfant et lui) (Hayez, de Becker, 1997). Corollairement, il
n'est pas judicieux non plus de mettre en présence d'emblée l'enfant et PR.
Cette étape de travail n'est envisageable que si l'expert entrevoit la possi-
bilité, ce faisant, d'avancer vers un dénouement du refus de contact dans le
cadre de l'expertise. C'est ce que le jargon juridique appelle une «tentative
de conciliation pendant l'expertise».
Si l'enfant est censé être trop anxieux ou trop jeune pour venir seul à
un entretien, on peut le faire accompagner par une personne de confiance
qui n'est pas le parent gardien; prendre beaucoup de temps pour l'appri-
voiser en parlant de choses générales; après, essayer quand même de le
recevoir seul.
Il est souvent inutile de recevoir les alliés de chaque parent; il est
superflu et très insécurisant pour l'enfant d'interroger des personnes
tierces (son école, son médecin traitant, son thérapeute). Par contre, on
lira très attentivement tous les documents liés à l'affaire et que chaque
(13)
Viaux ajoute sagement que cette petite équipe doit être neutre et sereine, c'est-à-dire
qu'il faut interdire tout examen qui serait pratiqué par des psy appartenant à telle ou telle
association de défense de soi-disant droits parentaux.
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parent a en sa possession (rapports médicaux et psychologiques; docu-
ments judiciaires préalables, etc.)
b) En position de (<consultant unilatéral»
Si l'on a accepté de travailler à la seule demande du PG, la décision de
convoquer également et à un moment judicieux PR est de la responsa-
bilité de l'intervenant et se prend au cas par cas. «Le moment
judicieux» est en fait le plus vite possible. Plus on avance avec un seul
parent, plus l'autre parent nous identifiera comme «de l'autre camp».
Ceci est encore plus vrai dans les interventions «c», en position de
thérapeute.
Dans ce contexte particulier, on gagne à faire signer tout de suite un
document par PG, le demandeur, où :
– Il s'engage à fournir en lecture tous les documents en sa possession,
sans la moindre restriction. Si l'on constate qu'il ne respecte pas cette
règle, il doit savoir que l'on mettra fin sur-le-champ aux investiga-
tions entamées. L'expérience a montré que cette précaution était des
plus utiles, pour éviter oublis ou manipulations volontaires;
– Il marque son accord pour que le rapport écrit qui clôture le travail
soit envoyé par l'intervenant à quiconque celui-ci trouve judicieux,
donc éventuellement à PR ou à l'avocat de celui-ci si cela peut aider
l'enfant positivement.
Si l'on accepte de travailler à la seule demande de PR, tout ce qui vient
d'être dit demeure d'application. Entre autres, s'il persiste quand même
de rares visites de l'enfant au domicile de PR, la décision de le recevoir
à cette occasion se prend au cas par cas.
c) En position de psychothérapeute
(14)
Il arrive aussi que PG ou PR s'adresse au psychologue ou au pédo-
psychiatre non pour obtenir un rapport sur la situation, mais avec un
souhait de trouver un aide pour résoudre le problème. C'est du moins ce
qui est déclaré!
Dans ces cas, il est nécessaire, avant de voir l'enfant, de rencontrer
chacun des parents, ensemble ou séparément. Si, dans ces situations
tendues, on peut rencontrer l'enfant en lui annonçant qu'on a déjà pu
parler avec ses deux parents, on crée pour lui un espace de travail et de
(14)
Voir à ce sujet le chapitre «Allégations d'abus sexuels, séparation parentale et prise
en charge thérapeutique» de Ph. KINOO (in N.
DANDOY,
Ph.
KINOO
et D.
VANDERMEESCH,
2003).
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....."
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confiance tout différent que si un seul parent a été rencontré (Kinoo,
2001) .
Dans cette situation, il y a un engagement formel de l'intervenant à ne
pas rédiger de rapport. On est alors dans un cadre thérapeutique, et la
confiance nécessaire entraîne l'application d'un strict secret professionnel.
2)
Que décider?
Dans les deux extrêmes de la courbe de Gauss déjà évoquée, c'est
relativement simple :
a) De rares fois, il est clair que le parent gardien actuel est un agent
hautement toxique, en ordre principal ou exclusif (par exemple : mère en
perpétuel débordement émotionnel, paranoïde, sans la moindre objecti-
vité, qui entraîne indéfiniment l'enfant dans une forte ambiance de
persécution; quelques rares cas de psychose (15) ; parent qui a déjà arraché
un enfant à l'autre parent, bien investi et aimé, dans le cadre d'un
enlèvement religieux, culturel ou narcissique).
Alors, on doit le plus souvent confier l'enfant en garde à celui qui
était jusqu'alors le parent refusé (ou à celui de qui il a été violemment
arraché), avec les soutiens psychologiques nécessaires pour assurer la
transition. Aussi longtemps que son attitude ou sa conviction ne changent
pas, le parent jusqu'alors gardien ne doit plus avoir avec l'enfant que des
contacts réduits et accompagnés, et encore, s'il parvient à ne pas s'y
montrer négatif lorsqu'on les met en place. Les contacts informels doivent
être interdits (lettres, téléphone, contacts surprise à la sortie de l'école,
etc.). Ce parent jusqu'alors gardien, très frustré et malheureux de la
décision prise, doit être soutenu psychologiquement lui aussi, dans toute la
mesure du possible.
Dans de rares cas de cette catégorie, le parent jusqu'alors refusé n'est
guère disponible pour élever l'enfant au quotidien lui non plus, et il faut
envisager un placement de l'enfant en milieu tiers avec un bon encadre-
ment psychologique (famille élargie, famille d'accueil, maison d'enfants,
etc.). A noter que l'indication du placement, c'est l'indisponibilité du
parent jusqu'alors refusé et non une quelconque volonté de ménager le
parent jusqu'alors gardien, dont on redouterait les réactions !
On conçoit sans peine qu'un cadre judiciaire vigilant et ses services
sociaux exécutifs sont absolument nécessaires dans ces situations.
(I5) Quoi qu'on en pense, la psychose d'un parent est rarement la cause d'un refus de
contact de l'enfant avec l'autre parent. Cela arrive, certes, que des éléments délirants soient à
la base du refus, mais c'est bien moins fréquent que la haine ou la vengeance.
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