
I. Il serait
artificiel d'imaginer une sorte de chronogramme où, au début, l'intention du
consultant 11 et le résultat obtenu
par lui seraient strictement diagnostiques, et seraient suivis d'une intention
et d'un résultat thérapeutiques. En réalité, les intentions sont plus mixtes,
tout comme les effets obtenus.
Souvent, il existe d'emblée un effet thérapeutique
( ou pathogène ) lié à bien des paramètres qualités ( ou défauts )
de l'accueil par le consultant ; effet
libératoire (... ou anxiogène) de la parole qui se dit ; fantasmes liés, chez
le client, à l'acte de consulter ( se sentir privilégié, pris au
sérieux ... ou stigmatisé ) ; qualité des interventions précoces
du consultant, etc ... .
Le plus souvent aussi, le processus diagnostique dure
tout au long de la relation d'aide : parents et enfants ne cessent d'apporter
des informations qui devraient conserver un statut mouvant
" kaléidoscope diagnostique ...".
II. Au début
néanmoins, l'intention explicite principale de beaucoup de consultants est de
mieux comprendre la situation, l'être de l'enfant et de sa famille, tout en
assumant qu'ils ne pourront jamais tout comprendre, et que leur intervention
est immédiatement susceptible de s'avérer soulageante ou aggravante ; au fil du
temps, et selon les tempéraments et écoles de chacun, l'intention thérapeutique
se fait plus explicite, tout en assumant que le
" diagnostic " de référence est toujours susceptible d'être
remis en question. Partant de ces " intentions explicites
principales " successives dans le chef du consultant, et, conscient
d'être schématique, je distinguerai donc quand-même :
Chapitre II
Une étape qui se veut principalement diagnostique 12
§ I - LES PARTENAIRES DES ENTRETIENS
L'étape diagnostique peut démarrer d'un premier
entretien, où l'on a laissé aux interlocuteurs familiaux 13 la liberté de choisir qui seront les
membres présents.
Dans la mesure du possible, il y aura aussi un ou
plusieurs entretiens avec l'enfant, consacrés à dialoguer avec lui, à interagir
autour de supports dits " figurés ",
" imaginaires " ou " projectifs ",
( jeux, dessins, marionnettes ...) et, plus inconstamment, à lui
faire passer des tests. On veillera systématiquement à s'enquérir de l'état de
santé de son corps et, s'il le faut, à ( faire ) demander des
précisions ou/et examens complémentaires au sujet de celui-ci.
Souvent, il y aura aussi un ou plusieurs entretiens avec
chaque parent séparément ou/et avec le couple parental ou/et avec chaque parent
et l'enfant-problème ou/et avec les deux parents et l'enfant-problème ou/et
avec toute la famille ou un autre type de sous-groupe familial.
Avec la permission des parents et, dans la mesure du
possible, celle de l'enfant, on prendra également des renseignements
( écrits, téléphoniques ou via rencontre directe ) auprès de
tiers : médecin traitant, enseignant, psychologue scolaire, travailleurs
sociaux, etc ....
Beaucoup de souplesse donc pour organiser ces premiers entretiens, en fonction des circonstances locales et de la
créativité de chaque consultant. Signalons néanmoins l'importance que nous
attribuons au " colloque singulier " avec l'enfant, rencontré
seul : c'est un moment où il peut abandonner les comportements-réflexes qu'il a
en présence de ses parents, et beaucoup ne s'en privent pas !
Inversement, il ne s'agit pas de vivre cette excellente
pratique comme une contrainte : un certain nombre d'enfants, notamment les
plus jeunes et les plus anxieux, ne supportent pas d'être séparés de leurs
parents, et il faut s'adapter !
Par la suite, nous distinguerons une seconde étape de
" communication du diagnostic et
négociation du programme thérapeutique ". Redisons cependant que nous avons choisi une présentation schématique. Sur le terrain, les
successions ne sont pas aussi rigides : les étapes se superposent plutôt comme
des vagues. Les " communications du diagnostic ", par
exemple, commencent souvent précocement, par petites touches, par approximations.
§ II - CENTRATIONS DES ENTRETIENS
DIAGNOSTIQUES
Une écoute soigneuse de la plainte
Nous verrons vite (III) qu'il faut essayer de faire
détailler, déployer ce qui est dit dans la première plainte c'est à dire la
saisir à un niveau concret et, comprendre le contexte interactionnel dans
laquelle elle se situe (" II ne mange
pas " doit déboucher sur " Racontez une fois où il n'a pas mangé ... que se
passe-t-il quand il ne mange pas ?") ... Au fond, ceci consiste à prendre au sérieux cette plainte initiale, à bien
l'écouter, et à y revenir régulièrement comme à une référence (" Je vous rappelle que vous êtes venus me voir
pour ...").
Bien sûr, une famille peut évoluer par rapport à une
première plainte, changer de plainte en quelque sorte ... ou ne plus se
plaindre de rien, mais il est toujours important de savoir au nom de quoi elle
continue à nous fréquenter... et, parfois, l'aide se termine sans qu'ait
commencé un processus de prise en charge officiel ( parce que nos
interlocuteurs ne se plaignent plus ... ou parce qu'on ne parvient pas à
les aider à moins souffrir ... on parce que l'on ne parvient pas à trouver
un terrain d'entente sur ce que serait l'aide officielle ).
Cette écoute de la plainte ( éventuelle )
s'adresse à tous les partenaires ( familiaux ) que l'on rencontre, enfant
inclus : lui aussi a quelque chose à dire sur " pourquoi il est
là " : si l'on sait insister un peu avec bienveillance ...
l'aider à dépasser sa prudence initiale (" Si
tu ne sais pas pourquoi maman est venue avec toi, tu peux imaginer ...").
II. De la (non-)
plainte à la (non-) demande
Au delà de la plainte, qui est comme le cri de souffrance
ou/et d'intolérance poussé par certains 14,
il faut essayer de comprendre dans quelle mesure il y a demande ( ou
non-demande ) c'est-à-dire :
- Comment la famille identifie-t-elle le consultant et
dans quel état d'esprit se trouve-t-elle par rapport à lui ? Attend-elle
de lui quelque chose de positif ou de négatif, ou rien ? Est-elle disposée
on non à opérer certains changements pour atteindre les objectifs qu'elle se
fixe ( supprimer la plainte, l'atténuer, mieux vivre avec ) ?
En répondant à ces questions, on touche au champ de la
demande ou de la (non) demande : s'il y a demande, les demandeurs sont prêts à
" faire vraiment quelque chose " pour progresser dans le
sens de la demande ...
Cependant, à l'inverse de l'exploration de la plainte,
qui peut être plus rapide et explicite, se faire une idée de la (non) demande
prend souvent du temps et procède plutôt par petites touches.
Chacune de ces " petites touches "
gagne cependant à être précise, non allusive.
A - Une discussion préalable à propos de quatre
subjectifs permet de mieux éclairer cette question de l'analyse de la
demande :
1) Au moment où l’enfant se présente à la consultation,
quatre " convictions subjectives " sont
souvent opérantes, avec une intensité et des nuances qualitatives très
variables, allant dans le même sens ou en sens contraire, pour signaler qu'il y
a " trouble ", " problème ", identifier
celui-ci et cadrer, de façon très variable aussi, l'origine et le lieu
d'exercice du trouble : sur l'enfant, sa mère, sa famille, son système de vie
large, son école, l'institution médicale ... et parfois, c'est inverse, il
s'agit de nier qu'il y a trouble et de confirmer qu’il y a bonne santé.
Il est essentiel de bien saisir la nature de ces
" quatre subjectifs " :
● subjectif de la (des) personne(s) envoyeuse(s)
ou/et de l'(des) institution(s) envoyeuse(s). Parfois très concrètement
présente(s) dans la démarche de la famille, avec un poids contraignant ou une
gratuité amicale, avec harmonie ou conflit : école, grands-parents,
belle-soeur, juge, généraliste, travailleur social ... parfois plus
lointains, mais tout aussi opérants : messages lus dans une revue, entendus à
la T.V., lus sur Internet ;
● subjectif des parents ( considérés comme
" les parents " pour la commodité de l'exposé mais,
souvent, père et mère ont des points de vue différenciés ) et
éventuellement, de la fratrie ;
● subjectif de l'enfant amené à la consultation ;
● subjectif du consultant qui le réceptionne.
2) Un très grand nombre de combinaisons sont possibles
entre ces quatre subjectifs, combinaisons qui vont colorer le déroulement et
les objectifs de la consultation. En voici quelques illustrations : (N.B. : SE
= subjectif de l'envoyeur ; SP, des parents ; Se, de l'enfant ; Sc, du consultant
; SE +, motivation positive de l'envoyeur au sujet de la consultation : Se
0/- indifférence : SE -,
motivation négative) :
● SE +; SP (0/-) ; Se - ; Sc (+) : par exemple, une
école fait pression pour qu'un enfant difficile consulte ; les parents sont
légèrement hostiles à l'idée, mais n'osent pas la refuser, de peur que l'enfant
ne soit renvoyé ; l'enfant est furieux ; le consultant estime de son côté qu'il
y a un problème mais qui peut être à localisation variable : par exemple chez
l'enfant, ou entre cette famille et l'école ...
● SE + ; SP - ; Se - ; Sc (0/ -) : même contexte,
l'école est rigide et se met peu en question : le premier réflexe du
consultant est de penser que l'école lui " renvoie la
balle " de l'enfant " psychiatrisé ", alors
qu'elle est, elle, en cause !
Risque : qu'il dresse encore un peu plus cette famille
contre l'école, qu'il renvoie à son tour la balle de l'enfant, go-between, vers
l'école ... A faire : bien comprendre les enjeux, et les faire comprendre
; essayer de mobiliser tout le monde ; ne pas affirmer trop vite que l'enfant
n'a pas de problèmes.
● SE 0 : SP + ; Se - ; Sc (0/-) :
apparemment, il n'y a pas d'envoyeur ferme externe à la famille : les
parents sont très alarmés par un comportement de l’enfant ; celui-ci se sent
normal ; le premier réflexe du consultant est également de penser que les parents
exagèrent ...
Risque : minimiser, les renvoyer, donc les blesser et
entretenir leur " doctor's shopping ".
● SE + , SP - ; Se - : Sc + : un envoyeur
et le consultant sont d'accord pour dire qu'il y a un problème, dont la famille
ne semble pas vouloir entendre parler ( par exemple enfant
maltraité ... problème diagnostiqué dans des institutions externes à la
famille , par exemple une obésité via l'inspection médicale scolaire ).
Risques inverses : démission trop rapide ou escalade
symétrique.
B - Approcher l'état d'esprit de
chacun
Chacun - le consultant inclus - étant engagé de la sorte dans la consultation avec ses idées, représentations et sentiments, on devine combien il est important de comprendre progressivement chaque état d’esprit ( attentes, craintes, méfiance, indifférence ...). Bien des questions permettent par petites touches, de s'en faire une idée ... bien des allusions également, voire des déclarations très claires et spontanées des clients, qu'il faudrait pouvoir saisir au vol et faire préciser ; par exemple :
- Par quel processus aboutissent-ils aujourd'hui chez le
consultant ? Quelle est leur histoire socio-médico-psychologique antérieure ?
Pourquoi ( éventuellement ) ont-ils désinvesti des consultants
précédents ?
- Qui est surtout intéressé par cette consultation ? Qui
y est plutôt hostile ? Qui a des inquiétudes à son sujet ( parmi les
présents et les absents ) ?
- Qu'imaginent-ils que le consultant pourrait faire pour
eux ? De leur côté, sont-ils prêts, ou non, à faire quelque chose pour atténuer
la problématique ? Si oui, quoi ? Si non, que défendent-ils à travers cette
position ?
( Et moi, consultant : comment est ce que je les
" sens " ? Quelles sont mes pensées et mes sentiments les
plus immédiats à leur sujet ?
De qui est-ce que je me sens proche, lointain ?
J'aimerais pouvoir leur dire quoi, à propos de leur plainte et de leur démarche
? Etc. ).
III. Prendre des photos de famille
A - Ces " photos "
peuvent être construites avec chaque interlocuteur, y inclus l'enfant en entretien
individuel. Pour celui-ci on recourra éventuellement à des supports figurés
( dessins, jeux, etc. ... : dans la perspective qui nous occupe pour le
moment, on lui demande d'y représenter des moments concrets de la vie de sa
famille ).
En recourant au concept " photos ",
j'ai à l’esprit ce qu'est un bon photographe : quelqu'un qui aime saisir
la vie, telle qu'elle est, et qui " s'arrange " pour que
cette vie s'exprime par sa patience. par sa bienveillance et son art de mettre
les gens à l'aise, par sa discrétion et son art de se faire oublier, par sa
subtilité, en fonction de laquelle il devine quel sera le " bon
moment ", spontané, significatif, inattendu.
Un bon photographe ne corrige pas la pose de ses modèles
pour qu'ils soient comme il le veut, mais il les prend comme ils sont, ce qui
n'exclut pas de sa part précision, rigueur, patients cadrages.
En ces débuts de consultations, j'aime me comparer à un
bon photographe, avec cette complexité supplémentaire que je dois aussi essayer
de comprendre où je suis, moi, sur les photos : je suis aussi l'objet d'un
transfert, d'une attente affective de la part de la famille qui consulte. Où me
mettent-ils, par exemple, sur cette photo pénible ou l'on semble ne pas venir à
bout d'un enfant au moment du repas ? Pourquoi sont-ils venus me
consulter, moi ... Quelle image préalable avaient-ils de mon métier, de ma
personne (cfr. II) ?
B - Parmi toutes
les centrations possibles de photos, qui veulent chacune saisir un événement
précis dans ses dimensions interactionnelles, une, bien utile, consiste à
cerner la dynamique familiale autour de la plainte d'avant-plan. La plainte - " Il
est énurétique, il ne fait plus rien ; il est méchant " -, c'est
le nerf périphérique malade du corps familial : c'est autour de ce point
de cristallisation que se sont concentrées la tension, la colère, l’angoisse.
la dépression de la famille. Non seulement c'est respecter le narcissisme des
parents que d'en tenir compte, mais c'est également très révélateur de la
dynamique familiale que de comprendre finalement ce qui se dit, se fait, se
vit ... ou est absent autour de la plainte.
Concrètement, il s'agit donc de bien saisir les attitudes
et sentiments de chacun autour d’expériences concrétisant la plainte : si l'on
parle d'un enfant " méchant ", se centrer sur l'une ou
l'autre expérience où il a été vécu comme méchant ; trouver ce que chacun a
dit, fait dans les minutes qui ont précédé, puis, pour y faire face ; situer
aussi les absences de position ou de présence et leur raison d'être :
mettre en place l'enchaînement de ces éléments : qui réagit à quoi, une première, une seconde, une troisième fois ; déterminer ce qui
peut être raisonnablement considéré comme le début et la fin de la scène ;
au-delà des actes et des mots, faire parler également des sentiments conscients
qui se vivent.
C -
Progressivement, photo après photo, la dynamique familiale prend forme souvent,
pour bien la saisir, on aura également besoin d'autres centrations de photos,
obtenues en partant de questions plus générales et de leurs concrétisations
ponctuelles : que peuvent-ils dire encore du caractère de l’enfant ?
Comment se déroule une journée " habituelle " de sa
vie ? Comment voient-ils les relations dans la fratrie ? Comment le
papa ( la maman ) se voit-il, et est-il vu fonctionner, dans sa
fonction de papa ( de maman ) ? etc. ... Dans la réponse à ces
questions, il y a donc intérêt à épingler l'un ou l'autre événement, et à
développer à partir de lui une photo de famille où le rôle concret et les
sentiments de chacun sont précisés.
D - Dans le chef
du consultant, quel est l'état d'esprit le plus intéressant lors de cette
démarche ?
- Une large bienveillance pour expérience de vie et les
projets des clients : dans ce qu'ils sont et font, il n'y a ni absurdité ni -
la plupart du temps - monstruosités, mais bien des positions, des paroles. des
sentiments qui ont du sens à leurs yeux. La bienveillance porte sur ce sens,
qui est original. Plus tard viendront d'autres dimensions de
l'accompagnement : bienveillance n'est pas, ipso facto, approbation. Mais
il ne faut pas se précipiter.
- L'activité et le courage du consultant, qui n'accepte
pas d'emblée les vérités superficielles qui circulent, ni non plus que l'on se
centre massivement sur l’enfant : avec délicatesse mais avec clarté, il doit
poser les questions qui permettent de mieux comprendre tous les membres de la
famille, au-delà du seul enfant qu'ils exposent d'abord.
- Corollairement, le consultant devrait souvent accepter
que son ignorance, large ou partielle, ne soit pas le signe de son
incompétence, mais plutôt des difficultés réelles ... ou/et hésitations
d'une famille à bien se faire comprendre. Le consultant qui déclare et exploite
son ignorance : " Vous savez, je ne
comprends encore rien à ce qui vous arrive ; aidez-moi comprendre si vous
voulez que je vous aide ", permet
souvent que la situation se clarifie, et cela pour bien des raisons : il ne
triche pas avec la réalité qui est opaque ; il accepte de se faire petit,
plutôt que de garder le rôle d'un mage ; il introduit aussi une certaine dose
d'angoisse, initiatrice de créativité, clans la dynamique des consultations :
face à quoi bien des familles s'adapteront en s'expliquant mieux.
A - Elle aussi
peut être faite avec l'enfant seul (" Raconte-moi
ton histoire ..."), avec les
parents, le sous-groupe " enfant-parents ", voire toute la
famille. Certains la facilitent et l'enrichissent en demandant d'apporter des albums de photos de famille, ou quelques photos
estimées significatives, et en les commentant avec leur(s) interlocuteur(s).
B - anamnèse
doit être considérée au sens large du terme, et porte sur plusieurs axes :
- l'histoire du trouble de l'enfant, y inclus les
éventuels démarches et commentaires auxquels il a déjà donné lieu ;
- l'histoire de la vie de l’enfant, éventuellement avant
sa conception ( comment le " désir d'enfant " a-t-il
joué pour lui ?) : grandes interactions avec lui ; life-events ;
histoire du corps aussi, de sa santé et de ses maladies ;
- l'histoire de sa famille : ce qui l’a fondée et la meut
toujours ... qui sont les parents, etc.
- les relations de la famille et de l'enfant et de leur
tissu social ;
- etc … .
C - Selon leur
créativité, les consultants procèdent à cette anamnèse :
- en y consacrant explicitement une unité de temps et de façon systématisée, et sous une forme guidée par le consultant ;
- en y consacrant une unité de temps mais en se limitant
aux libres associations des parents et de l’enfant, clans un premier temps ou
définitivement ;
- par bribes ou morceaux, au fur et à mesure que des
associations viennent aux interlocuteurs en cours de consultation ou/et que le
consultant a envie de poser des questions.
N.B. 1 : En
Amérique du Nord, on recourt fréquemment à des questionnaires structurés, à
portée générale ou cernant un syndrome, énumérant des items cliniques précis.
On les fait remplir par les parents et souvent, par l'enseignant, mais aussi
par les enfants eux- même ( questionnaires "
auto-référes "). ( Exemple, le K-SADS de
Puig-Antich : kiddie-schizophrenic and affective disorders scale ; le CBCL
d'Achenbach : children behavior checklist ). De telles pratiques sont encore balbutiantes chez nous ( sauf dans
l'un ou l'autre champ spécialisé, comme celui de l'autisme [ passation du
CARS, de l'ADI, du PEP ...] ).
N.B. 2 : Une
information le plus souvent très intéressante, qui peut s'obtenir à partir
d'une des démarches exposées jusqu'à présent ( I, II, III, IV ), ce
sont les représentations mentales ... les modélisations que se font parents
et enfants, à propos du trouble censé être-là. Il faudra assez souvent un coup
de pouce du consultant pour s'en faire une idée (" Au fond, qu'imaginez-vous qui se passe ? Qu'est-ce qui a bien
pu faire qu'on en arrive là ? Qu'est-ce qui pourrait bien améliorer la
situation ... "). Les réponses
obtenues dans ce domaine sont parfois bien éclairantes pour que le consultant
se fasse une idée de la situation, pour orienter
le programme thérapeutique ... De toute manière, il faut se situer par
rapport à ces représentations lorsque soi-même, on communique ses
impressions ...
Je serai bref à leur propos, la connaissance détaillée de
leur contenu relevant soit d'autres disciplines ( pédiatrie,
neuropédiatrie ), soit d'autres cours ( testologie ) :
A - Connaissance
de l'état somatique de l'enfant
1) Il est le plus souvent indispensable d'avoir des idées claires à ce sujet. C'est évident lorsque la plainte porte sur une somatisation, au sens large du terme ( maux de ventre, énurésie, nervosisme, etc. ...). Mais, rappelons que le corps est susceptible d'être impliqué dans tout symptôme, ( par exemple composantes épileptiques de certaines terreurs nocturnes ... changement de comportement et assombrissement de l'humeur de grands enfants commençant une tumeur cérébrale ... irrégularités de défécation et présence de vers intestinaux ... petite taille et problème hypophysaire ). Parfois, on trouve un élément lésionnel ( au sens large du terme ), objectif, dont il faut tenir compte, sans y réduire l'explication de tout ce qui se passe ... plus souvent, on doit spéculer sur quelqu'immaturité ou hypersensibilité, ou sur une caractéristique à la limite du somatique et du psychique, c'est-à-dire une composante du tempérament :
Par
exemple, tel enfant a une prédisposition à l'angoisse ( basalement,
indépendamment de toute " erreur " éducative ou de toutes
répétitions d'événements menaçants ) : il est bien possible que son génome
y soit pour quelque chose, qui a accru chez lui le nombre de récepteurs
cérébraux qui, stimulés, déclenchent le sentiment anxieux, voire des idées ou
des images d'angoisse ... mais on peut se demander si des
" facteurs épigénétiques " - comme des événements menaçants
très précoces, pendant la grossesse - n'ont pas également favorisé la
multiplication de ces récepteurs ; quoi qu'il en soit, c'est devenu pour lui de
l'équipement somatique ...
2) Donc les non-médecins gagneraient à s'enquérir
activement du bilan somatique, le plus souvent réalisé par d'autres. Voire, à
le demander, comme complément indispensable de leurs investigations, si les
parents n’ont pas spontanément pensé à les réactualiser. Ils le feront en
veillant à se concerter dans toute la mesure du possible avec les médecins qui
exploreront le champ somatique et, s'ils ont le choix, en s'adressant à ceux
qui sont réputés pour leur bon sens clinique ( modération dans les examens
demandés ..., non-revendication totale du malade, même si une composante
organique est mise en évidence ).
3) Par ailleurs, il existe actuellement un courant de
pensée organiciste qui plaide pour une étiopathogénie organique pour beaucoup
de troubles que, jusqu'il y a peu, nous
avions tendance à expliquer par psychogenèse ( exemple, l'anorexie mentale
serait due à un déséquilibre des centres de la faim ... les tics, tout
comme les troubles obsessionnels compulsifs, à des particularités
neurochimiques voire anatomiques cérébrales ...). Il faut être à l'écoute
de ces idées, mais se souvenir qu'elles restent très largement spéculatives
( comme le furent certaines des nôtres, psychogénétiques ) ...
Pour explorer le champ somatique, notamment cérébral, on
dispose d'outils qui, en allant du plus simple au plus compliqué, sont :
a) L'examen clinique somatique
général ( interrogatoire, anamnèse, examen du corps ...), avec
éventuellement prise de sang " de base ", et analyse
d'urines : plus particulièrement, l'examen clinique neurologique ; des épreuves
simples d'examen de la parole, du langage, de la vision et de l'audition, de
l'attention, etc. mise en évidence d'une anomalie morphologique ... d'une
anomalie d'organes ... d'un foyer infectieux ou inflammatoire qui pourrait
( contribuer à ) expliquer fatigue, changement d'humeur,
irritabilité ... signes cliniques neurologiques évocateurs d'immaturité,
voire d'un atteinte cérébrale plus spécifique.
b) Ce qu'on appelle imagerie médicale, et électrophysiologie, appliquées au cerveau, apportent
surtout des renseignements indubitables si l'on repère une lésion
( tumeur, foyer irritatif épileptogène )
ou si l'on enregistre des décharges électriques cérébrales franchement
pathologiques ( type épileptique ) en dehors de toute lésion
apparente ( EEG ; EEG de 24 heures ).
Plus souvent, les renseignements
apportés ne sont que discrètement déviants, par rapport à un cerveau dit
standard. et on ne sait pas très bien quelle proportion de la population en est
porteur et quelles conséquences précises ils ont. Ces déviances sont donc
d'interprétation difficile : rien ne permet vraiment actuellement de démontrer
indubitablement ni qu'elles sont strictement pathogènes, ni à l'inverse. que ce sont plutôt des
caractéristiques individuelles sans effet sur le fonctionnement.
L'appareillage relatif à ces
techniques est devenu de plus en plus complexe : EEG ; EEG de 24 heures, computérisés en cassette ;
potentiels évoqués : Rx simple, mais également scanners, REM ( résonance
magnétique nucléaire ), voire PET-scan ( scanner pris lors de
I’émission de positrons après ingestion de liquide radioactif marqueur, etc.).
c) On peut raisonner de la même
manière à propos des résultats des examens neurochimiques : certains
révèlent indubitablement des maladies métaboliques déjà bien répertoriées,
voire nouvelles ( souvent génératrices d'arriération mentale ou/et de
psychose ou/et de détérioration mentale [ démence ] ),
l'interprétation d'autres résultats est nettement plus spéculative ( par
exemple, variation du taux de la sérotonine plaquettaire chez certains
autistes ... mais qu'en est-il dans la population générale ?)
d) Les
apports prometteurs de la génétique 15
sont les suivants :
● établissement de
généalogies : c'est en établissant des arbres généalogiques que les généticiens
mettent en évidence que des maladies anormalement fréquentes chez les personnes
apparentées à leur patient, pourraient être " familiales "
: par exemple, les enquêtes épidémiologiques montrent que les risques de
schizophrénie sont de 13 % si le père ou la mère est atteint et de 9 % si c'est
un membre de la fratrie. Ce risque descend à 3 % pour un apparenté au second
degré.
Il s'agit très probablement
d'hérédité " multifactorielle " : nécessité de la présence
simultanée de plusieurs gènes morbides et de facteurs d'environnement
( physique ou/et psy ).
● syndromologie clinique :
l'étude
clinique soigneuse des signes dysmorphiques et des associations malformatives
chez un enfant permet de poser un diagnostic clinique. La maladie décelée
inclut parfois très strictement des spécificités, jusque dans les troubles du
comportement !
C'est ainsi, par exemple, que l'on rencontre les
caractéristiques suivantes chez les enfants atteints du syndrome de Williams :
personnalité amicale, bavarde ( cocktail-party manners ) avec une diminution moindre des performances verbales et
de mémoire que celle des performances des fonctions motrices.
● analyse chromosomique : les anomalies du nombre des chromosomes et
de la structure de ceux-ci s'accompagnent presque toujours de retard mental à
des degrés divers lorsque les autosomes ( chromosomes non sexuels )
sont impliqués. A ces retards s'ajoutent bien souvent des troubles du
comportement : boulimie dans les délétions du chromosome 15, timidité dans la
trisomie 8 . ...
Au niveau des chromosomes
sexuels : retard mental lié au sexe : l'existence d'un chromosome X avec site
fragile s'accompagne souvent de retard mental et, parfois. troubles
autistiques. Un comportement hyperkinétique existe également plus souvent chez
eux.
Les anomalies importantes du
nombre de chromosomes sexuels ( 4X, 2XX et 2YY ...) s'accompagnent
également de troubles intellectuels, de dysmorphies et d'un développement
psychologique spécifique.
Par
contre, la présence de deux chromosomes Y chez un garçon ne permet pas de
préjuger de l'adaptation sociale ultérieure de ce sujet.
● les études de l`A.D.N. en biologie moléculaire permettront vraisemblablement dans l'avenir de
déceler de plus en plus de sites génétiques franchement pathologiques, avec
leurs conséquences précises et très variées.
e) Et il y a encore les apports
des examens dits paracliniques liés à des organes ou systèmes susceptibles
d'être défectueux : par exemple, examen de l'appareil urinaire ( avec une
certaine modération : il ne me semble pas indispensable d'aller jusqu'à mesurer
la pression intravésicale. par manomètre, pour démontrer (?) qu'une vessie est probablement
" pédiatrique ", c'est-à-dire immature et se déchargeant
compulsivement lors d'un faible remplissage ) ...
B - Utilisation
de matériel projectif lors des entretiens avec l'enfant, observation de
son comportement et recours aux tests
Ces techniques
sont largement expliquées dans d'autres cours. Je me contenterai donc de deux
remarques à leur propos :
1) elles ne devraient pas
constituer un refuge immédiat pour consultant inexpérimenté, phobique ou en mal
d'imaginaire infantile. Il ne faut pas
sous-estimer la capacité de l'enfant à " parler sérieusement ...
pour du vrai ", directement, de ce qui lui arrive, pour peu qu'il
soit interpellé avec délicatesse et avec des termes adaptés à son âge.
Un enfant de trois ans peut déjà
faire comprendre son vécu propre, d'abord directement, et je pense que c'est
d'abord dans un échange de mots sur le concret de sa vie et de ses sentiments,
et sur ses idées, qu'il faut se situer ... et qu'il faut revenir
régulièrement ( idée générale : au fond, pourquoi se rencontre-t-on ? et
puis. au fil du temps : pourquoi continue-t-on à se parler ? )
2) inversement, il ne faut pas
sous-estimer l'apport complémentaire des échanges qui ont lieu autour du
matériel dit figuré ... ni l'apport très riche des tests. Il est regrettable
que ceux-ci soient parfois décriés, notamment les tests projectifs : avec
quelque spéculation - bien sûr - ils permettent souvent d'approcher des
dimensions du vécu de l'enfant complémentaire à celles qu'il expose en
entretien verbal ... En outre, on peut certainement en faire une
utilisation dynamique, à l'intérieur de la relation consultant-enfant : il peut
s'avérer très intéressant d'y reparler des " résultats " et
d'écouter les commentaires de l'enfant à leur propos. Enfin, à tout le moins
est-il important de les garder en mémoire pour orienter ses interventions
futures.
Communication d'une impression diagnostique
et négociation d'un
traitement